Le ski alpin aujourd’hui en France

Le ski alpin est de moins en moins un sport, c’est-à-dire avec des entraînements réguliers, encadrés et planifiés en vu de compétitions. Il est surtout un loisir et une activité de détente peu structurée.

Bien que la France connaisse encore des champions de niveau international tels Tessa Worley ou Alexis Pinturault, les compétitions de ski sont rares et globalement réservées aux jeunes locaux.

Le modèle de l’École du Ski Français (de loin la plus grande école de ski au monde) reste néanmoins d’inspiration largement sportive. Celle-ci dispose d’un quasi-monopole sur l’enseignement du ski en France.

Son activité est organisée autour d’épreuves à passer en fonction d’un temps de référence établie par un moniteur, les fameux « flèche », « chamois » et « fusée ». Pour les débutants il existe également des items techniques à valider, les étoiles pour les enfants et les degrés pour les adultes.

De plus en plus cependant les stations de ski développent des activités annexes au ski alpin. Il y a par exemple des « snow-park », des coussins d’air géants pour faire des sauts sans prendre la peine d’apprendre à réceptionner correctement, des DJ organisent des « soirées » alcoolisées en pleine journée au milieu des pistes et certaines stations valorisent officiellement la pratique du hors-piste!

Souvent le sport n’est plus la raison première des séjours. Le ski devient de plus en plus un à côté servant de prétexte à des séjours de débauche valorisant des pratiques décadentes et la recherche de « sensations fortes » (c’est-à-dire des sensations contre-nature).

Les animations dans les bars la nuit sont sur-abondantes. Les séjours à des prix spéciaux pour des groupes d’étudiants sont récurrents : les corporations étudiantes possèdent ici une grande tradition dans ce domaine.

Les domaines skiables les plus imposants ne cessent de s’agrandir et de développer de la neige artificielle, ce qui est par ailleurs extrêmement néfaste sur le plan environnemental. Certaines stations font même parvenir de la neige par camion ou hélicoptères.

Ces grands domaines monopolisent la clientèle malgré des tarifs toujours plus élevées et inaccessibles même pour les masses les moins défavorisées, et alors que beaucoup de petites stations ferment ou peinent à équilibrer leurs comptes.

La France est la première destination mondiale pour le ski avec le plus grand nombre de kilomètres de piste, le plus grand nombre de remontées mécaniques, etc.

Ce secteur est d’ailleurs extrêmement concentré avec deux monopoles se partageant la fabrication des équipements : Doppelmayr – Garaventa (d’origine autrichienne et Suisse) et Poma – Leitner (d’origine française et italienne).

De son côté, la grande bourgeoisie sombre elle aussi dans la décadence et ne s’intéresse plus depuis longtemps à la montagne ni même véritablement au ski. Ses stations ne servent que de décor à un entre-soi ultra élitiste et cosmopolite, avec des logements toujours plus démesurés, des galeries d’art contemporain, de la prostitution de luxe imposée par de riches oligarques russes, ou même un aéroport sur les pistes comme à Courchevel.

Aucune société réellement démocratique ne pourrait tolérer une telle insulte à la morale et à l’idée même de civilisation que sont ces stations de ski huppées, bien loin de l’esprit initiale ayant conduit la bourgeoisie à inventer le ski alpin.

Il en est de même des autres grandes stations de ski qui sont surtout des « usines » à loisirs extrêmement polluantes et dramatiques d’un point de vue culturel.

Le recul du ski alpin en tant que sport et l’accroissement sans précédent de la taille des domaines skiables de moins en moins accessibles aux masses populaires est une manifestation de la décadence de notre société.

C’est le produit de la pression toujours plus grande que font subir les plus riches, les monopoles à la société tout entière ainsi qu’aux derniers espaces naturels relativement préservés en France.

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