La «Gauche» postmoderne veut réformer les Écoles de commerce

D’anciens étudiants ont publié un long appel au discours postmoderne pour exiger une réforme des « grandes écoles de commerce », où les mœurs seraient « délétère -raciste, classiste, sexiste, homophobe ». Cela en dit long sur la « Gauche » post-moderne pour que des étudiants de HEC, l’ESSEC, etc. en soient une composante. Le discours « LGBTI+ » ne relève pas du combat démocratique mais du libéralisme tant culturel qu’économique.

Les étudiants des grandes écoles de commerce sont des beaufs, tout comme d’ailleurs ceux des écoles d’ingénieurs. L’idée est qu’après deux ou trois années de « prépa », il faudrait se lâcher et de toutes façons, la place a été obtenue. L’alcool coule donc à flots et les étudiants, qui se sont coupés du monde pendant longtemps, se retrouvent entre eux avec un énorme vide moral et culturel, basculant dans la décadence.

C’est un phénomène très connu de qui s’intéresse au phénomène, qui dure depuis plusieurs décennies et l’article récent de Mediapart n’apporte rien de nouveau. Avec les réseaux sociaux, les écoles ont dû réagir, mais ce n’est nullement une découverte et tous les étudiants de « prépa » savent eux-mêmes quel mode de vie ils auront s’ils réussissent le passage d’entrée.

Car l’aspect principal tient à ce que ces gens savent que, une fois entré dans les grandes écoles de commerce, ils font partie d’une caste bureaucratique parasitant la bourgeoisie. Passer par une grande école de commerce ou d’ingénieurs, c’est la garantie d’avoir un emploi hautement qualifié, avec un bon salaire. On n’en devient pas forcément un bourgeois pour autant, car on n’a pas forcément de richesses à la base, mais on va devenir un parasite aisé et c’est cela qui impulse la mentalité beauf de ces étudiants.

L’appel publié par Libération le 16 janvier 2020 est donc littéralement pittoresque ; il est à la fois risible et révélateur. Il commence comme suit :

« Nous sommes des diplômé·e·s et des étudiant·e·s de HEC Paris, de l’Essec, de l’Edhec, d’Audencia, de Neoma Business School et d’autres grandes écoles de commerce et nous avons souffert de la culture délétère − raciste, classiste, sexiste, homophobe − qui prospère sur ces campus. Nous sommes de tous bords politiques et de toutes orientations sexuelles. »

Et il constitue ensuite en une dénonciation de la culture beauf prédominante, non pas définie comme beauf, mais comme « hétéro-sexiste ».

C’est donc quelque chose de classique : la bourgeoisie libérale moderniste dénonce la bourgeoisie à l’ancienne. Passons sur le fait de voir des étudiants de grande école de commerce dénoncer une culture « classiste », ce qui est on ne peut plus pitoyable. De manière peu étonnante, le long document ne revient pas là-dessus.

Non, ce qui compte, c’est le côté « ouin ouin » d’étudiants ultra-privilégiés cherchant à se faire passer pour des victimes alors qu’ils font des études pour être des bourreaux. La liste des 514 signataires le montre aisément : on est dans les « cinq parisiennes », c’est-à-dire les écoles de commerce les plus prestigieuses, basées à Paris, Lyon ou Lille.

Ce sont donc des gens représentant un haut niveau de culture, un haut niveau intellectuel – pour autant que la société française capitaliste peut le proposer. Dans tous les cas, ce sont des gens qui savaient ce qui les attendaient et ils ont choisi. Ils mentent en prétendant s’être retrouvés piégés. Ils savaient très bien quelle était la mentalité des étudiants des grandes écoles de commerce.

Ils ont refusé de faire autre chose, car ils voulaient se vendre aux grandes entreprises. Ils doivent donc se conformer – mais étant des bourgeois « modernes », ils regrettent que les grandes écoles de commerce françaises soient trop « à l’ancienne » et n’adoptent pas le style LGBTI+ des campus américains.

C’est à l’image de la France actuelle en termes politiques, avec une Droite beauf à l’ancienne et des « progressistes » supports du libéralisme économique et culturel. Les signataires de l’appel dans Libération relèvent de ce dernier aspect et leurs pleurnicheries dramatisées ne tiennent pas debout un seul instant. Ce seront des cadres de grandes entreprises, prêts à servir à tous les niveaux, ce sont littéralement les suppôts de Satan si on considère comme tel le Capital. Ce seront donc des gens qui, si la lutte des classes se développe en France et qu’on en arrive au socialisme – il le faudra bien – s’enfuiront.

Ce ne sont pas des victimes, comme le capitaine Dreyfus, d’un complot. Ils ont choisi le capitalisme et veulent moderniser sa beauferie au moyen de l’individualisme généralisé. C’est une simple expression de l’affrontement entre les capitalismes de la vieille école à mentalité de castes et de la modernité individualiste.

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