La restructuration de Renault exige une bataille ouvrière

La crise a frappé et Renault a décidé de lancer une première salve de suppressions d’emplois. La brutalité anti-ouvrière commence. Mais en face, il n’y a aucune expérience, à part les contre-projets syndicaux. La rupture va être difficile, amère, très dure à tous les niveaux.

Finie la rigolade. Car ce qu’ont fait les syndicats jusqu’à présent en France, c’est accompagner les choix des entreprises en prétendant les améliorer. Maintenant, c’est le dégraissage, la pressurisation, l’écrasement. Il va falloir choisir son camp : ou assumer la Gauche (historique), ou continuer à suivre les décisions des entreprises en toute servitude.

Ce que fait Renault est exemplaire. En alliance avec Nissan, le groupe a décidé de supprimer 15 000 emplois sur trois ans, afin de récupérer deux milliards d’euros sur trois ans. C’est une vision à court terme typique des capitalistes, puisque la vraie richesse vient du travail des ouvriers. Si on les supprime, c’est autant de profits en moins, cependant les capitalistes ne voient pas cela, évidemment, puisqu’ils ne pensent pas les exploiter !

En France, 4 600 postes sont concernés. Cela semble peu, mais cela représente tout de même 10 % des emplois de Renault en France. L’usine de Choisy-le-Roi (Val-de-Marne) va être fermée, Renault reculant devant les fermetures des sites de Flins (Yvelines), Maubeuge (Nord), Dieppe (Seine-Maritime) et la Fonderie de Bretagne à Caudan (Morbihan).

À Maubeuge, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées d’ailleurs samedi 30 mai, à l’appel de l’l’intersyndicale (CGT, CFDT, CFTC, CFE-CGC, SUD), ce qui est évidemment très bien sachant que cette usine, comme les autres restantes, va faire l’opération d’une « revue stratégique ».

Il faut lutter, car quand la directrice générale par intérim de Renault, Clotilde Delbos, présente ce projet comme « vital », cela veut dire que ce qui va être arraché, c’est de la chair ouvrière, cette chair à canon de la crise.

Naturellement, il est expliqué que l’entreprise compte sur les retraites et les départs volontaires, qu’il n’y aurait pas de licenciements secs, etc. En réalité, c’est un dégraissage en règle. Voyons les faits : Renault va passer en trois ans d’une production de 4 millions de véhicules par an à 3,3 millions. Nissan va quant à elle baisser sa production de deux millions de véhicules !

C’est une chute terrible. Que vont-ils faire par exemple de l’usine de Douai, qui peut produire 400 000 véhicules, mais n’en produit que 80 000 ? Finis, disparus, envolés les rêves de Carlos Ghosn de faire de Renault-Nissan le premier groupe mondial !

Les syndicats dénoncent évidemment le « gâchis » et l’absence de « stratégie » de l’entreprise, jouant ici un rôle puissamment néfaste, comme à leurs habitudes, car c’est de crise qu’il s’agit. Qu’auraient-ils voulu, de toutes façons ? Une entreprise capitaliste florissante ? On voit comment les syndicalistes sont prisonniers de leur statut.

Maintenant, la chose est entendue. Soit les ouvriers se révoltent, soit ils se font broyer. Croire qu’en une telle période on peut peser sur les orientations comme dans les années 1970-1980, il faut être syndicaliste pour l’imaginer en toute naïveté, en toute traîtrise.

Syndicaliste, ou bien archevêque. Ou bien élu local. Bien la peine pour les syndicats de dénoncer la politique, de la rejeter, pour se retrouver sur la même longueur d’ondes que ceux qui n’ont aucune vue d’ensemble et encore moins une vue d’ensemble ouvrière.

D’ailleurs, le nouvel exécutif du groupe, Luca de Meo, arrive en juillet seulement, mais on ne l’attend pas pour prendre les décisions. Car il y a urgence. Les syndicalistes croient au capitalisme, donc ils ne le voient pas. Les capitalistes, eux, ont senti le vent du boulet et savent que la crise a reculé avec les aides de l’État pour mieux revenir après.

Il faut donc vite trouver de quoi tenir… Se débarrasser des ouvriers. Finies les recherches avec des coûts faramineux. On est désormais dans le capitalisme qui se survit à lui-même, et il fait ce qu’il peut… et ce qu’il veut, à moins d’une opposition politique. Il va falloir commencer à abandonner ses illusions et à lutter !

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