Faut-il rechercher l’idyllique ou l’authentique ?

Le capitalisme propose de partir à la quête du choix de son prince charmant, au moyen de critères bien établis… Quand il ne propose pas d’abolir cette quête et de sombrer dans la décadence, d’arracher à la vie quelques parts de vitalité transcendante. Tout cela est vain et faux.

Eve of St Agnes by John Everett Millais

Il existe une grande différence d’attitude chez les gens entre la période avant et après 35 ans. Bien entendu, cela varie très sensiblement selon qu’on habite dans une ville grande ou petite, à la campagne ou dans une zone péri-urbaine, voire même dans le nord, le sud, l’est ou l’ouest de la France. Cependant, l’opposition frontale entre deux périodes reste présente chez chacun.

La première période est celle de la quête de l’idyllique, de l’idéal, c’est-à-dire que chaque personne cherche son partenaire idéal dans la vie, son emploi idéal, son logement idéal, etc. Selon l’adage qui dit que l’argent ne fait pas le bonheur, mais il y contribue, cette quête s’associe avec une exigence matérielle plus ou moins forte, devant tout au moins rassurer l’ensemble, d’où la propriété comme socle bien ancré dans la réalité et garantie de conservation de l’ensemble.

La seconde période est celle de la fin des illusions. C’est la prise de conscience, le plus souvent amère, non pas qu’on n’a pas trouvé, mais que ce qu’on a choisi s’avère finalement insatisfaisant. C’est là la raison des divorces, non pas que la relation ait été en soi insatisfaisante, mais il y a une crise existentielle qui s’exprime aussi à travers le besoin de rupture. C’est là aussi bien sûr la raison des tromperies, des changements brutaux de comportement, de valeurs, qui peuvent d’ailleurs s’accompagner par la fin de certains comportements et de valeurs.

La seconde période est ainsi souvent marquée par l’arrêt du sport, la cessation de l’écoute de musique, ou bien la fin de certaines activités culturelles, l’interruption de la lecture de livres. C’est une période qui est celle valorisée par la société comme celle où on est adulte et c’est à partir de là que, vraiment, on devient strictement incapable de comprendre les adolescents.

Il est d’ailleurs toujours amusant d’inquiéter ceux-ci en leur montrant les adultes et en leur disant qu’ils vont devenir pareils, ce qui leur semble résolument invraisemblable. Et pourtant… la machine capitaliste est implacable.

La seconde période exige aussi des enfants par ailleurs, pour bien souvent servir de report des rêves. Qui ne connaît pas les parents ayant reporté sur leurs enfants tel ou tel rêve de succès, de gloire ? L’une des premières mesures du socialisme sera clairement de calmer et de rééduquer les parents traumatisant leurs très jeunes enfants à coups d’exigences de performance, dans la perspective d’un triomphe futur. Cette agression de l’enfance est inacceptable.

La seconde période est on l’aura compris le produit direct de la première. A l’idéalisme de la première répond l’amertume de la seconde. Non pas que ce qu’on ait vécu ait été faux, totalement faux, cela n’aurait pas de sens. Toutefois, il y a l’horrible impression de ne pas être authentique, il y a cette observation qu’on se fait à intervalles plus ou moins réguliers qu’on a raté quelque chose.

Ce quelque chose, on se l’imagine être tel ou tel ex, telle ou telle carrière, telle ou telle orientation, tel ou tel tournant, mais réalité ce quelque chose c’est évidemment soi-même. Et on se dit qu’il est trop tard, d’où la nostalgie imprégnant de plus en plus la matière grise.

Il faut noter ici qu’il existe également un autre phénomène, celui où des gens choisissent la seconde période. Celle-ci a l’air en effet rassurante dans la mesure où finalement on est comme pris dans les glaces. Tout y est stable, rien ne bouge, contrairement à la confusion, aux pertes d’orientation de la première période. Il est tellement plus simple d’être conservateur, pessimiste, en qualifiant d’erreurs de jeunesse ses propres rêves !

Il est évident que toute quête d’idylle de la première période est à la fois normale car le bonheur est naturel comme valeur humaine, et à la fois déformée par le capitalisme qui la transforme en vécu consommateur en quête d’une marchandise sans aspérités, conforme à ce qu’on a en tête.

Le nombre de problèmes que cela pose est tellement gigantesque que, vu de l’avenir, on pourra pratiquement dresser une étude des mentalités de la société capitaliste rien que par rapport à une évaluation de cet esprit aliéné saisissant les choses suivant une évaluation idéaliste-idyllique.

Alors que l’être humain propre à une société socialiste, lui, se focalisera toujours sur l’authenticité, et reconnaîtra qu’il faut savoir s’incliner devant la richesse des faits authentiques, qu’il faut savoir percevoir leur nature concrète, qu’il ne faut pas céder devant les illusions d’un faux confort amenant à balayer d’un revers de la main ce qui s’avère en réalité la vérité.

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