« You’ll Never Walk Alone » et « I’m Forever Blowing Bubbles »

Il existe une mythologie concernant les chansons utilisées par certains clubs de football ; elles sont tellement employées sur un mode identitaire qu’on croirait qu’elles ont un lien direct et unique avec ces clubs.

En réalité, elles transportent un certain état d’esprit, bien conforme à l’esprit populaire du football tel qu’il existe à l’origine : rebelle, mais défaitiste, plein d’espoir mais s’en remettant au sort.

Les exemples les plus emblématiques sont deux chansons tirées de comédie musicale : You’ll Never Walk Alone et I’m Forever Blowing Bubbles, deux magnifiques chansons connues pour provoque des frissons de par leur puissance.

Voici leur petite histoire, qui a un rapport avec la civilisation, la culture, et pas le fétichisme et le tribalisme de clubs de football, sans vouloir préjuger du patrimoine populaire que cela peut représenter.

Ces chansons sont d’ailleurs américaines à l’origine, avant de connaître un succès anglais.

You’ll Never Walk Alone est tirée de la comédie musicale américaine Carousel, dont la première eut lieu en 1945 ; I’m Forever Blowing Bubbles est tiré de la comédie musicale de The Passing Show of 1918, une reprise en 1918 d’une revue musicale américaine de 1894.

Carousel dépeint un terrible drame : une jeune ouvrière et un jeune animateur d’un carrousel tombent amoureux, mais la propriétaire du dit carrousel le licencie alors. La jeune femme tombant enceinte alors que tous deux sont dans la misère, le jeune homme tente alors un cambriolage qui tourne mal et se suicide alors.

Une fois au purgatoire, on lui donne une chance de se rattraper pour aller au paradis et il va prodiguer de bons conseils à sa fille devenue une jeune femme. C’est notamment à ce moment pathétique qu’est chantée parallèlement la chanson You’ll Never Walk Alone.

Quand tu marches à travers une tempête
Garde ta tête haute
Et ne sois pas effrayé de l’obscurité
A la fin de l’orage
Il y a un ciel doré
Et le doux chant argenté d’une alouette

Continue de marcher à travers le vent
Continue de marcher à travers la pluie
Bien que tes rêves soient maltraités et soufflés
Continue de marcher, continue de marcher
Avec l’espoir dans ton coeur
Et tu ne marcheras jamais seul
Tu ne marcheras jamais seul

Il y eut bien entendu un film, sorti en 1956 ; voici la scène finale avec la chanson.

La liste des reprises de chanson est sans fin, elle va de Frank Sinatra à Nina Simone, de Gene Vincent à Shirley Bassey, de Judy Garland à Mahalia Jackson, sans oublier Elvis Presley, Aretha Franklin, etc.

Voici la version de Judy Garland et en-dessous celle de Gerry and the Pacemakers.

La chanson de  Gerry and the Pacemakers fut un tube en 1963 ; or, avant le match, les dix chansons étaient du top 10 étaient passées. You’ll Never Walk Alone ne fut pourtant plus lâchée par les supporters du club de football de Liverpool, ce dernier s’appropriant l’hymne en tant que tel.

L’approche gagna un prestige énorme lorsque Pink Floyd enregistra les supporters – le « Kop » – de Liverpool le chantant pour le placer dans la chanson Fearless sur l’album Meddle en 1971.

Le Celtic Glascow adopta la chanson après avoir battu Liverpool en 1966, tout comme une floppée de clubs allemands (plus d’une dizaines), ainsi que des clubs des Pays-Bas, d’Espagne, de France avec le Red Star, etc.

La chanson I’m Forever Blowing Bubbles est quant à elle tirée d’une comédie musicale intitulée The Passing Show of 1918 ; en réalité, il s’agit d’une « revue », c’est-à-dire de danses, de chansons et de sketches assemblées en vrac dans l’esprit d’une comédie musicale, le tout étant renouvelé chaque année.

Les paroles de la chanson sont du même type que celles de You’ll never walk alone : populaire plein d’espoir, mais empreint de blessure et d’échec.

Je souffle pour toujours des bulles

De jolies bulles dans l’air

Elles volent si haut, atteignent presque le ciel

Et comme mes rêves, elles s’évaporent et meurent

La fortune se cache toujours,

J’ai regardé partout

Je souffle pour toujours des bulles

De jolies bulles dans l’air

La chanson, une sorte de valse fut éditée ensuite en 1919, et immédiatement plusieurs fois reprise la même année, notamment dans une version orchestrale et une version jazzy.

La chanson fut régulièrement reprise dans les music hall ou encore dans les dessins animés. C’est dans ce cadre que, un joueur du club londonien de West Ham ressemblant à un jeune garçon d’une publicité pour du savon, un responsable du club chantait I’m Forever Blowing Bubbles, qui fut aussitôt approprié par les supporters.

En voici la version « standardisée », une version dans le stade et la reprise de 1980 par Cockney Rejects, groupe de musique oi représentatif de l’esprit voyou, alors que West Ham possédait la « firme » hooligan pratiquement la plus violente, appelée Inter City Firm.

Les deux chansons ont comme caractéristique de représenter l’espoir et l’humilité, deux caractéristiques populaires. Mais leur inclination à l’acceptation des choses telles qu’elles sont est indéniable.

C’est finalement tout le paradoxe de la culture populaire du football qu’on retrouve à travers ces deux chansons.

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