La cymbalaire, également appelée “ruine de Rome”

Le cymbalaire linéaire ou cymbalaire mural est considéré comme « nuisible » par beaucoup de monde parce qu’il peut s’étendre dans de nombreux espaces où l’absence de végétation est attendue.

Cette plante touffue, rampante ou tombante pouvant atteindre 80 cm de long pousse dans de nombreux endroits quelque soit l’exposition au soleil. Ainsi, du nord au sud de la France, le cymbalaire est légion.

Ses tiges très fines s’immiscent dans les murs à ciment calcaire. On peut la rencontrer sur des voies ferrées, sur les ponts ou les édifices.

Sa reproduction est assurée par un astucieux moyen de dispersion. La tige s’allonge et se courbe pour enfoncer le fruit dans les fissures des murs.

Les graines y sont déposées à demeure jusqu’à ce que la pluie en assure leur portage grâce au ruissellement de l’eau.

Dans le Moniteur Universel de 1836, journal crée en 1789 par l’éditeur de l’Encyclopédie Universelle de Diderot et D’Alembert, Théophile Gautier, dans sa nouvelle Avatar publiée en 1836, fait référence à la ruine de Rome en évoquant un caractère envahissant donc repoussant de cette plante.

« Dans les anfractuosités de ces roches, le cactier raquette, l’asclépiade incarnate, le millepertuis, la saxifrage, la cymbalaire, la joubarbe, la lychnide des Alpes, le lierre d’Irlande trouvaient assez de terre végétale pour nourrir leurs racines et découpaient leurs verdures variées sur le fond vigoureux de la pierre ; un peintre n’eut pas disposé, au premier plan de son tableau, un meilleur repoussoir. »

Cette belle plante légère et aérienne se répand très vite dans les interstices des trottoirs et des murs qui ne sont plus entretenus. Son nom vernaculaire évoque d’ailleurs la représentation d’une plante s’épanouissant sur une cité détruite : « la ruine de Rome ».

Par les caractéristiques propres à cette plante, les notions de nature et de culture sont en contradiction apparente. Dans la conception académique de la philosophie, la culture suppose le développement historique de l’humanité par sa sortie de l’état de nature.

Rome est la capitale de l’un des plus grands empires de l’Antiquité. Elle est le symbole de ce qu’est la civilisation : des constructions monumentales représentant la domination de la cité sur la nature.

Dès le moyen-âge, les monuments de l’antiquité romaine sont délaissés jusqu’à tomber en ruines. La vie sauvage apparaît alors, sur les vestiges de la civilisation antique. Le cymbalaire des murs en est le symbole.

Cela en fait sa valeur : admettre que la civilisation humaine ne peut se faire parfaitement sans la nature, rien n’est en dehors de la nature.

>> Retour à l'accueil

No Comments Yet

Comments are closed