Gilets jaunes : la France coincée entre Emmanuel Macron et les populistes

Le huitième samedi des gilets jaunes a mobilisé 50 000 personnes et souligne bien une chose : la France va se retrouver coincée entre des pro-Européens regroupés autour d’Emmanuel Macron et une vague populiste portée par l’extrême-droite et soutenue par l’ultra-gauche.

La raison s’évapore, la rationalité disparaît ; le nihilisme triomphe, la confusion nationale et sociale s’impose et Emmanuel Macron cherche à se placer comme seul recours.

La « gauche » qui a soutenu les gilets jaunes s’est d’ailleurs littéralement suicidée : c’était prévisible, désormais c’est acté. Il est désormais flagrant que les gilets jaunes véhiculent un style, une démarche, une perspective, pour ne pas dire une idéologie, totalement opposé aux valeurs de la Gauche.

Le huitième samedi des gilets jaunes a d’ailleurs connu quelques épisodes assez typiques du genre, dans une sorte de mélange de révolte brouillonne et de radicalité diffuse, propre à la panique face au déclassement. On a pu voir un boxeur professionnel, ancien champion de France, boxer des policiers à visage découvert, un acte d’une naïveté terrible amenant directement à la case prison.

On a pu également voir des gilets jaunes détournent un engin de chantier à Paris pour aller défoncer l’entrée des locaux du porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux. C’est là pour le coup tellement énorme qu’on a du mal à y croire : aucun État moderne ne peut avoir de tels problèmes de maintien de l’ordre, surtout avec quelques milliers de personnes seulement défilant à Paris.

Il en va de même pour l’attaque par 30 personnes d’une caserne à Dijon. Trente personnes dégradant soixante mètres de grillage, pénétrant dans la caserne, lançant des panneaux de signalisation et des barres de fer, avec un gendarme blessé à la tête de manière grave, perdant plusieurs dents… cela serait impossible si l’État avait décidé une répression réelle.

On devine ainsi qu’en réalité, le régime laisse faire et table sur un pourrissement du mouvement, il compte sur la lassitude des gens, et il sait très bien que les classes populaires ne participent pas, regardant cela de loin. Le but d’Emmanuel Macron est de se présenter comme recours pro-européen face aux populistes, il joue donc ouvertement avec le feu en laissant ceux-ci s’agiter.

Ce n’est là pas sans ressemblance avec l’Italie des années 1920 et l’Allemagne des années 1930, avec les forces libérales, s’imaginant incontournables face au populisme, laissant celui-ci se développer par opportunisme, pour apparaître comme incontournable. Cela ne veut pas dire qu’il ne faille pas préférer le libéralisme au fascisme, et les vrais gens de Gauche ont voté Emmanuel Macron pour barrer la route à Marine Le Pen. C’était autant de temps de gagné.

Mais il faut bien prendre conscience du caractère terrible de la situation. Les gilets jaunes expriment une hantise du déclassement, de la part de gens ne voulant surtout pas du socialisme, de la révolution ou de quoi que ce soit de Gauche. Ils veulent vivre comme avant, ils veulent la France du passé.

Ils ne veulent ni politique, ni rationalité ; ils ne portent que l’antiparlementarisme, le populisme comme solution aux problèmes. Ils refusent catégoriquement de viser les riches, les bourgeois, ils font comme si ceux-ci n’existaient pas. Il y aurait une sorte d’oligarchie, et l’État serait le seul souci. On a là un confusionnisme malsain et totalement idéaliste, qui ne sait que retrouver dans le bleu-blanc-rouge une identité.

C’est là une catastrophe intellectuelle et morale, tant sur le plan des exigences de l’Histoire en ce qui concerne le dépassement du capitalisme que sur celui de l’écologie, avec la lutte nécessaire contre le réchauffement climatique.

Les gens de Gauche peuvent le voir maintenant aisément et l’angoisse les saisit. L’ombre du fascisme s’agrandit désormais chaque samedi et pétrifie les espoirs d’un monde nouveau. Nous sommes censés apprécier l’ordre présent ou bien lui préférer l’ordre du passé, d’il y a quelques années… Un choix inacceptable !

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