La pandémie de Covid-19 et le retour de la puissance publique

Un argument massue du libéralisme est qu’on ne peut plus empêcher les gens de passer les frontières, ni d’ailleurs en fin de compte de faire ce qu’ils veulent en général. L’épidémie de Covid-19 remet les choses à plat : il y a bien une administration, un appareil d’État, des organes d’État. Tout est décision politique, y compris celle de ne rien faire.

C’est un phénomène de grande importance pour notre pays qui vit dans une sorte de bulle libérale libertaire où l’on considère qu’on ne pourrait rien faire : ni interdire le cannabis, ni arrêter l’urbanisation anarchique, ni empêcher les délocalisations. Le retour de la puissance publique à l’occasion de la pandémie de Covid-19 remet tout à plat.

D’un coup, on s’aperçoit qu’on peut du jour au lendemain contrôler les frontières. Que des milliards d’euros sont à la disposition de la vie des entreprises. Que l’administration est capable de décisions et que ces décisions sont suivies. Que le service public hospitalier est un gigantesque poids lourd, étatique mais transversal avec les grands laboratoires.

L’image d’une France comme paradis du grand bourgeois, du bobo, de l’anarchiste, et finalement du Français qui n’en fait qu’à sa tête, disparaît pour céder la place à un État qui décide et une société qui obéit. On ne saurait sous-estimer ce retour à la réalité dans un pays où les gilets jaunes ont toujours considéré qu’ils pouvaient se comporter en vandales et que c’était légal.

Il suffit de rappeler un événement récent tout à fait exemplaire. Le 7 mars avait eu lieu une marche féministe « de nuit ». Commencée en toute fin d’après-midi, elle s’est terminée vers 22h, ayant rassemblé plusieurs milliers de femmes.

Puis, quelques centaines de femmes restées sur place se sont cependant fait violemment dégagées par la police. Cela s’est déroulé.. à minuit. Pensaient-elles réellement que la police allait les attendre toute la nuit, que l’occupation de la place de la République allait se dérouler sans accrocs ? En tout cas, elles ont fait semblant.

La police a été très violente, sans faire semblant, pour les dégager, puis le gouvernement a lui fait semblant d’être étonné, promettant d’enquêter. Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a demandé « un rapport sur ce qui s’est passé en marge de la marche féministe » et Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat à l’Egalité femmes-hommes, a joué les offusqués au moyen d’un message disant « Toutes les femmes doivent pouvoir manifester pacifiquement pour faire respecter leurs droits ! ».

C’est de la comédie. Les Français sont des individualistes s’imaginant avoir tous les droits dans une société où il n’y a plus d’État de droit. Dieudonné a perdu, heureusement, pour le contenu : l’antisémitisme n’est pas passé. Mais sur le plan de la forme, il a gagné : n’importe qui peut dire n’importe quoi n’importe comment. À condition de tout accepter, depuis la drogue jusqu’à la prostitution en passant par la télé-réalité et la PMA pour toutes.

La société française est tellement corrompue par la consommation de masse, l’égoïsme, l’égocentrisme même, que le moindre événement lui semble avoir des proportions gigantesques. On se passionne pour le dernier Iphone, on adule Bilal Hassani comme le paragon du progrès, avant de s’en débarrasser. On en est au point où des étudiants révolutionnaires s’imaginent que faire un tag et en mettre une photographie sur Facebook est un acte subversif. C’est l’idéologie du jetable.

Mais ce n’est pas la civilisation, cela, seulement du capitalisme total. Le retour de la puissance publique avec le Covid-19 le rappelle en bousculant le capitalisme et en rappelant qu’on ne vit pas de réseaux sociaux et de consommation.

La Gauche doit profiter de cet espace pour rappeler ce qu’elle veut, historiquement : une société organisée de manière complète, systématique, sans place pour l’individualisme, seulement pour l’épanouissement de la personne, mais dans la reconnaissance pleine de la collectivité comme aspect principal.

Les libéraux et les anarchistes pleureront que l’État intervient dans leur vie – la Gauche affirmera qu’au contraire il n’est pas assez d’État, que la société elle-même doit devenir l’État.

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