Le plaisir de chiner ses vêtements en friperie

Acheter ses vêtements en friperie est aujourd’hui quelque-chose de très tendance. Il y a bien sûr cette fascination pour l’ancien, plus précisément pour le vintage comme l’exprime cet intraduisible mot américain issu du français. Il y a aussi, et peut-être surtout, cette volonté d’avoir du particulier, pour ne pas céder à la société de consommation qui standardise les goûts et les codes de manière outrancière.

Quand on s’habille en friperie, c’est peut être parce qu’on ne souhaite surtout pas ressembler à ces gens qui n’ont aucun style et s’habillent tous pareil, sans avoir vraiment choisi ce qu’ils portent. C’est un peu comme dans la musique : il y a ceux qui écoutent NRJ, Fun Radio ou Skyrock, et puis ceux qui se font un devoir de ne surtout pas écouter ces programmations insipides et ultra standardisées.

Il y a dans la mode des friperies une exigence culturelle, la volonté d’être acteur de sa vie, de son style, sans céder à l’uniformité des boutiques des centres commerciaux et leurs collections très limitées, qui se ressemblent d’ailleurs toutes comme deux gouttes d’eau.

Le problème n’est pas l’uniformité : que l’on soit plus ou moins branché ou passif dans sa façon de s’habiller, garçon ou fille, la norme chez les jeunes est presque toujours les baskets. Nike, Converse, Puma ou Van’s, quelque-soit les modèles, les jeunes ont presque toujours les mêmes chaussures. Mais là n’est pas le problème en tant que tel, car il y a là une uniformité assumée, et d’ailleurs peut-être est-ce même nécessaire culturellement.

La chose est un peu différente en ce qui concerne les vêtements et, ceux qu’on trouve dans une friperie, respirent bien plus la vie, ont une saveur qui représente quelque-chose de mieux qu’une vague marchandise acheminée depuis l’autre bout du monde par une grande multinationale selon un même catalogue mondial ou européen.

Il ne faut bien sûr pas s’imaginer que les friperies seraient en dehors du capitalisme, puisque ces vêtements proviennent à l’origine en général des ces mêmes circuits qui existent depuis bien longtemps. Il n’y a qu’à voir d’ailleurs l’énorme engouement de la part des jeunes les plus branchés pour le sporstwear et le workwear des années 1990, qui ont envahit les friperies.

Celles-ci regorgent maintenant de vestes hyper colorées en nylon, de bas de jogging à pression et autres vestes en jean’s ou sweatshirts « oversize », comme cela se faisait à l’époque.

Mais là où quelques grandes chaînes distribuent des versions remises au goût du jour de grandes marques des années 1990 comme Fila, Ellesse, Diadorra ou Schott, une partie de la jeunesse veut de l’authentique, du vrai. Quitte à s’habiller comme à l’époque de ses parents, autant que cela soit pour de vrai, avec des véritables vêtements des années 1990 qu’on a chiné en friperie. Surtout que cela représente bien plus de choix, c’est à dire plus de possibilités de personnalisation, de s’affirmer en particulier.

On ne va pas faire un fétiche ici des friperies et prétendre que cela représenterait quelque chose de révolutionnaire ou d’alternatif au capitalisme. Cela est d’ailleurs à peine plus vrai sur le plan écologique car, si bien sûr le recyclage des vêtements comme de n’importe quelle marchandise est une bonne chose, il faut bien voir que les friperies sont la plupart du temps fournies par des grands réseaux internationaux spécialisés, tout à fait équivalent à ce qui peut se faire dans le prêt-à-porter traditionnel.

Cela représente cependant une affirmation culturelle positive, rompant avec la morosité du capitalisme et de ses grandes multinationales qui assèchent tout.

Un autre aspect est celui de la qualité, car les vêtements d’aujourd’hui ne le sont pas, et de moins en moins, à moins d’y mettre le prix. On trouve donc plus facilement dans les friperies des vêtements de grandes marques à des prix abordables. Surtout pour les pantalons et les robes ou jupes.

Cela est un vrai critère : quand on a des exigences sociales et culturelles élevées, on ne peut aucunement se satisfaire de vêtements de mauvaise qualité, mal taillés, peu solides.

Pour toutes ces raisons, mais aussi parce que les trouvailles sont souvent le fruit d’une longue et exaltante recherche, parce qu’on y trouve de belles choses pour trois fois rien, parce que le style ne se démode pas, chiner ses vêtements dans une friperie est souvent un vrai plaisir !

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