Le populisme du « grand débat national »

En organisant un débat national, Emmanuel Macron veut que la bourgeoisie, plus vive sur le plan des idées, écrase les ouvriers et neutralise les classes moyennes. Mais son pari est risqué, car il réactive directement un grand thème des années 1930 : celui du rapport entre le peuple et l’État, de la forme des débats pour les décisions d’État.

Emmanuel Macron

Il y a un côté tout à fait années 1930 dans ce « grand débat national » porté par Emmanuel Macron et censé commencer cette mi-janvier. En effet, les années 1930 ont été marquées par des idéologies ayant précisément comme thème cette question de débats à l’échelle du pays tout entier.

Les réponses ont été très nombreuses et ont joué un grand rôle historique. Le Fascisme a proposé le corporatisme, le Communisme le pouvoir des conseils. Les socialistes hésitaient entre pouvoir par en bas et représentation parlementaire traditionnelle, certains espérant que des « plans » économiques éviteraient de poser la question.

Les libéraux quant à eux ne juraient que par les individus, mais comment concilier cela avec une orientation au niveau national ? Les conservateurs, quant à eux, entendaient faire simple : un pouvoir fort, court-circuitant l’assemblée.

Emmanuel Macron tente, avec son « grand débat national », de reformer une alliance entre libéraux et conservateurs, alliance cassée par son irruption politique et l’effondrement de la Droite s’en étant suivi. Son idée est simple : en organisant par en haut des débats, dans les mairies, dans un cadre encadré par les institutions, il s’agit d’empêcher l’irruption des couches populaires sur le plan des idées et des thèmes.

Les gilets jaunes, eux, auront droit à la parole, et il s’agira d’intégrer ces révoltés des classes moyennes qui vont de toutes façons s’enliser en rêvant d’un Référendum d’initiative citoyenne comme solution magique.

Et pour que cela ne termine pas en assemblée générale, le gouvernement a prévu la parade : s’il y a trop de monde pour une conférence, un tirage au sort décidera des présents ! Car tout est fait pour que la question du pouvoir soit totalement absente des débats. On est dans le « dialogue », dans « l’amélioration » des institutions, etc.

Cela implique que les ouvriers ne seront pas de la partie. C’est la même raison qui fait que les ouvriers n’ont pas été impliqués dans les gilets jaunes, d’ailleurs. Seule la question du pouvoir capte l’attention des ouvriers, le reste est pour eux vanité.

Il faut en effet toute la naïveté de quelqu’un ne connaissant pas les rapports de force sociaux pour s’imaginer qu’il suffit d’aller au débat, de proposer un thème, d’expliquer son propre avis, pour que cela ait une quelconque incidence sur quoi que ce soit.

C’est bien pour cela d’ailleurs que le gouvernement a fixé quatre grands thèmes, même si soi-disant on peut apporter ce qu’on veut, pour bien encadrer l’ensemble :

  • « mieux accompagner les Français pour se loger, se déplacer, se chauffer » ;
  • « rendre notre fiscalité plus juste, plus efficace, plus compétitive » ;
  • « faire évoluer la pratique de la démocratie » ;
  • « rendre l’État et les services publics plus proches des Français et plus efficaces ».

Ces quatre thèmes sont chacun liés à la question de la petite propriété dans son rapport avec l’État et les couches supérieures de la société. C’est une négociation pour la part du gâteau capitaliste. Et cela promet une pression bientôt accrue sur les ouvriers.

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