Vers la guerre: Emmanuel Macron à l’École de guerre

Pour la première fois depuis 1959, un président français s’est rendu devant les stagiaires d’une promotion de l’École de guerre, l’institution formant les officiers supérieurs. Emmanuel Macron y a exposé les visées « géopolitiques » françaises.

Scott Rodgerson

Lorsque Charles de Gaulle alla rendre visite à l’École de guerre en 1959, peu après le coup d’État de 1958, c’était pour annoncer la mise en place de la « force de frappe ». Emmanuel Macron considère que le contexte a totalement changé et il se met dans les pas de de Gaulle, pour proposer une nouvelle mise en perspective. Emmanuel Macron parle même de « rupture d’ordre stratégique » dans la situation mondiale.

Mais attention ! Il n’y aura pas d’abandon des armes nucléaires. Emmanuel Macron le refuse catégoriquement. La France n’est pas favorable à une interdiction des armes nucléaires. Partant de là, tout est dit. On est dans une visée impérialiste, car qui d’autres qu’un impérialisme peut être prêt à lancer des missiles nucléaires, ces terribles armes de mort ? Seul un régime totalement cynique peut le faire.

Emmanuel Macron a beau dire que l’arsenal français est moindre que celui des États-Unis et de la Russie, la monstruosité de son approche est patente. Et cela n’est pas modifié par son numéro d’équilibriste… Car d’un côté il faut prétendre que la France veut la paix pour faire bien, de l’autre il faut que le message soit clair pour l’armée. Cela donne des contrastes sévères, tel celui-ci :

« La France ne menace personne. Elle veut la paix, une paix solide, une paix durable. Elle n’a nulle part de visée expansionniste (…).

La France oui, est insérée dans un réseau de relations résultant de l’histoire et de la géographie. Dans ce cadre, elle continuera à développer et à approfondir des partenariats stratégiques sur tous les continents. Elle prend d’ailleurs aujourd’hui sa part dans toutes les grandes coalitions au Levant comme en Afrique. »

Reflétant donc que la France est une des principales puissances du monde, Emmanuel Macron a souligné la très haute importance de terrains bien particuliers : « la haute mer, les espaces aériens et exo-atmosphériques [= la guerre par satellites], le numérique ».

Il faut ainsi que la France élève à tout prix son niveau technologique et soit toujours prête à taper fort. C’est le seul moyen pour elle de maintenir son rang, alors que le multilatéralisme s’effondre, que les États-Unis et la Chine orientent de manière stratégique la situation mondiale par leur affrontement, et que « les équilibres dissuasifs entre puissances sont ainsi devenus plus instables ».

Deux possibilités s’ouvrent selon Emmanuel Macron, et il choisi la première :

« Le choix qui se pose à nous est en effet celui d’une reprise en main de notre destin ou celui, renonçant à toute stratégie propre, d’un alignement sur quelque puissance que ce soit.
C’est pourquoi un sursaut est nécessaire. »

Tout seul, ce n’est pas possible, pour Emmanuel Macron, qui se distingue ici de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon, qui représentent tous deux la ligne du « cavalier seul ». Emmanuel Macron prône donc une alliance européenne, une temporisation générale en faveur de la paix, un retour au multilatéralisme.

Il revendique également d’avoir mis en place un partenariat avancé avec l’Australie, l’Inde et le Japon, ce qui s’ajoute à celui avec des pays du golfe arabo-persique. Cela parce que :

« Nous sommes aussi une puissance Indo-Pacifique, avec des ressortissants, des bases, des intérêts. »

Cependant, il faut bien faire des choix. La France va-t-elle pencher plus du côté américain, ou du côté chinois ? Bien entendu, pour la Gauche elle doit pencher contre toutes les guerres, contre toutes les menées militaristes. Il ne s’agit pas de choisir les États-Unis ou la Chine, ni même la France elle-même, qui reste un pays dominateur, écrasant, une grande puissance contribuant au désordre du monde. Mais Emmanuel Macron a une fonction de stratège dans une perspective de renforcement capitaliste. Il lui faut se placer dans la marche à la guerre.

Emmanuel Macron fait ainsi le choix suivant. Il dit qu’il faut choisir les États-Unis, en cherchant à en profiter dans le cadre européen :

« La France, enfin, est convaincue que la sécurité à long terme de l’Europe passe par une alliance forte avec les États-Unis. Je l’ai redit lors du sommet de l’OTAN à Londres, et la France en fait chaque jour l’expérience dans ses opérations.
Mais notre sécurité passe aussi, inévitablement, par une plus grande capacité d’action autonome des Européens. »

Cela signifie qu’Emmanuel Macron dit : laissons passer l’orage américano-chinois, et comme Athènes et Sparte se sont épuisés, laissant la Macédoine l’emporter sur tout le monde, nous avec l’Europe aurons accumulé des forces et prendrons en fin de compte le dessus.

Inversement, cela veut dire que les Marine Le Pen, les Jean-Luc Mélenchon, ou encore les tenants du Frexit… revendiqueront l’urgence d’adopter la position du « cavalier seul », au nom du fait qu’il n’y aura pas de second tour et qu’il faut être tout de suite de la bataille.

Et comme le capitalisme, en France a toujours eu les yeux plus gros que le ventre, dans tous les cas il ira toujours plus dans le sens de l’engagement dans un repartage du monde par la violence…

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