Prestes Maia, le grand squat de São Paulo

Prestes Maia est un immeuble de São Paulo. Il est situé au centre ville, près de la gare de Luz, dans un quartier qui est littéralement sorti de terre au milieu de la décennie 1950. L’imposant bâtiment est remarquable pour son architecture, mais aussi pour sa destinée récente.

L’immeuble a pour l’essentiel une vocation industrielle. Les deux tours ont abrité à la fois le siège administratif et la principale unité de production textile de la Companhia Nacional de Tecidos (la Compagnie Nationale des Draps). Haut de 22 étages, l’immeuble est construit autour d’une infrastructure de piliers, de poutres et de lintaux de béton armés.

La conception du bâtiment est le fruit du travail de l’urbaniste Francisco Prestes Maia. Ce dernier, polytechnicien de formation, a complètement redessiné la ville de São Paulo à la dimension des grosses berlines US. Il a ainsi été récompensé pour son “Plano de Avenidas” par un prix lors du quatrième Congrès panaméricain des architectes à Rio de Janeiro en juillet 1930. Il sera aussi maire pour trois mandats.

La surface du bâtiment est faite d’un ciment brut bruni par la pollution qui accroche la lumière rasante comme une peau au grain épais. La façade est percée de larges ouvertures vitrées enchâssées directement, sans adoucissement. Au niveau du premier étage commun aux deux tours, en guise de frontispice, le nom de l’usine s’étale en lettres de métal, sur ce qui s’apparente à une corniche. La grande élégance de l’ensemble tient à sa sobriété, à ses lignes claires et épurées.

L’activité industrielle est depuis longtemps abandonnée, mais le bâtiment, quant à lui n’est jamais resté vide. Désaffecté au début des années 1990, bientôt racheté par un homme d’affaire pour un fond spéculatif, l’immeuble officiellement inoccupé est devenu l’un des plus grand squat du continent américain.

Au début ces années 2000, les blocs A et B du 911 Avenida Prestes Maia ont la réputation d’être un infâme coupe-gorge puant tenu par les petits dealers locaux. C’est alors qu’un groupe participant au Movimento dos Trabalhadores Sem Teto (Mouvement des travailleurs sans toit) organise l’occupation des lieux. Pied à pied, hall après hall et étage après étage, les lieux sont nettoyés. Les occupants sont invités à accepter la discipline imposée par le mouvement, faute de quoi ils sont contraints de partir.

A chaque étage, un représentant est élu par les habitants, il est chargé de faire respecter le règlement, d’organiser les travaux communs à l’étage et de faire circuler les informations communes à la communauté entière. La consommation de drogue est interdite, l’alcool est interdit dans les parties communes, il est interdit de faire du bruit passé 22h. Au bas des blocs, des habitants gardent les entrées : il est impossible d’entrer sans avoir été invité par un habitant. L’organisation des lieux est faite pour les familles de travailleurs, celles-ci paient d’ailleurs une participation aux travaux communs.

Les étages sont divisés en “huttes”, c’est-à-dire en espaces cubiques plus ou moins de même taille faits de planches de bois enduites de plâtre. Au total, ce sont près de 500 familles, plus de 1600 personnes dont 300 enfants, qui ont trouvé à se loger dans des conditions décentes, le Mouvement garantissant l’eau potable et l’électricité. De nombreuses activités culturelles se déroulent dans l’immeuble : cours de musique pour les enfants, capoeira, gala de danse, etc. Les habitants disposent également d’une bibliothèque contenant 17 000 livres.

Coincé entre d’un côté, un projet de rénovation porté par le propriétaire de l’immeuble et soutenu par la justice, l’État et la Ville qui s’opposent à l’occupation précaire du bâtiment et, de l’autre côté, harcelés par les mafias gérant les réseaux de prostitution, les trafics de drogues et qui convoitent donc les lieux peu policés pour leurs activités antisociales, la communauté des travailleurs de l’immeuble de Prestes Maia est constamment sur le fil. Périodiquement évacué par la contrainte, l’immeuble est le plus souvent regagné par le Mouvement des Travailleurs Sans Toit.

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