Lettre ouverte de Rachid Temal au Premier secrétaire du Parti socialiste

Le sénateur socialiste Rachid Temal a adressé une lettre ouverte au Premier secrétaire du PS Olivier Faure dans laquelle il regrette son éviction de l’instance dirigeante du parti.

En tant que numéro 2 du PS, Rachid Temal avait assuré l’intérim à la tête de l’organisation après la démission de Jean-Christophe Cambadélis et avant l’élection d’Olivier Faure. Il avait récemment critiqué la stratégie de soutien à Raphaël Glucksmann aux élections européennes, considérant que c’était un effacement non-opportun pour le PS.

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Il prône au contraire une affirmation de l’identité du parti et de ses fondamentaux historiques, comme c’est expliqué dans sa lettre ouverte :

Lettre ouverte au Premier secrétaire du Parti socialiste

Monsieur le Premier secrétaire, Cher Olivier,

C’est de retour de Belfort que j’ai appris par une indiscrétion journalistique avoir été gommé de la photo de l’exécutif du Parti socialiste.

J’étais, ce vendredi et samedi à Belfort, à la demande de la fédération apporter mon soutien aux salariés, à l’intersyndicale de Général Electric et aux élus locaux en participant à la mobilisation nationale.

J’y étais également pour représenter le groupe Socialiste et Républicains du Sénat.

Nous avons d’ailleurs proposé à l’intersyndicale de venir au Sénat pour y être reçu par tous les sénateurs volontaires pour porter les enjeux de la bataille menée par les GE : maintenir un outil industriel au nom de la préservation des emplois, d’un savoir-faire unique et de la transition énergétique. Sans oublier bien évidemment le respect des engagements pris dans un protocole d’accord par le groupe General Electric.

Nous étions nombreux et la gauche unie !

Effacé donc de l’exécutif du Parti socialiste lors d’un Conseil national, instance qui n’intéresse malheureusement plus ou si peu l’opinion publique.

Un de plus. La liste est désormais longue comme l’a d’ailleurs montré l’opération «évictions aux européennes» où ce

,

La reconstruction de la Gauche est processus difficile, et on voit bien avec cet épisode important de la vie d’un des plus importants parti politique français que la tendance n’est encore pas à l’unité, mais

rtaines et certains camarades en ont fait les frais. Et combien de départs des instances ou du parti de militants ou d’élus, combien de mise en retrait depuis le dernier congrès.

Profitant de mon absence pour cause de mobilisation à Belfort, sans débat, ni entretien, tu organises une nouvelle éviction.

Alors que nous avons tous les deux porté sur la même estrade la parole des socialistes lors du meeting transpartisan ce mercredi contre la privatisation d’ADP, pas un mot de sur ton opération d’éviction.

Voilà pour la forme.

Pour le fond. Je me doute bien que ma prise de position concernant ta stratégie d’effacement pour les élections européennes t’a fortement déplu.

Pour mémoire, j’ai indiqué au Conseil national les raisons de mon refus de cette stratégie, j’ai proposé une alternative, et indiqué que je me rangerai au vote de cette instance et que je ferai campagne pour la liste. C’est ce que j’ai fait. Tout autre Premier secrétaire aurait provoqué une explication. Pas toi.

Cher Olivier, je te redis :

Oui, je pense toujours que le dépassement n’est pas l’effacement,

Oui, je persiste à penser que tu aurais dû être candidat parce que tu es Premier secrétaire et ce sur une orientation éco-socialiste et avec une liste ouverte,

Oui l’électorat de gauche qui se détachait de l’actuel pouvoir et de LFI y aurait vu l’espoir d’une gauche qui se reconstruit,

Oui, 6,1% c’est un échec et en aucun cas un « contrat rempli ».

Oui. Il faut redonner la parole aux militants. Ils ne l’ont pas eu pour choisir la stratégie aux européennes, ils doivent l’avoir à nouveau pour la stratégie pour les élections territoriales et plus largement sur notre avenir. C’est une nécessité. Nous ne pouvons pas demander que la parole soit donnée aux Français via le RIP et ne pas l’appliquer à notre famille politique.

Oui, nous devons engager un double processus : préparer les élections et en même temps comprendre les raisons de notre échec aux européennes et engager une « révolution idéologique » sous peine de sortir de l’Histoire.

Je pense qu’il faut bâtir une stratégie pérenne et travailler notre nouvelle doctrine.

Je pense que c’est une erreur de s’éloigner des groupes parlementaires et de notre fédération d’élus qu’est la FNSER.

Je pense que nous devons réfléchir à notre mutisme médiatique et notre absence de campagne de mobilisation sur nos fondamentaux.

Je pense que notre Parti doit retrouver le goût du débat interne et même du vote. C’est la force des socialistes. C’est notre ADN. C’est une des conditions de notre renouveau idéologique.

Je pense que nous devons sortir de la politique de l’addition de logos pour entrer dans une « politique du frigo », bref partir de nos concitoyens, classe moyenne, employé, ouvrier, fonctionnaire, chômeurs et précaires, salariés « ubérisés », indépendants et commerçants au moment où notre société bascule dans l’ère du capitalisme numérique afin de leur proposer un nouveau projet de société. Nous devons devenir, à nouveau, le parti de l’espoir et de l’espérance.

Pour ma part, j’ai toujours défendu l’intérêt général de notre famille politique. Je crois que mes états de service à la direction du Parti l’attestent que cela soit comme Secrétaire national ou quand j’ai dû assurer les fonctions de Premier secrétaire et que j’ai dû, avec d’autres, sauver politiquement et économiquement le Parti de Jaurès, Blum et Mitterrand.

Aussi, je continuerai à être au service des militants, des élus et des fédérations de ma famille politique. Notre histoire est trop grande pour la brader.

Nous devons reparler, débattre et reconstruire avec les socialistes « dans et hors les murs ». Et ils sont si nombreux.

Je compte bien utiliser ma liberté pour mener le combat pour le renouveau de notre famille politique qui en a décidément bien besoin.

Avec mes salutations socialistes maintenues

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