« ouvriers » ou « classe ouvrière »  ? 

Disparue des discours politiques des années 1990-2000, les ouvriers sont réapparus, notamment en 2007 avec Nicolas Sarkozy et le « travailler plus, pour gagner plus ». Mais si les ouvriers sont là, la classe ouvrière est invisible des stratégies et des discours à Gauche, ce qui est une grande différence.

« Toute l’histoire n’a été que l’histoire des luttes de classe » disaient Marx et Engels dans le fameux Manifeste du Parti communiste. Cela signifie que les classes sociales qui s’entre-choquent sont le moteur de l’histoire. Ce n’est pas une affaire d’individus isolés, mais une production collective, indépendante des individus.

Or, il est facile de remarquer que ces catégories mêmes de collectivité historique comme « bourgeoisie », « petite-bourgeoisie », « classe ouvrière » ne fournissent plus la matière pour analyser la société. Non pas qu’il n’y aurait pas d’inégalités sociales, non pas qu’il n’y aurait pas des « bourgeois », des « ouvriers », mais plutôt le fait qu’on ne pourrait pas tout réduire à des déterminations sociales et historiques. C’est pourquoi il y aurait simplement des « défavorisés » dans leur conquête de réussite sociale.

En parlant des « ouvriers » et non pas de la classe ouvrière, on commet l’erreur de parler typiquement comme le postmodernisme et de voir les choses de manière séparée, isolée les unes des autres. Un ouvrier serait un individu, ni plus, ni moins.

C’est cela que la sociologie a réussi comme grand tour de force : nous aurions assisté à la fin de la classe ouvrière, mais non pas la fin des ouvriers. Évidemment, il serait difficile de les nier lorsqu’ils représentent plus de 6 millions de la population active et de part leur poids fondamental dans les zones rurales et périurbaines.

Cependant, la classe ouvrière n’existerait plus en tant que sujet politique. En effet, la classe ouvrière n’est plus une force organisée telle que cela a pu être le cas par exemple entre les années 1930 et 1970 par des grands partis, comme la SFIO ou le PCF. L‘étiolement de ces partis ouvriers permettrait cette annonce que la classe ouvrière a disparu.

Mais c’est là ne pas saisir c’est qu’est une classe, et donc cette classe ouvrière. Karl Marx a montré qu’une classe était d’abord un regroupement « en soi » de gens, grosso modo selon leur mode de vie. Puis ce regroupement social, objectif, se reflète dans une manière de voir les choses, une analyse de la société, des représentations, etc. Bref, la classe « pour soi », la conscience de classe.

Or, prenons par exemple un dernier sondage sur la question de la grève du 5 décembre dans les transports : 81 % des ouvriers la trouve justifiée. C’est la catégorie sociale qui se prononce le plus favorablement pour la grève. Tout comme au plus fort des gilets jaunes, ce sont plus de 60 % des ouvriers qui souhaitaient voir continuer le mouvement, sans évidemment y participer.

Les « ouvriers » ne se comportent donc pas comme des individus éparpillés, isolés, fragmentés, mais ont en commun une attitude politique et culturelle. C’est en ce sens qu’ils forment la classe ouvrière. L’existence d’une conscience de classe est alors traversée par différentes idées portées par différents partis politiques, sources médiatiques, etc.

Il est évident que la drame actuelle de la classe ouvrière est qu’elle est déformée par la dépolitisation qui ne profite qu’à l’extrême-Droite. Cela n’en fait pas moins une classe sociale qui n’existe que parce qu’elle s’oppose en permanence à la classe opposée, la bourgeoisie.

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