Mobilisation du 16 janvier 2020: la course au néant

Non seulement la mobilisation contre la réforme des retraites a été encore plus faible que les fois précédentes, mais elle a été accompagnée d’actions parmi les plus stupides qui soient. C’est un gigantesque ratage historique.

La querelle des chiffres tourne toujours plus à l’absurde et il ne faut pas se voiler la face : les syndicats forcent tellement que cela ne ressemble plus à rien. Le ministère de l’Intérieur dit qu’il y a eu 187 000 manifestants dans les rues hier en France, la CGT en voit 250 000… rien que pour Paris. Pour cette ville, le ministère de l’Intérieur dit 23 000, le cabinet Occurrence 28 000. Même chose à Marseille où la CGT a vu 110 000 personnes et la Préfecture seulement 8000.

Reste le constat objectif : les personnes mobilisées sont déterminées, mais le reflux est là. La grève à la SNCF était de 10,1 % et moitié moins la veille. Les chiffres sont relativement les mêmes dans l’Éducation nationale.

En encadrant le mouvement, en empêchant l’émergence des assemblées générales comme démarche unitaire générale, les syndicats ont barricadé le mouvement, espérant que le soutien passif des gens suivrait pour une lutte par procuration. Évidemment, les syndicats prétendaient le contraire en appelant symboliquement à un élargissement… sans jamais contribuer à le chercher.

La lutte par procuration s’est donc révélée un substitutisme complet. Aux côté de professions libérales, tels les avocats ou le secteur paramédical, pour qui jamais un ouvrier ne se bougera, et avec raison.

C’est un gigantesque ratage historique et, forcément, sur le plan culturel cela tourne au lamentable.

En Corse, la CGT énergie a privé de courants une dizaine de radars surveillant les routes d’Ajaccio, de Balisaccia, de Bastia, d’Aleria et d’Alistro. Une action du niveau des gilets jaunes, avec le même populisme anti-État allant jusqu’à dénoncer les radars comme un complot pour se faire de l’argent sur le dos des petites gens. Alors que vu le comportement des automobilistes français, il faudrait plutôt mettre des radars partout.

Yannick Baudry, de la CGT Énergie, a une explication ahurissante :

« Plutôt que d’aller couper l’électricité des usagers ou de professionnels, on veut montrer qu’on est des gens responsables, on fait des coupures sur des radars de nuit, pas sur des usagers. »

Les chauffards peuvent lui dire merci. Mais dans la course au néant, il a de la concurrence. Des enseignants ont décidé en effet de se comporter comme les derniers des abrutis : ils ont jeté des manuels scolaires devant les rectorat de Caen, de Versailles et de Clermont-Ferrand, l’inspection académique de Saint-Lô. De telles actions avaient déjà été menées les jours précédents, comme à Lille.

À Caen, un mur a été fait avec les livres avant d’être jetés. Voici l’explication, là encore ahurissante, d’Anne Roascio, co-secrétaire départementale CGT Educ’action :

« Cet acte symbolique montre le ras-le-bol des enseignants. Nous avons eu du mal à faire cette action. Ce n’est pas rien de jeter des livres, c’est le savoir, la culture, ce qui est notre mission.

Cela montre vraiment que nous sommes à bout. Ce mur a été construit à partir de manuels scolaires rendus inutiles par toutes les réformes dans le premier comme dans le second degré. »

Anne Roascio assume donc parfaitement de jeter le livre, qui sont le savoir, la culture. Pour elle c’est justifiée. Rien d’autre ne serait possible ! Ah ben on ne va quand même pas se mettre à critiquer le capitalisme, à dénoncer la bourgeoisie, voire à exiger le socialisme… Mieux vaut se comporter symboliquement comme des criminels anti-culture, c’est mieux ! On ne va tout de même pas rassembler ces ouvrages pour les envoyer dans des pays francophones d’Afrique, où ils pourraient servir…

Le ministre de l’Éducation a eu évidemment toute latitude pour dénoncer un acte symbolique inqualifiable. S’en est suivi un communiqué pittoresque se voulant unanime et parlant d’action libératrice, cathartique.

Il ne faut pas chercher, la défaite est culturelle. On ne combat pas une classe dominante de haut niveau, avec un État ultra-moderne et de haut niveau administratif, en considérant qu’être là c’est suffisant. Cette image d’une vente de sandwich jambon ou fromage, d’un verre de vin ou d’une « bierre » suffit à expliquer pourquoi rien de tout cela ne peut faire rêver.

Des couches populaires n’ayant d’autres ambitions que de vivre comme avant, que de donner au capitalisme un visage humain, ne peuvent aller que de déceptions en déceptions, de défaites en déroutes.

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