Jacques Chirac : un horrible bonhomme

Jacques Chirac est décédé ce jeudi 26 septembre 2019. Il a été la grande figure de la Droite populaire : beauf et ultra-moderne dans son soutien au complexe militaro-industriel, hyper machiavélique dans son parcours politique et simpliste jusqu’à être affable. Ce Président de la République a été l’homme de la « bonne bouffe » à la vulgarité sexiste proverbiale au chevet d’une France nombriliste s’imaginant donner des leçons au monde, tout en pourrissant sur pied.

Il est des transmissions qui sont des mystères qui nous dépassent : Emmanuel Macron a été lyrique quant à la figure de Jacques Chirac, annonçant suite à son décès un jour de deuil national. Jacques Chirac aurait aimé les Français comme les Français l’auraient aimé, il aurait été une figure politique mondiale, un fin connaisseur des arts et des artistes, capable de parler aux hommes du peuple comme aux capitaines d’industrie.

Il aurait aimé la France plus que tout, fait une haute carrière politique sans jamais oublier ses « racines ». Même le Parti socialiste a salué l’homme du terroir qu’a été Chirac !

Une belle légende nationale autour d’un homme véritablement méprisé par la Gauche pendant des décennies, jusqu’à ce que les Guignols de l’info le caricaturent de manière sympathique et lui confère l’image apolitique d’un homme rond sur tous les plans, mais capable de coups de gueule à la française, voire même de panache.

Souvent reviennent d’ailleurs les références au fait qu’il a refusé de soutenir le plan américain d’invasion de l’Irak sans l’ONU en 2003, ou lorsqu’il bouscule la sécurité israélienne lors d’un bain de foule à Jérusalem, les menaçant de reprendre l’avion s’ils continuaient à le coller de trop près. Cela plaît évidemment à ceux qui aiment les rodomontades et l’arrogance à la française, ainsi que le « jeu » impérialiste très particulier de la France à l’internationale.

Mais le fait est que la Gauche ne doit avoir qu’un seul regret : que la principale figure de la Droite n’ait pas terminé en prison. Non pas tant pour ses multiples affaires – il a même été condamné, c’est dire – que pour avoir été l’un des ennemis majeurs de la cause populaire, l’un des grands obstacles à l’affirmation du Socialisme.

Car Jacques Chirac, c’est avant tout la Droite populaire, c’est-à-dire une droite portée par la bourgeoisie traditionnelle mais capable de profiter d’un véritable soutien dans le peuple, jusqu’aux ouvriers. Jacques Chirac, c’est la tête de veau comme repas, c’est l’idéologie beauf avec une telle proportion, un tel élargissement, que même le prolo de base parvient à voter à Droite en trouvant cela très bien.

Il est d’ailleurs tout à fait évident que Jacques Chirac ne rentrera nullement dans l’Histoire, mais restera une figure insignifiante de la politique française du XXe siècle. On a déjà oublié Valéry Giscard d’Estaing, autrement plus brillant et moderniste, on en oubliera que d’autant plus un carriériste dont la principale qualité aura été de savoir serrer les mains et de faire le guignol au salon de l’agriculture.

Il est vrai que les Français aiment caresser dans leur esprit l’idée que les arrivistes au pouvoir sont tout de même brillants malgré leur dimension caricaturale, qu’ils portent le pays malgré tout à des horizons de succès illuminant le monde entier. Allons donc ! C’est toute la conception de la Ve République fondée sur le Président, ce « roi élu » pour sauver le peuple tous les sept et désormais cinq ans, qui se montre ici une fable, une fantasmagorie même.

Rien que pour son propos « À nos chevaux, à nos femmes, à ceux qui les montent », Jacques Chirac méritait le plus grand mépris. Il ne restera pas dans les mémoires et le respect, le vrai respect, se mérite bien autrement !