L’école en France, la faillite de la collectivité ?

Cela fait des années et des années qu’en France on regarde ailleurs, qu’on sait que les modèles scolaires sont meilleurs dans pleins d’autres pays, qu’il ne faudrait par exemple plus de cours en classe l’après-midi. Ce n’est cependant qu’un aspect partiel et secondaire du problème, qui est que l’École ne remplit pas son rôle d’éducation générale de la jeunesse, sa mission de civilisation.

L’esprit du capitalisme a renversé les familles, établissant des rapports entre individus aux dépens des notions de collectivité, de responsabilité, de hiérarchie des normes. À moins d’être un libéral-libertaire, c’est une évidence et quelque chose de critiquable. Le Parisien a à ce titre publié un article qui peut servir d’exemple très fort de cette situation toujours plus dramatique, où les individus errent sans jamais trouver de sens à leur propre vie.

Dans l’article « Exclu temporairement du collège, Hugo a “joué toute la journée sur l’ordinateur” », on a ainsi une mère qui pose fièrement avec son fils, tout sourire. Elle est scandalisée que son fils ait eu une journée d’exclusion pour avoir déclenché l’alarme incendie du couloir, lors de l’interruption des cours à midi. C’est typique. Qui connaît l’Éducation nationale sait que les parents sont de plus en plus des fous furieux, considérant que le collège et le lycée doivent agir comme une entreprise dont eux-mêmes seraient les clients. Et le client est roi.

Les propos de la présidente de l’Union locale des parents d’élèves de Villepinte (Seine-Saint-Denis) sont eux-mêmes assez caricaturaux :

« La plupart des gamins exclus restent vissés devant la Playstation, quand ils ne traînent pas en bas des bâtiments de leur cité. »

N’y a-t-il pas des parents capables d’enlever les câbles de la dite Playstation ? N’y a-t-il pas d’ailleurs des parents tout court ? Mais on sait que non. Bien souvent, les parents ne sont pas là, ou bien sont des « copains ». Les parents ne veulent pas être parents, c’est trop de responsabilités, ils veulent juste consommer leurs enfants.

Non pas que l’Éducation nationale soit irréprochable, au contraire même : elle vacille toujours plus, elle n’a plus de fondamentaux, tout le monde fait semblant que les choses tiennent, mais rien ne tient plus. Les professeurs sont autant arrogants qu’il y a 25 ans, sauf que les élèves ne se laissent plus faire et les conflits sont nombreux. Les jeunes ayant une culture idéologique par contre totalement nulle, cela tourne à l’antagonisme nihiliste.

Cependant, il faut bien voir qu’avec 2 500 élèves exclus en moyenne chaque jour rien qu’en Île-de-France, c’est la faute de l’Éducation nationale, pas de la jeunesse. La pédagogie qu’il faut qualifier de morbide qu’on trouve à l’école est tellement peu vivante qu’elle est considérée comme insupportable. Rien de plus normal.

À cela s’ajoute le fait que le personnel n’est pas formé, que des classes entières sont confiées sans supervision à des personnes, professeurs ou surveillants, qui ne savent pas comment se comporter avec des adolescents. Cela devient vite dramatique et les heures de « colle » pleuvent comme Don Quichotte se bat contre ses moulins. C’est absurde au possible, mais l’Éducation nationale n’est capable de s’intéresser qu’à ceux qui sont considérés comme des très bons élèves d’un côté, et à ceux qui se heurtent frontalement à sa routine de l’autre.

> Lire également : Le délitement de la discipline dans les établissements scolaires est de moins en moins supporté

Cela ne veut pas dire qu’il faille sombrer dans le populisme pour autant. Sinon, on en arrive à célébrer les gilets jaunes, ce que certains font, ce qui est honteux, anti-intellectuel, anti-socialiste, à rebours de tous les enseignements du mouvement ouvrier.

Il faut au contraire de la lucidité, de la clairvoyance, de l’intelligence sociale. Il ne faut avoir aucune peur, quand on est de gauche, qu’on est pris entre le marteau de l’ennui proposé par l’école et l’enclume de jeunes aliénés par une société capitaliste qu’ils voient comme leur seul horizon.

Il faut affirmer haut et fort la morale et la justice, la supériorité de la collectivité sur le l’égoïsme, du général sur le particulier. La jeunesse, par définition, a soif d’apprendre, elle ne demande qu’à absorber ce que les adultes sont capables de lui transmettre. Et la principale chose qu’il y a apprendre, c’est à vivre ensemble, pour s’épanouir ensemble.

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