Le dopage est-il évitable ou inhérent au sport ?

Il y a de quoi s’offusquer des propos du journaliste sportif Patrick Montel qui, dans une vidéo, avait donné l’impression de relativiser la fuite rocambolesque reprochée à la marathonienne Clémence Calvin, appelant à une certaine compréhension sur la question du dopage.

Clémence Calvin prépare au Maroc le marathon de Paris (qui aura lieu dimanche). Son compagnon, l’athlète Samir Dahmani, se serait interposé physiquement face à des contrôleurs antidopage français, ce qui aurait permit à Clémence Calvin de prendre la fuite, l’athlète ne donnant depuis aucune nouvelle.

Le journaliste sportif Patrick Montel a fait des commentaires à ce sujet, en disant que le dopage était généralisé dans le sport et qu’il fallait comprendre le phénomène de manière bien plus large.

Le recordman du monde du décathlon Kevin Mayer s’est emporté sur les réseaux sociaux à son encontre. Il lui a rétorqué :

« Ces propos sortants de la bouche d’un commentateur sportif « spécialisé » dans l’athlétisme… Faire du dopage une généralité chez les Athlètes de haut niveau… Autant j’arrivais à supporter @LaProlon malgré ses nombreux défauts, mais là c’en est trop.

Le dopage est un raccourci pour les flemmards qui n’ont aucune conscience. Je vous inviterai bien à passer avec moi les 6 derniers mois de ma préparation avant Doha… Mais ce serait un rude sacrifice de ma part

Pour finir, vous profitez de votre notoriété pour balancer des infos sur lesquels vous n’avez aucune connaissance… Vous discréditez une grande partie des athlètes qui s’acharne tous les jours pour s’exprimer et inspirer des millions de personnes! J’arrête, je suis hors de moi »

On peut tout à fait comprendre que Kevin Mayer s’emporte de la sorte, se sentant visé, mis dans le même sac que des tricheurs par un journaliste qui explique presque que le dopage est inhérent au sport et qu’on y pourrait pas grand-chose.

Patrick Montel a étayé son propos dans une autre vidéo, où il insiste sur le fait qu’il a du mal à supporter l’acharnement contre les dopés, expliquant que les conséquences (suspension) sont déjà assez graves quand quelqu’un se fait « attraper par la patrouille » pour qu’il soit la peine « d’en rajouter ».

Son point de vue à propos du dopage est centré sur les individus. Ceux-ci pourraient commettre une faute en cédant à ce qui serait une pression, et il faudrait se satisfaire d’une sanction individuelle, juridique.

Il faut au contraire comprendre en quoi le dopage est un phénomène social déviant, qui doit être condamné en général, et non pas seulement en particulier. La condamnation populaire des sportifs dopés, ce qui est appelé ici « acharnement », est donc très importante. On peut même dire qu’elle est plus importante que la suspension elle-même.

Le dopage dénature le sport. C’est une décadence morale, qui relève de la corruption des valeurs, de la perte de repères. C’est à mettre sur le même plan que la délinquance ordinaire. C’est insupportable dans les classes populaires.

Kevin Mayer a très bien compris la chose quand il dit que « le dopage est un raccourci pour les flemmards qui n’ont aucune conscience ».

La lutte contre le dopage est une cause démocratique de très haute importance, qui relève de la bataille des idées entre les partisans du monde tel qu’il est, et ceux qui veulent le rendre meilleur.

Ceux qui disent que le dopage est inhérent au sport et que c’est une course perdue d’avance n’ont pour seul horizon que le capitalisme et la reproduction du capital. Ils n’imaginent pas qu’un autre monde soit possible, sans le business et toutes les horreurs qu’il suppose.

L’humanité n’est pas corrompue par nature, et le dopage est incompatible avec les valeurs populaires qu’il faut généraliser.

C’est d’ailleurs tout l’honneur de la Gauche, via le combat de Marie-George Buffet du PCF, que d’avoir eu un grand rôle pour la lutte antidopage, aboutissant sur la création de l’Agence mondiale antidopage (AMA) en 1999.

Cela ne fait pas suffisamment le poids, bien sûr, car il y a en face des forces très puissantes et très organisées. Cela donne l’impression que seuls les plus « petits » se font attraper, comme dans l’athlétisme, alors que dans le football par exemple, les contrôles sont quasiment inexistants et le problème est nié.

Soit, mais c’est justement tout l’honneur d’un sport que d’être l’objet d’une plus grande lutte antidopage que les autres, et de voir tomber ses tricheurs.

Il y a la même considération par rapports à d’autres pays et des athlètes français peuvent parfois déplorer que l’Agence française de lutte contre le dopage soit bien plus alerte que les agences d’autres pays.

Là encore, c’est tout l’honneur d’une fédération sportive nationale que de voir les tricheurs de son sport bien plus inquiétés qu’ils ne peuvent l’être ailleurs.

Tout relativisme à propos du dopage est donc insupportable pour qui a des valeurs, le sens de la morale. Ce qu’il faut critiquer au contraire, c’est plutôt que la lutte antidopage a de moins en moins de moyens, qu’elle perd beaucoup de terrain depuis quelques années, malgré les avancées qu’elle avait pu connaître au tournant des années 2000.

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