La fin libérale d’un confinement libéral dans une France suintant le libéralisme

Le gouvernement n’a pas été à la hauteur avant la crise ni pendant la crise. Il n’y a donc aucune raison qu’il le soit après celle-ci. Le premier ministre a annoncé hier la « phase 2 » du déconfinement, en laissant aux individus la responsabilité d’assurer les règles sanitaires, tout en en maintenant un certain nombre qui seront de plus en plus difficilement respectées sous la pression du libéralisme.

Dès mardi prochain, il n’y a plus d’interdiction de déplacement hors département au-delà de 100 km, les parcs et jardins rouvrent, ainsi que les musées, les cafés et les restaurant (seulement les terrasses en Île-de-France, Mayotte et Guyane), les campings ainsi que les piscines, gymnases et salles de sport pourront rouvrir (le 22 juin seulement en Île-de-France, Mayotte et Guyane). Les frontières au sein de l’Union européenne vont rouvrir dès le 15 juin.

Par contre, le port du masque sera obligatoire dans les musées, il devra y avoir un mètre entre les tables des bars et restaurants avec port du masque pour le personnel ainsi que pour les clients quand ils sortent de table. Les rassemblements publics de plus de dix personnes seront officiellement encore prohibés, comme les rencontres de sport collectif, ou bien les théâtres, les concerts, les festivals, les clubs, etc.

Pour le reste, dans les magasins, les centre-villes, le port du masque n’est que « conseillé », tout comme la limitation des interactions sociales, des déplacements, etc. Les Français sont simplement invités à être « raisonnables ». Quant aux collèges et lycées, on nous explique qu’ils rouvrent, mais en fait ils ne rouvrent pas vraiment, rien n’est obligatoire ni ne concernant tout le monde, alors que l’oral du bac de français est finalement annulé.

On a ainsi un grand flou, difficilement tenable, avec d’un côté la fin globalement des mesures barrières à la circulation du virus, et de l’autre le maintien malgré tout d’un certain nombre d’interdictions. Une société fondamentalement démocratique où la population serait impliquée dans l’organisation de la vie sociale serait capable de saisir un tel rapport dialectique entre ce qui est possible et ce qui ne l’est pas encore, dans un but sanitaire.

Tel n’est pas le cas de la société française, dont la population est profondément immature et largement rétive au respect des règles. Les Français fonctionnent globalement comme des adolescents dans un collège, qui ne considèrent jamais ou très difficilement l’objet d’une règle, portant seulement leur attention sur l’obligation concrète de la respecter ou au contraire la possibilité de s’en affranchir. Quand il y a du relâchement dans un domaine, alors cela signifie la fin de toute règle dans celui-ci.

On peut penser que les adolescents dans les collèges ont raison, car la vie quotidienne dans ces établissements est profondément rétrograde, ennuyante, contre-nature, extérieur à leur propre existence. Tel n’est pas le cas pourtant des règles sanitaires, alors qu’on est censé « continuer de veiller aux personnes vulnérables », d’après le Premier ministre pendant son annonce.

Il y aura donc une pression énorme pour ne pas respecter les quelques règles existantes, alors que les consignes en cours depuis le 11 mai déjà sont très peu respectées. Chacun va reprendre ses habitudes, voir du monde, ou en tous cas encore plus qu’il ne le fait déjà. Le masque va disparaître assez rapidement sous la pression de ceux qui ne l’ont jamais porté, ou en tous cas qui vont encore plus assumer de ne pas le porter.

Les indicateurs montrent que la circulation du coronavirus responsable du Covid-19 est contenu, sans que l’on sache véritablement pourquoi d’ailleurs. C’est évidemment une bonne chose, très encourageante, permettant logiquement de nouvelles choses. Le problème est que le virus circule quand-même, qu’il y a des foyers de contaminations, des admissions à l’hôpital, etc.

Le gouvernement ne sera donc pas en mesure de relâcher les règles dans tout un tas de domaines, et tout particulièrement pour les transports et les entreprises avec le port du masque, les distanciations, dans les usines, chez les coiffeurs, les dentistes, les bus, etc. Le décalage va donc être immense entre la vie quotidienne, totalement libéralisée, et ces règles, qui seront de moins en moins respectées, de plus en plus considérée comme une contrainte inutile.

La France s’apprête à sortir d’une longue période de confinement, mais tout cela va se faire n’importe comment, dans une sorte de grande foire au libéralisme où les règles disparaîtront parce qu’elles ne seront pas respectées, pas parce qu’elles seront levées. Quant aux gestes barrières, au port du masque dans les endroits denses, bref tout ce qui est laissé à la responsabilité individuelle : là aussi cela va disparaître, s’évaporer, pour le peu que ça ait existé.

L’été sera particulièrement volage en France et les « seulement » 28 600 décès (officiellement recensés) du Covid-19 ne pèseront pas lourds dans les esprits. Les élans d’appel à la responsabilités sanitaire des personnels hospitaliers d’il y a quelques semaines ne pèseront pas lourds dans les mémoires non plus.

Probablement que la terrible crise économique qui se profile, dont la première grosse vague est à redouter pour la rentrée, mettra tristement fin à la récréation. La société française en profitera-t-elle pour mûrir et regarder en face les exigences de son époque ? Il le faudra, et il faudra pour cela une Gauche forte, solide, conquérante, anti-libérale. C’est celle du mouvement ouvrier, du grand élan démocratique et populaire exprimant le besoin de socialisme, de collectivité, de nature.

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