Columbine : “Enfants terribles” (2017)

Le collectif musical Columbine a connu un immense succès dans la jeunesse française en 2017 avec plusieurs millions de vues pour chacun de leurs clips sur YouTube. Cela prolonge le grand succès qu’ils avaient rencontré en 2016, presque uniquement via internet et le bouche-à-oreille dans les lycées.

Leur premier album Clubbing for Columbine était un patchwork rap/electro protéiforme, une sorte de grand jet plein de bonnes choses, mais partant dans tous les sens.

Leur second album Enfants terribles sortie en avril 2017 affirme pour sa part une véritable identité, avec une grande unité musicale et une production de haute qualité.

Columbine est un collectif de jeunes artistes ayant un grand sens de l’esthétique. Les principaux membres se sont d’ailleurs rencontré au lycée dans une section « Cinéma-Audiovisuel ».

Cela produit une musique très moderne, avec des textes de qualité, bien posés sur des instrumentales efficaces. Autrement dit, ce sont de jeunes musiciens qui savent faire de la musique. Et qu’en font-ils ? En bons artistes, ils expriment leur époque.

Le terme « Enfants terribles » est récurent dans l’album. C’est le fil conducteur qui exprime en quelque sorte le mal-être de la jeunesse, de l’adolescence au début de l’âge adulte.

La vulgarité, très présentes et difficilement supportable par moment, est une volonté d’authenticité, de réalisme. C’est aussi, on l’imagine, un moyen d’affirmer le refus du conformisme, des rapports sociaux faux et dénaturés, superficiels, trop simples. Le titre éponyme de l’album est à ce sujet très parlant.

La vulgarité semble être ici un moyen de garder de la distance avec le sujet, comme s’il était trop difficile d’exprimer ses sentiments autrement sans tomber dans la niaiserie ou dans quelque chose de faux.

Le titre Rémi est quant à lui certainement le plus abouti de l’album. L’univers du groupe, son message, son ambiance, est excellemment délivré. Le couplet de Fauda (le deuxième) est particulièrement impressionnant. Il dégage une véritable puissance, de part la vitesse d’élocution et la qualité du texte.

On est toujours dans la thématique du mal-être de la jeunesse et le refrain « Qu’est-ce qu’on s’emmerde » est là encore plein de sens.

Le titre Été triste est peut-être le plus classique de tout l’album, le plus accessible. La thématique est simple et populaire, abordées plus légèrement que dans les autres morceaux. Et c’est très réussi.

Le titre Talkie-Walkie, avec son clip, est le plus travaillé, le plus professionnel. Il est aussi le plus « radio-edit », c’est-à-dire qui pourrait tout à fait passer en radio, et le clip à la télévision.

C’est un morceau de grande qualité, sans lissage ni formatage insipide. Cependant, Talkie-Walkie exprime toute la contradiction du groupe. On ne sait jamais si on est dans la dérision simplement divertissante ou bien dans la critique sociale plus profonde.

Faut-il comprendre ce titre comme le récit humoristique de la vie d’un dealer ou bien est-ce une métaphore ? Que faut-il penser de la drogue d’ailleurs ? Columbine la critique dans certaines paroles, mais relativise ailleurs en l’assumant.

Cette ambiguïté, à propos de la drogue mais pas seulement, est omniprésente dans leur démarche. Elle est typique de l’époque, à l’image d’une jeunesse qui se cherche, qui a des exigences culturelles et sociales élevées, mais qui est incapable de faire des choix tranchés.

La jeunesse française a choisi la dérision et le détachement comme moyen d’éviter la réalité. Mais à ne rien assumer, on ne fait que subir la réalité.

Columbine en est certainement là. Le titre Château de Sable qui conclue brillamment l’album montre d’ailleurs qu’ils se posent des questions, sur leur avenir, sur leur démarche, etc.

Vont-ils continuer dans le détachement et l’attitude « d’enfants terribles », ou bien vont-ils prendre leur métier d’artistes au sérieux ? Vont-ils contribuer à transformer toujours plus le rap français en de la simple variété française ou bien vont-ils participer en tant qu’artistes à changer le monde ?

Pour l’instant, ils ont du recul par rapport à leur succès et ne semblent pas vouloir sombrer dans la célébrité, l’argent facile. Leur volonté de rester simple et accessible est tout à fait louable. Mais ils marchent sur un fil car cela n’est pas évident.

Autant ils s’affirment comme populaires et ancrés dans la réalité populaire quand ils assument de supporter le Stade Rennais, leur club de football local. Autant ils frôlent le populisme quand ils assument d’écouter Jul « comme tout le monde », alors que ce dernier produit une musique d’une nullité affligeante et d’un niveau culturel déplorable.

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