Acte XVIII des gilets jaunes : le triomphe du grotesque

Le samedi 16 mars 2019 a été marqué par d’importantes violences sur les Champs-Élysées, alors qu’Emmanuel Macron est revenu en catastrophe de son week-end au ski. C’est le triomphe du grotesque.

La France est un pays de cinéma et de théâtre, où l’on parle beaucoup et fort, mais où on ne fait finalement pas grand-chose. 18 samedis de gilets jaunes n’auront ainsi rien apporté et tout le monde sait désormais que la France est coincée à force de n’avoir rien assumé dans aucun sens.

Les 32 000 gilets jaunes hier en France, dont 10 000 à Paris, font maintenant parti du paysage le samedi, et les 237 personnes dont 144 placées en garde à vue, de la routine.

C’est là ce qui reflète l’inéluctable effondrement social et culturel du pays, même s’il s’auto-intoxique et s’imagine ouvert, bienveillant, moderne, efficace, etc.

C’est que les acteurs sont très mauvais, il faut bien le dire. Emmanuel Macron ne parvient pas à tenir son rôle de jeune fringant hyper moderne et les gilets jaunes n’arrivent pas à proposer un « retour en arrière » qui ait au moins en apparence des contours concrets. Tout le monde est nul, à l’image d’une France qui ne connaît plus rien aux idées politiques, dont le niveau culturel s’est effondré, dont le sens des valeurs est totalement émoussé.

Pour dire tout de même où on en est, vendredi c’était la fin du « grand débat » et Emmanuel Macron n’a rien eu de mieux à faire que de se montrer en week-end au ski, à La Mongie, dans les Hautes-Pyrénées. Es-ce là de la naïveté politique ? Une manœuvre pour se donner une image de normalité ? Dans tous les cas, son retour en catastrophe ce samedi renforce l’atmosphère pitoyable du moment.

Que penser également d’Édouard Philippe, le Premier ministre ? Voici ce qu’il a dit à la fin de la manifestation, alors qu’au même moment la véranda du célèbre restaurant Le Fouquet’s était incendiée en direct à la télévision :

« Force restera toujours à la loi. C’est le sens de la démocratie et de la république. ».

Prise de drogues hallucinogènes ? Possession vaudoue ? Ces propos sont tenus en effet alors que les médias du monde entier présentent les images du pillage en règle des Champs-Élysées.

Cela a consisté ni plus ni moins qu’en du self-service par des pillards organisés pour récupérer en masse, sur « la plus belle avenue du monde », des objets de luxe chez Bulgari, des chaussures upper class chez Weston, des macarons de luxe chez Ladurée, des sacs chics chez Longchamp, du matériel électronique chez Samsung, etc. À cette liste d’endroits pillés s’ajoutent une boutique de prêt-à-porter pour hommes Célio et une autre de Zara, celle de cosmétiques Yves Rocher, la boutique officielle du Paris Saint-Germain, la boutique de valises chics de Tumi. Ont également été ciblées les boutiques de Hugo Boss et de Nespresso, de Lacoste et d’Eric Bompard, etc.

Que dire également de l’incendie de la banque Tarneaud, filiale du Crédit du Nord, alors qu’il y a des habitations au-dessus, dont les habitants ont dû être évacués par les pompiers ?

Tout cela est grotesque, de bout en bout. Et malheureusement, c’est flagrant seulement à Droite. Celle-ci a un boulevard, car la majorité de la population sait que cela ne peut pas durer comme cela, qu’il faut remettre de l’ordre. Ce qui s’annonce, c’est le temps de la reprise en main, de la remise à plat, des temps terribles, où les travailleurs vont se faire – osons le terme – fracasser par la Droite, par l’État, par le patronat, par la bourgeoisie.

Il faudrait un Ordre Nouveau, mais pour ce qui reste de la Gauche en France, c’est une expression de fachos, alors qu’à la base c’était le titre d’un journal où écrivait le communiste italien Antonio Gramsci ! Et c’est là le fond du problème. Tant que la Gauche ne retourne pas à ses fondements historiques et n’assume pas de vouloir un ordre socialiste, elle restera à végéter comme appendice des libéraux libertaires, et sera condamnée à se faire broyer menu par la Droite qui voguera de succès en succès en proposant « l’ordre et la sécurité ».