Biélorussie, pays martyr: le sens du défilé pour le 9 mai 2020

La Biélorussie a été à deux doigts d’être anéantie par l’Allemagne nazie, qui voulait rapidement la vider pour la coloniser. Le pays a été pratiquement détruit, tout en ayant été à la pointe du mouvement des partisans. Le 9 mai 2020 apparaissait donc comme un horizon concrètement incontournable.

La plupart des Français ne savent pas où est la Biélorussie, à vrai dire ils ne savent pas forcément que ce pays existe. À la limite certains auront-ils remarqué que le personnage de film John Wick est un assassin biélorusse, la série de films jouant sur le cliché plus ou moins vrai du Russe mélancolique fonctionnant comme un rouleau compresseur quand on l’ennuie. Aujourd’hui, plutôt que de Biélorussie, on parle d’ailleurs plutôt du Bélarus, dans le passé on employait par contre l’expression de Russie blanche.

L’origine du nom de ce pays d’aujourd’hui 10 millions d’habitants, dont la capitale est Minsk, est assez obscur : on ne sait pas trop si cela la relie à la Russie – soulignons que les Biélorusses et les Ukrainiens sont à la fois Russes et pas du tout – ou bien si c’est pour désigner la partie russe qui n’a pas été sous domination tatare. Rappelons en effet qu’au-delà des fantasmes postmodernes sur les « blancs » dominateurs, une large partie des pays de l’Est et du Sud Est ont été dominé longtemps par les Mongols, les Tatars, les Turcs, à quoi on peut ajouter les Hongrois.

Aujourd’hui, la Biélorussie, ou le Bélarus, est une dictature où le régime fait ce qu’il veut, étant un satellite russe, avec à la tête du pays Alexandre Loukachenko, qui est au pouvoir depuis 1994. Autant dire qu’être un opposant dans un tel pays exige un vrai sens de l’héroïsme par rapport à ce qu’on risque physiquement. Le pays a défrayé la chronique ces dernières semaines par son refus ostensible et unique de ne pas prendre en compte le covid-19.

Cela tient, en fait, pas seulement à une lubie d’un président qui, de toutes façons, n’en fait qu’à sa tête. Mais pas seulement : il y a également une vision de l’adversité historique qui est très particulière. Cela se lit dans le fait que la Biélorussie ait maintenu le défilé à l’occasion du 75e anniversaire de la victoire sur le nazisme. En effet, l’invasion nazie, pour la Biélorussie, c’est 9 200 villages anéantis dont 600 en même temps que tous leurs habitants, 1,2 millions de logements détruits, Minsk et Vitebsk anéantis à 80 %, 380 000 personnes déportées pour le travail forcé.

La Biélorussie a perdu 25 % de sa population, dont 800 000 Juifs assassinés par les nazis. Les objets et les bâtiments du patrimoine historique et culturel de la Biélorussie ont été réduit à néant, à très peu d’exceptions près. Les groupes de partisans ont essaimé tout le pays et l’héroïsme a été une norme, comme la résistance de la forteresse de Brest. Très difficile, par conséquent, de contourner la célébration du 75e anniversaire de la victoire.

Cette expérience explique-t-elle le refus de faire face au covid-19 en tant que tel ? Il y aurait ici à creuser, à méditer. Surtout, il faut se rappeler que les peuples n’ont pas les mêmes expériences, le même parcours. On le voit très bien quand on voit comment les Français ont été individualistes dans une large mesure dans cette crise sanitaire, alors que les Grecs, un peuple connu pour sa vivacité et aussi malheureusement sa pauvreté, a été d’une discipline exemplaire, en raison d’un grand sens des responsabilités populaires.

Il ne s’agit nullement de hiérarchiser ni de faire un fétichisme des différences. Il s’agit de comprendre que tout s’explique par l’histoire, par les rapports entre les classes, par la culture du pays à travers tout cela. Si on ne voit pas cela, on ne peut pas corriger le tir et aller vers le mieux.

Vous aimerez aussi...