Génocide au Rwanda : la photographie de James Nachtwey

C’est une des images iconiques du génocide au Rwanda. L’homme de cette photographie prise par James Nachtwey est pourtant Hutu. Ayant refusé de prendre part au massacre dont les Tutsis sont victimes, il a été mutilé à coup de machette, et laissé pour mort. James Nachtwey le trouve prostré, dans un hôpital de la Croix Rouge internationale dans la région de Nayensa à la mi-mai 1994.

Ce portrait d’un rescapé, publié par l’agence Magnum, a fait la une de nombreux journaux et magazines.

Saisi au travers d’un objectif grand angle, le profil de l’homme occupe la moitié de l’image. La composition est précise, bien que le portrait ne réponde pas aux règles académiques du genre. L’oreille du sujet est au centre, tandis que la face est tournée, ce qui rend l’expression difficile à lire. L’homme porte la main à son cou et sa bouche est ouverte, comme s’il suffoquait.

Le visage est parfaitement net grâce à la précision de la mise au point et la qualité du tirage. La profondeur de champ est réduite à l’extrême, de sorte que le regard ne peut s’échapper. Le spectateur est confronté de manière directe aux détails des cicatrices, encore béantes et irrégulières, qui lézardent la peau du sujet.

L’effet de relief est accentué par la lumière douce et rasante entrant par le côté droit de l’image. Les cicatrices forment une répétition de motifs et rythment l’image, laissant le lecteur dans l’effroi.

Alors qu’il a été l’observateur de scènes macabres, de cadavres innombrables exposés à sa vue, le photographe choisit, avec son agence, de rapporter la vie. Bien que mutilé de manière atroce, le sujet de la photographie est un survivant du génocide. Il a le regard baissé, mais la lumière luit dans son oeil.

Nachtwey dira : “Je ne me suis jamais remis de ce que j’ai vu au Rwanda. Les sentiments de honte et de culpabilité ne cessent de me poursuivre…”.