Le second tour des municipales du 28 juin 2020

Le second tour des municipales du 28 juin 2020 concernait surtout les grandes et moyennes villes, la majorité des communes en France ayant eu leur conseil municipal élu au premier tour en mars dernier (85 % d’entre elles). Le taux d’abstention est immense, avec un record historique de près de 60 % pour l’ensemble des 4820 communes où le scrutin avait lieu.

Ce record d’abstention, qui était déjà massif au premier tour dans un contexte de début de crise sanitaire avec un chiffre alors de 56 %, est supérieur de 22 point au précédent record en 2014 pour un second tour (près de 38 % d’abstention). C’est l’élément marquant de cette élection, comme expression de la crise dans laquelle s’enfonce la France, la dimension sanitaire de la crise n’en étant ici qu’un aspect confortant la crise en général, sur les plans politique, institutionnel, culturel, économique, etc.

Les élections municipales, historiquement un scrutin connaissant une importante participation en France, se sont déroulées de manière largement déconnectée du pays, et particulièrement des classes populaires, largement passives politiquement. Elles regardent d’assez loin des choses auxquels elles ne semblent pas vraiment croire… sans non plus les désapprouver.

En ce qui concerne les résultats, l’élection est marquée par plusieurs succès dans des grandes villes pour Europe Ecologie-Les Verts, dans le prolongement du score aux élections européennes. Sont ainsi concernées les villes de Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Besançon, Grenoble, Annecy, Poitiers, ou encore Tours.

Dans le même temps, les franges libérales et ouvertement post-industrielles du Parti socialiste se maintiennent dans des grandes villes métropolitaines comme Paris, Rennes ou Nantes.

Il faut noter le cas de Lille, terre historique du socialisme, où Martine Aubry, figure du PS, ne l’emporte qu’avec 227 voix d’avance… face à un candidat EELV. D’ailleurs, à Poitiers ou à Strasbourg, c’est face à la Gauche qui dirigeait ces villes qu’EELV remporte le scrutin. C’est tout un symbole d’une volonté de remplacement.

Le Parti socialiste conserve par ailleurs de nombreuses villes comme Clermont-Ferrand, Le Mans, La Rochelle, Rouen, Brest, Douai, Lens, Sedan, Créteil et enlève à la Droite la ville de Nancy, ainsi que celle de Montpellier dans la mesure où le maire sortant était un ex-PS passé du côté de la majorité présidentielle. Le PS arrache également la ville de Saint-Denis au PCF. Il y aurait ici énormément de choses à dire tellement c’est un symbole.

Qui plus est, le PCF, s’il regagne Bobigny en Île-de-France en la reprenant au Centre-droit (UDI), perd ses bastions historiques d’Aubervilliers et de Choisy-le-Roi, au profit du Centre-droit (UDI) dans le premier cas et de la Droite (LR) dans le second (allié à un EELV exclu pour cette raison). C’est très parlant, notamment pour Choisy-le-Roi qui passe donc à Droite dans le prolongement de l’absence de lutte sérieuse sur le site Renault local, en passe de fermer.

C’est la Droite également qui remporte le scrutin à Lorient, cette ville socialiste de longue date, depuis plus de 50 ans. La Droite, en généralisant avec le premier tour, bénéficie même d’un ancrage solide dans le pays en dehors de la plupart des très grandes villes. Elle s’enorgueillit par la voix du président de Les Républicains Christian Jacob, d’une « grande victoire », avec « plus de 50% des villes de plus de 9 000 habitants qui sont détenues par LR. »

La Droite conserve également les villes de Limoge, Bayonne, Toulouse, Nice… mais aussi Le Havre, avec la victoire écrasante du Premier ministre Édouard Philippe obtenant le score extrêmement élevé de près de 59 % des suffrages exprimés. En face, la Gauche portée par un candidat PCF connaît une défaite cuisante, incapable de mobiliser la base populaire de la ville face au premier représentant du gouvernement (58 % d’abstention).

Le cas du Havre est un résultat très significatif en ce qui concerne la Gauche historique, celle encore liée au mouvement ouvrier, car il y avait là la possibilité d’une expression prolétarienne majeure, alors que la crise économique s’impose déjà. C’est tout simplement une catastrophe.

Il faut aussi regarder du côté de Bruay-la-Buissière dans le Pas-de-Calais, un bastion de la Gauche, particulièrement populaire, où l’extrême-Droite l’emporte avec le RN, dans une ville qu’elle convoite depuis longtemps, ce qui est là encore une terrible défaite.

L’autre fait marquant en ce qui concerne l’extrême-Droite est bien sûr la victoire à Perpignan de Louis Alliot, cadre majeur du Rassemblement national. C’est une grande ville, avec une large frange populaire et elle constituera un point d’appui important pour le nationalisme en France… alors que la Gauche en face s’est retrouvée largement désemparée. L’extrême-Droite gagne quelques communes et conserve également Orange, alors qu’elle avait dès le premier tour conservé huit maires sortants, notamment à Fréjus et Béziers, mais aussi dans les petites villes populaires de Hénin-Beaumont et Hayange.

Par ailleurs, la grande absente de cette élection est la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, qui n’a existé que comme supplétive à des listes de rassemblement, mais est complètement hors-jeu dès qu’elle s’est positionné en dehors du PS, du PCF, d’EELV et des Radicaux de gauche. La France insoumise, qui a poussé énormément dans le sens du mouvement des gilets jaunes, prouve s’il en était besoin, à quel point le populisme plébéien qu’elle a soutenu ne représente aucune perspective politique, ni aucune possibilité de changement social.

Inversement, si le Parti socialiste peut être satisfait de se maintenir dans un certain nombre de communes importantes et d’en gagner quelques-unes, en n’en perdant presque pas, on peut douter de la pertinence du propos de son premier secrétaire Olivier Faure qui voit un « immense élan qui se lève dans toute la France », avec la naissance d’un « bloc social-écologique qu’il faut maintenant consolider ».

On a pourtant là un « élan » pour le moins restreint vu le taux d’abstention, mais qui surtout ne concerne pas du tout les classes populaires, mais simplement des franges modernistes et libérales des grands centres métropolitains.

Reste le cas de Marseille, deuxième plus grande commune de France, largement marquée par sa culture populaire. La ville a vu la large victoire de la liste d’union de la Gauche, malgré une campagne particulièrement hostile de la part de la Droite. La future maire, Michèle Rubirola, est membre de longue date d’EELV… mais elle en avait été exclue récemment, car elle préférait rejoindre la dynamique unitaire de la Gauche avec des associatifs et des syndicalistes, dynamique portée par l’émotion sociale et populaire suite au drame de l’effondrement des immeubles rue d’Aubagne.

Marseille, sur cette base, sera-t-elle un nouveau centre de gravité pour la Gauche, traçant la voix à une perspective unitaire, mais également sociale-populaire ? Ou bien ne sera-t-elle qu’une grande métropole de plus dans l’escarcelle « écolo-libéral » d’EELV et d’une partie du PS ? Ce sera là un enjeu politique majeur de ces prochains mois pour la Gauche, mais vu le taux d’abstention extrêmement fort à Marseille (65%), il faudra à la nouvelle équipe municipale prouver beaucoup de choses pour faire exister une réelle dynamique populaire.

Surtout que les temps qui s’annoncent vont être tempétueux.
 

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