Les gilets jaunes, un acte IX : cela n’en finit pas de finir

Les gilets jaunes continuent leur démarche, pour un neuvième samedi. La France regarde cela d’un air soucieux, compréhensif, critique ou favorable, mais toujours passivement. Il y a là un psychodrame comme le pays les aime : avec beaucoup de sentiment et aucun esprit de conséquence.

gilets jaunes

Quel curieux mélange sur les Champs-Élysées que ces petits groupes d’ultra-gauche à côté de gilets jaunes plus traditionnels et entonnant d’ailleurs « la police avec nous » ! Et quel curieux spectacle que cette France se regardant elle-même regardant la télévision pour savoir s’il va y avoir du grabuge fait par les 85 000 personnes ayant manifesté hier !

On sait que les Français apprécient le cinéma et les drames, mais tout de même, là on frise la lutte de classes version théâtre ou télé-réalité. Les gilets jaunes sont les acteurs, les policiers le public, et les gens regardent cette scène filmée, en se demandant quelle va être la suite !

Pour ajouter du piment, le gouvernement annonce de la casse, interdit tel ou tel rassemblement, et on se demande : les gilets jaunes passeront-ils ? Et hier, au bout du suspens, ils sont passés, manifestant dans le centre désert de la petite ville de Bourges, alors que le gouvernement a expliqué en long et en large que cela serait interdit…

Ce petit cinéma de la transgression n’en rate donc pas une. Et ses représentations ont eu lieu dans de nombreuses villes, au moyen de quelques centaines ou quelques milliers de personnes : Nîmes, Lille, Nantes, Bordeaux, Toulouse, Paris, Marseille, Rouen, Caen, Strasbourg… Ainsi, donc, que Bourges, spécialement choisie comme symbole de la France profonde, pour faire « authentique ».

Avec parfois de la casse, parce que cela fait partie du répertoire des petites vanités s’imaginant contestataires. Casser pour quelque chose peut avoir un sens, mais casser pour casser ?

Il y a vraiment quelque chose qui ne tourne pas rond dans ce pays, il n’y a pas à dire. Et la raison en est simple : somme toute, ni les partis politiques ni les syndicats n’ont de véritables assises de masse. Donc tout regroupement un peu mobilisateur prend le dessus en terme d’initiative, pour le meilleur et pour le pire.

Surtout pour le pire dans une société lessivée culturellement par le capitalisme, à un degré terrible. L’égoïsme prime à une degré tel que ce qui le concurrence, c’est seulement l’esprit d’entreprise ! Quant il n’y a pas cela, il n’y a que le repli sur soi ou la fuite romantique comme anticapitalisme communautaire.

Les gilets jaunes cumulent d’ailleurs tout cela, c’est pour cette raison qu’ils marchent. Ils veulent de l’argent pour vivre comme avant leur repli sur soi, ils s’organisent comme une petite entreprise, ils fantasment des solutions romantiques, le reste du monde n’existe pas aux yeux de leur égoïsme.

C’est la fin d’un style de vie, la fin d’un monde, et au lieu d’imaginer un autre monde et d’assumer que le capitalisme décide leur vie – ce qu’ils savent très bien – ils veulent retourner dans le passé. Ils minent puissamment la société.

Car est-il nécessaire de préciser alors quelles sont les conséquences sur une telle société de mots d’ordre lancés comme « Macron dictateur » ou « Abolition de la cinquième République » ? Les gilets jaunes, partout où ils passent, distillent simplisme, démagogie, complotisme, fureur plébéienne, passivité des esprits.

Ils servent objectivement (et même subjectivement pour beaucoup) la vague d’extrême-droite qui va déferler sur notre pays lors des prochaines élections, les Européennes dans quelques mois.

Il n’y a guère que Jean-Luc Mélenchon pour s’imaginer qu’il faut être encore plus populiste pour tenir le coup. Bien au contraire, seule la défense intransigeante des fondamentaux de la Gauche peut servir d’ancre, car seule la classe ouvrière est imperméable à l’irrationalisme.

Encore faut-il par ailleurs souligne un danger terrible qui peut s’ajouter. La France ne connaît pas en ce moment de crise économique majeure. L’économie tourne, le capitalisme fonctionne à un bon régime. S’il y a un ralentissement, une rupture, imaginons les terribles conséquences que cela aurait, l’accélération que le cours des choses connaîtrait !

Et quiconque n’a pas été happé par le train-train de la vie quotidienne sait que rien n’est plus instable que le capitalisme…

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