La manifestation contre les violences sexistes et sexuelles du 23 novembre 2019

La France est un pays qui connaît un engagement démocratique ayant une base solide. C’est ainsi qu’il faut comprendre la manifestation parisienne du 23 novembre, où 50 000 personnes ont exigé un arrêt des violences sexistes et sexuelles et aux « féminicides ». Mais le niveau culturel est totalement nul. Les violences sont considérées de manière purement abstraite, comme si elles étaient séparées des valeurs en perdition de la société. La seule exigence atteinte est d’ailleurs celle d’un engagement financier accru de l’État.

Les participants à la manifestation du 23 novembre 2019 ont été très satisfaits de la mobilisation. Des gens comme Manon Aubry‏ (pour qui 150 000 personnes sont venues), ont même parlé d’un succès « historique ». C’est tout de même étrange et c’est là qu’on s’aperçoit de l’origine sociale qui a prédominé.

Non pas qu’il soit faux de se mobilier contre les violences faites aux femmes. Cependant, dans le peuple, personne ne se dit qu’on va vers une amélioration de la condition des femmes et que, d’ailleurs, il suffirait de rajouter 700 millions de budget pour résoudre les problèmes.

Loin d’être « historique », la manifestation a donc exprimé plutôt une terrible défaite. Car les violences sexuelles commises par des hommes contre des femmes (et des enfants) est un grand non-dit de la société française. Elles ont beau être massives, le règne de l’individualisme empêche toute lecture culturelle, sociale et politique. La justice réduit cela à un fait-divers perturbant l’opinion publique et cela s’arrête là.

La manifestation du 23 novembre a par conséquent ceci d’inquiétant qu’elle exprime une prise de conscience non pas « positive » et cherchant à renverser la situation (même si elle prétend le contraire en disant qu’elle entend corriger les choses), mais entièrement « négative » comme fruit d’une véritable crise générale en ce domaine.

Pour dire les choses de manière alambiquée : la société française est en faillite morale et culturelle. La cause de cette faillite est simple : le capitalisme réduit tout aux individus et démolit la démocratie – y compris la démocratie dans le couple. Il n’y a pas de « féminicides » mais des meurtres qui sont une conséquence du refus de reconnaître la démocratie par des hommes assumant une posture patriarcale.

Les femmes aussi nient tout autant la démocratie dans le couple, la différence significative étant que les conséquences ne sont pas meurtrières. Reste que dans le capitalisme tout le monde est corrompu, tout le monde maltraite l’autre. Là est le véritable problème de fond.

Tout cela est cependant trop politique pour des gens se mobilisant mais refusant de rompre avec l’ordre établi, espérant encore et toujours que tout se règle. De même que les gilets jaunes demandent de l’argent à l’État, la solution féministe serait de demander de l’argent à l’État.

Il y a bien entendu la nécessité de parer aux urgences pour les femmes battues – mais dans une société toujours plus en crise, le nombre des violences contre les femmes va forcément toujours plus grandir. C’est cela dont il faut prendre en conscience et se mobiliser pour le Socialisme, qui seul peut être un frein social et historique à la tendance en cours, puis l’abolir s’il a les moyens d’État !

Il y a d’ailleurs un piège philosophique avec cette histoire de centaines de millions d’euros demandés. L’argent exigé vise en effet l’amélioration des conditions d’accueil individuel, afin de souligner que les problèmes des « féminicides » seraient toujours « individuels », tout serait une question d’individus seulement.

Il est ainsi considéré de manière abstraite qu’il y a des individus malsains et qu’il faut une solution individuelle pour les femmes victimes, ce qui a sa dignité, mais ce qui est une illusion dans un pays capitaliste où les valeurs s’effondrent et où la tendance à la guerre est toujours plus marquée !

Lorsque Adrien Quatennens‏ (de La France Insoumise) dit qu’il faut « réclamer 1 milliard pour sortir du cauchemar », c’est de la démagogie. On ne sort pas du cauchemar capitaliste sans de lourds sacrifices ! Mais le peuple n’y est pas prêt. D’où les contorsions de la réalité, la demande à l’État d’intervenir, l’illusion que tout va s’améliorer.

Il ne faut pas s’étonner si avec un tel formatage, même le Président de la République peut trouver très bien ce genre d’initiatives apolitiques et surtout déconnectées des rapports sociaux :

« J’adresse mon soutien à chaque femme qui a vécu des violences sexistes ou sexuelles. Comptez sur moi pour poursuivre la mobilisation du gouvernement et de la Nation entière dans cette grande cause. Besoin de l’engagement de chacun(e) pour #NeRienLaisserPasser. #NousToutes »

Les petits-bourgeois qualifieront de catastrophisme une telle approche critique. Mais c’est dans leur nature que de semer des illusions sur la pérennité d’un système capitaliste qui est en train de s’effondrer sous nos yeux.

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