La fameuse photo montrant Daniel Cohn-Bendit en mai 1968

Il s’agit sans doute de la photographie la plus célèbre des “événements de Mai 68”. Si la qualité graphique est discutable, le contexte de la prise de vue et surtout le sujet de l’image lui donnent sa valeur artistique.

Le sujet est Daniel Cohn-Bendit. Le cliché a été saisi le 6 mai 1968 devant l’entrée de la Sorbonne, à Paris. Alors qu’il est convoqué, avec six camarades, par le conseil de discipline de l’Université.

Étudiants de Nanterre, ils doivent répondre des faits d’occupation de la Sorbonne. Le quartier est bouclé sur ordre de la Préfecture qui a placé 1500 policiers en faction. Attendant de pouvoir entrer dans le bâtiment, Cohn-Bendit fait face aux policiers.

La veste ouverte, la chemise déboutonnée laissant voir le col du T-shirt, Daniel Cohn-Bendit apparaît dans un style relâche, presque nonchalant. L’expression de son visage, plus que tout, est marquante, elle a fait la renommée de cette image. Le regard planté dans celui de l’agent de police qui lui fait face semble être un défi. Cette impression est renforcée par le sourire provocateur qu’il affiche.

La composition de l’image est simple, lui donnant une lisibilité extrême, ce qui est idéal pour une photo de presse. Au centre de l’image, à l’intersection des diagonales, on trouve l’œil gauche du sujet principal.

Le visage du sujet est également mis en valeur par le cadre formé par l’habit noir du personnage à la gauche de l’image, l’épaule du personnage au tout premier plan et l’entrée du bâtiment au dernier plan.

L’indication du sujet principal tient aussi au fait qu’à l’exception du sujet, rien n’est droit sur l’image. On pourrait justement critiquer le manque de rectitude du fond de l’image qui donne l’impression que la scène plonge vers la droite.

Car si l’utilisation d’un objectif grand angle permet d’expliquer ce défaut, il ne le justifie pas. La qualité graphique est sauvée par le fait que le personnage est isolé sur son plan, grâce à une profondeur de champs maîtrisée et une mise au point précise.

Gilles Caron est photographe de presse. Il est l’un des fondateurs de l’agence Gamma.

Grand reporter, il revient du Biafra d’où il a ramené des images de l’effroyable famine qui étrangle la population.

Il couvre les événements parisiens de mai 68 comme on le fait alors d’un conflit armé : le photographe se plonge dans le moment en évitant toute prise de distance avec les faits. L’image est donc capturée “sur le vif”. Gilles Caron disparaîtra à 31 ans, en reportage au Cambodge, le 4 avril 1970.

Cette photographie d’un épisode anecdotique parmi les événements de portée historique de mai 1968 en France constitue un œuvre précieuse.

En effet, elle expose l’une des facettes de ce qui aura été un formidable élan politique d’une partie de la jeunesse parisienne en bute avec l’autorité de l’État, tout en manquant de la détermination, de l’attitude ou de la rigueur morale permettant un renversement de la classe dominante et de son appareil répressif.

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