L’assistance vidéo, cette horreur du football moderne

Les arbitres assistants vidéo ou VAR, acronyme anglais pour Video assistant referees, sont en place dans plusieurs championnats de football, et depuis la semaine dernière pour les phases finales de la Ligue des Champions. Loin d’apporter quelque-chose sur le plan sportif, ce dispositif répond surtout à la logique du football moderne, conformément aux sollicitations des clubs les plus riches.

L’Atlético de Madrid avait ouvert le score à la 70e minute lors de sa confrontation face à la Juventus en Ligue des Champions hier soir. Bien servi par Filipe Luis, Álvaro Morata venait récompenser d’une tête franche et bien placée les efforts des « Colchoneros » qui dominaient les débats. La clameur de l’Estadio Metropolitano, qui s’était transformé en une immense exaltation de joie, fut cependant douchée quelques minutes plus tard par l’arbitre. Après visionnage de la vidéo, celui-ci a estimé qu’il y avait une poussette fautive de la part du buteur contre le défenseur.

Cette décision n’a rien d’évidente, le ralenti ne permet pas rationnellement de juger l’intensité du geste de la main du défenseur ; le football étant un sport de contact, il y a sans-cesse ce type de mouvements entre les joueurs et rien ne permet avec les images d’affirmer que le défenseur ne s’est pas volontairement jeté, ou a été déséquilibré par sa propre faute.

C’est ici un cas d’école montrant l’inanité du dispositif VAR. La technologie est censée aider, mais on est en fait pas plus avancé, et il y a toujours des interprétations différentes, aucun consensus, et finalement un sentiment d’injustice qui n’en est que plus grand par rapport à une erreur d’arbitrage pendant le jeu. Un autre cas s’était d’ailleurs produit en première mi-temps où, après visionnage de la vidéo, l’arbitre s’était dédit après avoir accordé un penalty aux Madrilènes. Cette décision a semblé juste, mais là encore il n’y a rien d’établi avec certitude. C’est une question de quelques centimètres pour savoir si la faute a été commise en dehors ou dans la surface. Sa décision initiale, pendant le cours du jeu, n’avait rien d’absurde et n’aurait pas représenté quelque-chose de scandaleux.

Ces faits n’auront finalement pas changé grand-chose hier soir puisque les locaux l’ont emporté 2 à 0. Tel n’est pas le cas par contre de l’annulation du premier but de l’Ajax Amsterdam, qui a perdu 1 à 2 contre le Real Madrid la semaine dernière en Ligue des Champions également.

Il s’est passé cette fois-ci quelque-chose d’improbable où l’on ne sait pas vraiment ce qui a entraîné l’annulation du but par l’arbitre. Cela a bien sûr fait l’objet d’une grande polémique aux Pays-Bas ainsi qu’en Catalogne (où le Real Madrid n’est pas apprécié), le sentiment d’injustice étant très grand.

L’UEFA a justifié le lendemain la décision de l’arbitre sur Twitter.

Il est expliqué que Dusan Tadic était en position de hors-jeu et qu’il gênait le gardien sur le but de Tagliafico. Cela est pour le moins étrange, car le joueur ne peut pas disparaître s’il est hors-jeu, et il n’a pas fait ici délibérément action de jeu, comme le sanctionne la Loi 11 du football.

Le gardien de but du Real ne s’était d’ailleurs absolument pas plaint de cette soi-disant obstruction sur le moment ; rien ne permet de toutes façons d’affirmer que Thibaut Courtois a réellement été empêché de sauver ce ballon à cause de son adversaire considéré hors-jeu sur la vidéo.

Cette justification de l’UEFA est donc très floue, et d’ailleurs pendant la diffusion du match, le réalisateur avait choisi un autre ralenti, avec un autre hors-jeu probable juste avant, mais pas du tout cette scène.

