Féminisme: Marguerite Stern ouvre la boîte de Pandore

Activiste féministe, Marguerite Stern a posté la semaine dernière un message traçant le bilan de ses activités, avec une perspective critique sur la démarche postmoderne nuisant au combat des femmes. Cela lui a valu une haine implacable et une avalanche d’insultes, les postmodernes entendant écraser la moindre opposition.

Pour comprendre l’ampleur du problème et saisir la nature du très intéressant message de Marguerite Stern, il faut savoir qu’il existe une opposition totale entre deux courants américains, dont les lignes se reflètent partout dans le monde :

  • il y a ce qu’on appelle le « féminisme radical », qui est issu du féminisme traditionnel et qui n’est pas d’accord pour dire qu’un homme se disant femme soi reconnu comme tel. Le phénomène des hommes « transexuels » s’impliquant dans le féminisme est même considéré comme une sorte de colonisation par des hommes reprenant les codes sexistes classiques (maquillage outrancier, talons aiguilles, etc.) ;
  • il y a le courant postmoderne pour qui tout est un choix individuel identitaire, qui fait donc des « personnes transgenres » l’alpha et l’oméga de la contestation, le sujet révolutionnaire par excellence. C’est le libéralisme libertaire à l’offensive.

On a donc d’un côté le « féminisme radical » qui est authentique, raisonnable, constructif, dans la tradition historique du féminisme. Et on a de l’autre le courant postmoderne qui est décadent, porté par une scène universitaire petite-bourgeoise hystérique, ultra agressive.

Parmi les termes dont il est à un moment parlé dans le message de Marguerite Stern, il en est deux relevant de l’opposition entre ces courants. Il y a d’abord « TERF » (trans-exclusionary radical feminist), « féministe radicale exclusive des trans », acronyme utilisé par le courant postmoderne pour dénoncer la « transphobie » de ceux pensant qu’une femme est une femme et un homme un homme.

Il y a ensuite celui de « cis ». Les postmodernes dénoncent en effet la dictature du « cisgenre », terme inventé pour désigner les gens dont le « sexe » biologique correspond au « genre », à l’opposé des « transgenres ».

Marguerite Stern, avec son message, fait donc à la fois quelque chose juste et d’insensé. De juste, car ce qu’elle dit est vrai. De l’autre, son approche est suicidaire, car elle ne dénonce pas les postmodernes frontalement… Tout en faisant ce qu’ils considèrent de toutes façons comme une déclaration de guerre.

C’est un épisode de la lutte des classes. Les postmodernes tentent de supprimer tout ce qui relève de la raison, de la Gauche historique, de la reconnaissance de normes (ici biologiques), de valeurs, de culture.

Voici le message de Marguerite Stern, qui est en ligne ici, sur Twitter, avec également beaucoup de commentaires.

« Voici un thread qui me vaudra probablement plus d’insultes et de menaces que je n’en n’ai jamais eu avant mais tant pis. J’ai besoin d’expliciter mes positions au sujet du mouvement queer. J’ai trop retenu, trop subis.

Trois sujets divisent les féministes : prostitution, religions, transactivisme. Je n’ai aucun problème à dire que l’existence de la prostitution est une violence faite aux femmes (et même à celles qui ne sont pas en situation de prostitution, car nous sommes TOUTES prostituables)

Aucun problème non plus à dire que la religion catholique c’est de la merde, que l’islam c’est de la merde, que le judaïsme et le bouddhisme c’est de la merde. Toutes les religions abîment de façon égale, la dignité des femmes.

Par contre, j’ai un problème à m’exprimer sur le transactivisme. Dès que je le fais, on me lynche. Ces attaques sont de plus en plus violentes, et je sais que de nombreuses autres féministes ne s’expriment pas à ce sujet parce qu’elles ont peur, à juste titre, d’être harcelées.

Mais aujourd’hui, quitte à perdre beaucoup de soutiens, je n’en peux plus, et j’ai envie d’exprimer clairement ce que je pense. Peut-être un peu dans le désordre, sous le coup de l’émotion, mais tant pis.

Depuis que j’ai lancé le mouvement de collage contre les féminicides, je suis heureuse, et inspirée de voir des milliers de femmes investir l’espace public. rapidement, des collages sur d’autres sujets que les féminicides ont commencé à fleurir, et c’est une bonne chose.

J’ai moi même, pendant des mois, collé sur d’autres sujets avant d’en venir aux féminicides. Mais aujourd’hui, j’ai l’impression que le mouvement que j’ai créé, se retourne contre moi.

De nombreuses branches comme celles de Lyon ou Montpellier par exemple, n’hésite pas à faire des collages sur des sujets clivants dans le féminisme, se positionnant clairement du côté intersectionnel, et excluant de fait, les féministes universalistes.

À Paris, quand j’ai accueilli chez moi des centaines de femmes au tout début du mouvement, j’avais bien précisé que je souhaitais qu’au delà de nos désaccords, nous soyons unies pour lutter contre les violences conjugales. Aujourd’hui, ça n’est plus du tout le cas.

Des féministes universalistes me rapportent avoir été exclues de branches où les activistes se positionnent comme intersectionnelles, et font des collages sur des sujets clivant tout en utilisant l’étiquette (à mon grand regret, c’est devenu une étiquette) “collages féminicides”.

