Les livres, les médicaments et les produits ménagers, une apparence trompeuse

Une réflexion sur les objets pratiques du quotidien est tout à fait nécessaire à qui ne veut pas perdre le sens des choses. Le capitalisme veut qu’on accumule des marchandises pour en faire des fétiches : faire réapparaître l’utilité est une tâche tout à fait nécessaire.

salon bibliothèque

Dans les logements, il y a notamment trois choses qui s’accumulent. En trois endroits différents des objets s’amoncellent, regroupés selon leur nature similaire et devant donner une certaine image de l’habitation.

La bibliothèque est de rigueur ; elle est plus ou moins grande, recherchant plus ou moins de prestige. Les ouvrages qui y sont disposés n’en sont pas moins pas lus, ils servent au prestige. Une tradition bourgeoise veut d’ailleurs que les ouvrages sur l’art, épais et haut, soient disposés de manière bien visible, pour former un bloc imposant.

Les médicaments, achetés au fur et à mesure, sont eux masqués dans une armoire ou sur une étagère ; ils forment un tas grotesque, les paquets ouverts ne se distinguant pas de ceux fermés, alors que de toute façon les dates de péremption ne sont plus vraiment pris en compte. Ils sont là au cas où, sans par ailleurs on sache vraiment ce qu’il y a et ce qu’il n’y a pas.

Les produits ménagers sont quant à eux un peu comme les outils dans leur caisse, cependant on s’en sert plus souvent, aussi leur dignité pratique est elle plus forte. Souvent rangés sous l’évier, ils consistent en des bouteilles en plastique assez solides et en des bidon plus ou moins pleins. Leurs fonctions sont très diverses et souvent seule la ménagère sait vraiment ce qu’il y a là, tout comme le ménager – le terme n’existe pas – sait ce qu’il y a comme outils.

Tout cela ne va pas, ne va pas du tout. Ce phénomène des livres, des médicaments, des produits ménagers, témoignent à la fois du chaos des achats individuels, d’une accumulation sans réflexion, de la reproduction des comportements de la génération d’avant.

Ces choses qui n’ont l’air de rien jouent un vrai rôle culturel dans la vie quotidienne, dans l’impression d’avoir une vie sérieuse, puisqu’on fait comme ses parents, puisqu’on a tout ce qu’il faut comme il faut, puisqu’on a des choses qu’il est nécessaire d’avoir comme preuve que c’est bien son logement, son habitation à soi, sa propre vie.

Encore que les livres ne sont pas une obligation, les couches populaires se voyant souvent exclus à ce niveau. On aurait tort ici de ne pas voir l’intérêt pour elles de la religion. Cette dernière exige des livres et les couches populaires apprécient de se voir trouver un accès à eux. Malheureusement, ce sont des livres aliénants, faisant perdre la raison, donnant de faux espoirs. Mais, donc, ces livres représentent aussi une dignité retrouvée, d’autant plus s’il y a une petite bibliothèque les amassant.

Il faut donc prendre en considération que les choses devront être différentes. Qu’est-ce que le Socialisme peut proposer ici ?

L’idée de base tombe sous le sens : il faut considérer les choses selon l’angle collectif. Si l’on prend par exemple un petit immeuble, imaginons de 15 habitations, il faudrait obligatoirement des endroits où retrouver ce qui n’est pas utilisé quotidiennement et qui n’est pas personnel en soi :

– un local servant de bibliothèque, avec un minimum d’espace, idéalement même au dernier étage, avec une verrière, pouvant servir comme atelier artistique ;

– un local pour ranger les outils partagés collectivement, idéalement un petit atelier ;

– un local pour ranger les produits ménagers ;

– un local pour ranger les médicaments.

Ce dernier point est en apparence le plus délicat, car les prescriptions sont personnelles. En réalité, cela forcera les gens à bien distinguer les médicaments généralistes de ceux vraiment personnels. Qui plus est cela permettra à des instances hospitalières de passer voir de temps en temps ces médicaments pour voir ce qu’il en est. C’est une supervision sociale nécessaire pour une question aussi importante sur le plan de la santé et le chaos individuel de la société capitaliste amène beaucoup de dangers.

Pour les produits ménagers, il faut également arrêter son fétichisme : on ne débouche pas son éviter avec une pompe tous les jours, on n’utilise pas un furet tous les deux jours non plus, pas plus qu’on ne lave le sol chaque semaine. Ranger cela collectivement permettra inversement d’avoir un meilleur aperçu de ce qu’on fait ou pas, et par conséquent de planifier réellement son activité. Le problème bien connu ici étant que les gens ne font soit rien, soit beaucoup trop par aliénation.

Pour poursuivre dans l’idée, chaque bloc d’habitation devrait disposer également d’un local à vélos et d’une laverie collective, permettant de disposer de meilleures machines de lavage, avec des horaires de partage bien délimités. Mais cela est une autre question, même si le principe est le même : la révolutionnarisation de la vie quotidienne, par et pour le Socialisme.

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