À l’issu de la rencontre, le gardien Thibaut Courtois a expliqué qu’« heureusement qu’il y avait le VAR » et que lui-même a pensé qu’il y avait hors-jeu. Sauf qu’on ne sait pas de quel hors-jeu il parle, et s’il parle de celui-ci, il est forcément de mauvaise fois car il ne peut aucunement le constater à ce moment là puisqu’il fixe logiquement le ballon. Les explications fournies par le corps arbitral à l’entraîneur de l’Ajax, Erik ten Hag, n’étaient pas claires non-plus, et contradictoires :

« L’un d’eux m’a dit que l’annulation du but était basée sur une position de hors-jeu qui n’était pas évidente à mes yeux, un autre parce qu’il y a eu une faute sur Courtois, que je n’ai pas revue sur les images de la télé. »

On se retrouve donc avec une technologie censée permettre d’éviter les erreurs d’arbitrage qui ajoute en fait encore plus de suspicion sur la partialité du corps arbitral et exacerbe le sentiment d’injustice.

Cette affaire est d’autant plus ennuyeuse que le dispositif n’aurait dû être en place que la saison prochaine pour la compétition européenne. L’UEFA a finalement décidé au mois de décembre que les arbitres assistants vidéo seraient présents dès les phases finales de cette année, changeant les modalités du jeu en cours de compétition. Il y a là quelque-chose d’inhabituel, de pas correcte, de pas conforme à l’esprit sportif. Qu’on soit pour ou contre, l’arbitrage vidéo change fondamentalement la façon dont sont joués et arbitrés les matchs, et cela n’est pas normal de l’instaurer au milieu du tournoi contrairement à ce qui était prévu.

Le président de l’UEFA Aleksander Ceferin s’était justifié en disant : « si nous pouvons le faire avant, pourquoi pas ? » Il s’est en fait empressé de répondre aux exigences des clubs de football les plus riches. L’institution était historiquement hostile au dispositif, mais elle a finalement cédé aux injonctions de personnalités comme Andrea Agnelli, président de la Juventus et du très influent syndicat de clubs ECA, ou de Karl-Heinz Rummenigge, président du directoire du Bayern Munich.

L’arbitrage vidéo est réclamé par les grands clubs qui veulent contrôler le plus possible l’incertitude du sport. De la même manière qu’ils plaident pour une ligue fermée, afin de ne pas avoir à se qualifier chaque année pour l’Europe, ceux-ci veulent surtout assurer leurs buisiness models.

L’argent qui leur permet d’acheter les plus grands joueurs et d’écraser la concurrence ne leur suffit pas, il y a encore trop d’incertitude, de risque de se voir « flouer » par un club moins fort et ils veulent pouvoir maîtriser le plus de paramètres possibles.

L’UEFA ne fait que se plier cette exigence, comme elle l’a fait cette année en acceptant d’inscrire pour les phases finales les joueurs transférés pendant l’hiver qui avaient joué la compétition avec un autre club, ce qui est un autre recul historique.

Le discours sur l’équité sportive ou le soulagement des arbitres pour justifier le dispositif VAR n’est que du flan. L’équipe nationale du Maroc l’avait d’ailleurs constaté à ses dépens pendant la Coupe du Monde 2018, il y avait clairement eu le sentiment que « le VAR, c’est pour les grandes équipes, c’est frustrant », comme l’avait dit Nabil Dirar.

Les joueurs et les entraîneurs sont de plus en plus nombreux à s’y opposer, à l’instar de l’entraîneur du club londonien Tottenham, Mauricio Pochettino, qui affirme que « personne n’est heureux de regarder ces matches en Europe avec la VAR, personne. »

La Ligue 1 française, qui a adopté le dispositif cette saison, regorge déjà de décisions contestées après utilisation de la vidéo ou, pire encore, de moments où la vidéo n’a pas été consulté dans une situation litigieuse sans que l’on sache pourquoi. Il faut se souvenir de cette 20e journée du championnat en décembre où pas moins de quatre matchs avaient connu une polémique relative à ce nouveau mode d’arbitrage.

L’assistance vidéo n’apporte manifestement rien au football, et cela casse l’ambiance dans les stades de manière très désagréable quand un but est finalement anulé. C’est une horreur de plus du football moderne.

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