Bref. Aujourd’hui, j’ai découvert ce collage sur le compte instagram “Collages féminicides Montpellier”. Et ça n’est pas le premier. J’ai donc décidé d’écrire ce thread pour dire ce que j’en pense.

[Sisters = Soeurs, en anglais. Cisterf : mélange des termes « Cis » et « Terf ».]

La première chose, c’est que je trouve que les débats sur le transactivisme prennent de plus en plus de place dans le féminisme, et cristallisent même toute l’attention. J’interprète ça comme une nouvelle tentative masculine pour empêcher les femmes de s’exprimer.

De tous temps, les hommes ont tenté de silencier les femmes en faisant taire leurs révoltes. Aujourd’hui, ils le font de l’intérieur en infiltrant nos luttes et en occupant le devant de la scène.

La deuxième chose, c’est que je trouve détestable qu’un outil aussi important que l’écriture inclusive, et qui est sensé servir les intérêts des femmes, soit désormais utilisé pour les invisibiliser. dans les débats féministes sur instagram (et j’ai conscience du fait qu’il (…)

s’agit peut-être de débats de niches), on n’utilise plus les mots “femmes” et “hommes” pour parler de sujets spécifiques comme les règles par exemple. On parle désormais de “personnes à vulves”. Et bien je considère que ça m’invisibilise.

Non, je ne suis pas une “personne à vulve”, je suis une femme. Je suis née femme, et avant même ma naissance, dans le ventre de ma mère, j’ai subi des discriminations de ce fait. J’ai subi des choses qu’un homme qui voudrait devenir une femme ne pourra jamais appréhender.

Troisièmement, je suis pour qu’on déconstruise les stéréotypes de genre, et je considère que le transactivisme ne fait que les renforcer. J’observe que les hommes qui veulent être des femmes, se mettent soudainement à se maquiller,

à porter des robes et des talons. Et je considère que c’est une insulte faite aux femmes que de considérer que ce sont les outils inventés par le patriarcat qui font de nous des femmes. Nous sommes des femmes parce que nous avons des vulves. C’est un fait biologique.

Portez des robes, des talons et des perruques, maquillez vous, si vous voulez. Je n’irai pas crier à l’appropriation culturelle, mais ne venez pas dire que vous êtes des femmes. de la même façon que je n’aurais jamais l’indécence de brunir ma peau en déclarant que je suis noire.

Quatrièmement, arrêtez de me dire que je vous oppresse. C’est vous qui m’oppressez en renforçant justement ces stéréotypes de genre. Et j’ai le droit de le dénoncer car je n’appelle pas à la haine. Mes propos sont dans le cadre de la loi, puisque moi, contrairement à vous,

je suis capable de faire la différence entre transidentité et transactivisme. C’est-à-dire entre les personnes et les idées. Que des personnes trans existent, je m’en fiche. Qu’elles viennent coloniser le débat féministe en ramenant tout à elles au point que

certaines féministes dites “cis” n’aient plus que cette lutte pour objectif, me révulse. Cinquièmement, les sacro saintes notions de “liberté”, de “choix” et de “tolérance” ne veulent rien dire si elles ne sont pas explicitées.

“j’ai la liberté de me voiler”, “je choisis de me prostituer”, “je suis trans, soit tolérante”, cela ne veut rien dire. Oui tu peux dire que tu es libre de te voiler, de te prostituer ou d’être trans, mais la question du libre choix est illusoire.

Je considère que ces choix sont le fruit d’un conditionnement par le système patriarcal. S’il en était autrement, pourquoi les hommes ne se voileraient pas et ne se prostitueraient pas autant que les femmes? Il en va de même pour le transactivisme.

Pourquoi les personnes trans qui occupent le devant de la scène comme lors de la manifestation Nous Toutes, ou comme les drags queens (largement plus répandues que les drag king) sont elles plus nombreuses ou du moins, plus visibles?

(et oui, je sais, ici on parle plutôt de travestissement, mais je considère que ce sont les mêmes mécanismes à l’oeuvre)

Je conçois que des personnes trans puissent ne pas se reconnaitre dans l’identité de genre attribuée à leur sexe. Que des hommes aient envie de porter des robes, que des femmes aient envie qu’on cesse de les sexualiser et de les infantiliser par le langage, (…)

d’où l’envie de changer d’image et donc de pronom. Mais tout ceci (les vêtements, les appellations sociales), ne demandent qu’à être déconstruites. Pour les déconstruire, inutile de dévoyer les débats féministes.

Je précise que quand je m’exprime à ce sujet, je reçois habituellement beaucoup d’insultes, de menaces, et de messages condescendants. Mais je reçois aussi beaucoup de messages de femmes qui pensent comme moi, mais qui ne le disent pas parce qu’elles ont peur.

Et dernièrement, si vous voulez m’attaquer ou me contredire, faites le avec de vrais arguments, pas à base de ressentis. J’ai conscience du fait que certaines personnes vont me dire qu’elles blessées par mes propos,

mais ces personnes là doivent aussi réaliser que je suis blessée par les leur. Et j’ai, comme elles, le droit de l’exprimer. Mais je le fais de façon construite, et j’avance des arguments qui relèvent des sciences dites “dures” et sociales. »

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