La “sexualisation agressive” et iconique de la femme ukrainienne

Si les régimes des pays de l’Est étaient au mieux insupportables, au pire d’une répression brutale, on ne dira jamais assez à quel point leurs populations ont après 1989 été la cible d’une réorganisation de leur mode de vie de manière particulièrement méthodique.

Les femmes, notamment, ont été la cible d’une véritable opération de captation de leur image et de leur corps. L’image de la « pornstar » hongroise ou tchèque, de la « call-girl » ukrainienne, de la « poupée » russe, de la mannequin polonaise, reflète une offensive tous azimuts sur une partie significative de la population féminine des pays de l’Est.

Si l’on ne comprend pas cela, on rate un aspect fondamental dans l’apparition d’une frange ultra-nationaliste, aigrie et revendicative, développant tous les thèmes du « romantisme national ».
C’est particulièrement vraie de l’Ukraine, un pays malheureusement coupé en deux désormais de par l’expansionnisme russe, mais qui dans tous les cas a basculé dans une sexualisation démesurée de la femme.

L’exemple le plus connu, ce sont bien entendu le groupe des « femen », fondé en 2008 à Kiev par Anna Hutsol, Oksana Chatchko et Alexandra Chevtchenko.

S’il se revendique du grand classique du mouvement ouvrier sur le féminisme – La Femme et le Socialisme du social-démocrate allemand August Bebel, publié en 1883 – le groupe puise directement dans les pratiques de l’art contemporain et de ses happenings.

Les actions sont individuelles, il n’y a jamais de liaison assumée avec la gauche ni le mouvement ouvrier, les soutiens viennent d’entrepreneurs « alternatifs » se voulant pro-modernité « occidentale », l’idéologie assumée étant le « sextrémisme ».

On retrouve ici la figure de l’Ukrainienne « sexualisée », avec tout un jeu sur la blondeur, les fleurs dans les cheveux, les poses fermes mais lascives correspondant à l’image qu’on a des « filles de l’est », etc.

Impossible de ne pas rapprocher cette idéologie d’ailleurs de la « sexualisation agressive » de NikitA. Ce groupe de musique – en fait évidemment construit par un producteur qui avait déjà fait un pas dans cette direction avec A.R.M.I.A -, également apparu en 2008, revendique la « sexualisation agressive ».

Musicalement, il s’agit de cette techno relativement lourde et électronique typique qu’on peut trouver à l’est du côté de la Russie, l’Ukraine, la Biélorussie, etc. ; sur le plan de l’esthétique, ce sont des vidéos exprimant justement une dimension ultra-sexualisée.

Il va de soi que NikitA a cherché et trouvé avec succès un terrain de la provocation, au moyen des cliché dégradants les plus standards possibles, utilisant l’érotisme comme moyen d’abuser des esprits.

Dans la vidéo suivante, la femme qui se promène nue est à un moment suivie par des hommes noirs démonstratifs : c’est une allusion typique exprimant le racisme anti-noirs particulièrement puissant à l’est de l’Europe.

Les autres vidéos suivent le même principe, avec tous les clichés “érotiques” patriarcaux allant du fait de manger des animaux au pole dance, etc.

Il est évident qu’une telle tendance décadente reflétant la véritable captation de l’image de la femme ukrainienne ne pouvait que donner naissance à haut-le-cœur dans la société. Malheureusement, c’est le nationalisme agressif qui l’a emporté comme réponse, avec par conséquent un simple décalage de la sexualisation de la femme ukrainienne.

Inexistante sur le terrain politique, inexistante sur le terrain des photos innombrables montrant des gens en armes, la femme ukrainienne est, lorsqu’elle est montrée, mise en scène comme icône portant les attributs et symboles du nationalisme, pratiquement comme trophée, comme ici avec les symboles du régiment Azov.

Il était évident que des gens se revendiquant du camp nazi lors de la seconde guerre mondiale ne pouvait assumer le féminisme. Et ainsi, du côté des femmes, la volonté de ne pas céder aux exigences de la captation sexuelle « occidentale » s’est placé sur le terrain d’un captation sexuelle nationaliste.
Avec un important succès sur internet, voire dans certains médias, comme le montre cet extrait de la revue française « Elle », qui a provoqué un certain émoi de par sa « glamourisation » du nationalisme, du fascisme.

Voici une photographie montrant une salle de sport ouvert par le régiment Azov – d’idéologie nationale-socialiste et intégrée officiellement à l’armée ukrainienne – dans la ville de Kharkiv. Si les hommes dessinés sont musclés et en action, la femme doit se contenter d’être « fit », d’être une icône.

Il y a ici une très profonde incohérence, montrant par ailleurs la vraie dimension fasciste en Ukraine, au sens d’un détournement d’une exigence populaire. Les nazis assumés sont profondément conservateurs et refusent tout féminisme ; aussi anodines et secondaires que soient ces représentations, elles leur sont déjà insupportables.

Or, en Ukraine, il s’agit d’un vrai mouvement de masse, dans le cadre d’une mobilisation nationale de défense du pays déformé en idéologie fasciste. Il y a donc une vraie poussée d’en bas, tendant à générer des vrais engagements, y compris féminins, comme le reflète cette photographie.

On n’est pas ici dans le cadre d’une démarche iconique ; la femme est en uniforme avec le symbole du régiment Azov, elle est tatouée. On est ici dans un vrai romantisme, dont le dessin suivant est finalement le grand symbole.

C’est une allusion à toute une série de photographies où de jeunes Ukrainiens s’enlacent, avant que l’homme n’aille au front, étant masqué car relevant des régiments de choc des nationalistes sur le front, avec à l’arrière-plan toute une série d’actes plus ou moins criminels, jusqu’aux crimes de guerre.

Ici encore la femme est tatouée et aussi surprenant que cela paraisse, cette mise sur le même plan, même avec une division des rôles, est déjà inacceptable pour l’extrême-droite. On est ici dans le fascisme idéalisé, romantique.

L’homme est tatoué, la femme aussi, ils partagent un idéal ; naturellement par contre, l’homme est combattant et actif, la femme plus passive, cependant il y a l’esthétique de l’égalité et de la rébellion, à défaut du contenu.

Voici un autre exemple de romantisme, extrêmement rare par ailleurs de par sa dimension naturelle en décalage avec le culte de la mécanisation, de la violence, du rejet du véganisme, etc. propre à l’extrême-droite. Elle n’est pas ici ukrainienne et relève du nationalisme des pays de l’Est, notamment dans l’esprit se voulant païen du national-socialist black metal.

Ce romantisme a naturellement ses limites et ne fait qu’exprimer un courant inévitablement condamné à être asphyxié tant devant la sexualisation que le conservatisme. Les photographies suivantes, où on retrouve de tatoué le soleil noir de la SS allemande, – la première est de source inconnue, la seconde d’une marque moscovite – montre bien le rabaissement de la femme à une icône.

Car la sexualisation agressive et iconique de la femme des pays de l’est, au-delà de l’Ukraine, est devenue un standard de la propagande d’extrême-droite sur internet. En voici un panorama, si l’on peut parler ainsi pour des photographies d’êtres humains.

Dans tous les cas, c’est le style se voulant slave q qui l’emporte, de par la base de masse à l’est de l’Europe, permettant de nombreuses personnes actives, donc davantage de culture, de photographies tout simplement aussi, etc.

Les cheveux blonds et si possible les tresses se veulent gage d’authenticité…

Cette captation de l’image de la femme comme icône est typiquement patriarcale ; si bien entendu il y a une différence avec les nazis, on retrouve la même approche tant chez tout ce qui relève de l’idéologie hooligan de gauche, que chez les Kurdes du PKK notamment avec la guerre en Syrie où il est vrai toutefois que les femmes participent à la guerre.

La femme est ici symbole et non protagoniste ; son action même se voit réduit à un symbole, à un rôle subalterne, passif, bloqué dans le symbolique.

La femme passive, “pure”, portant les symboles, à la fois mère et trophée, tout cela n’est pas sans rappeler bien sûr la figure de la Vierge Marie. La genèse de cette forme tient-elle au culte des icônes existant en Ukraine, tant dans la religion religion orthodoxe que celle gréco-catholique?

N’est-ce pas également une déformation du puissant matriarcat s’étant maintenu en partie chez les peuples slaves?

Les risques de ce modèle sont en tout cas terribles pour la femme, tant en Ukraine que dans les autres pays.

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