Remaniement: un gouvernement Jean Castex prêt pour la guerre sociale

Emmanuel Macron avait expliqué juste avant le remaniement ministériel que la rentrée sera difficile et qu’il fallait s’y préparer, précisant que l’économie du pays allait connaître des faillites et des plans sociaux multiples. Dès le lendemain Le Figaro, le quotidien faisant référence chez les éléments les plus sérieux de la bourgeoisie, a publié et mis en avant une analyse précisant le dessin de cette rentrée :

« Pronostiquer qu’elle sera «difficile» est au mieux un euphémisme, au pire une lapalissade. La rentrée de septembre, de l’avis de tous les experts, va être bien pire, c’est-à-dire apocalyptique ».

Les considérations de la bourgeoisie à propos de la crise à venir ne présentent en effet aucune ambiguïté. La facture va être salée, mais il est hors de question pour elle de payer alors il va falloir cogner fort pour que ce soit chaque travailleur et chaque chômeur qui en assume les conséquences. Il faut donc s’attendre à des licenciements bien sûr, mais aussi des chantages à l’emploi menant à des appels à se « serrer la ceinture », à travailler plus, plus longtemps, à renoncer à de soi-disant « avantage », à des acquis disparaissant, etc.

Emmanuel Macron imagine pouvoir tirer son épingle du jeu dans cette situation, en prenant lui-même la barre du navire. Il a donc besoin pour cela d’un gouvernement aux ordres, qui ne reculera pas devenant une telle tâche, tout en lui laissant suffisamment de latitude pour arrondir les angles, en tous cas en surface.

Jean Castex est de ce point de vue l’homme de la situation comme premier ministre. Technicien dévoué de l’appareil d’État, appartenant formellement à la Droite donc n’ayant pas peur d’assumer la guerre sociale, il saura cogner fort, sans craindre pour sa propre image. Emmanuel Macron se réserve quant à lui les grandes déclarations et autre subtilités politiques. D’ailleurs, Jean Castex devra attendre longtemps pour faire son discours de politique générale, qui ne pourra avoir lieu qu’après le discours du 14 juillet du président. Ce sera quasiment dix jours après la nomination de son gouvernement, ce qui symboliquement est lourd de sens.

Ce que cela signifie de manière très claire, c’est qu’on a un gouvernement qui se doit d’être aux ordres, qui est là pour servir directement et rapidement en vue de la crise qui s’annonce à la rentrée. Nulle question pour les ministres de « s’installer » dans leur fauteuil et de s’imaginer travailler leurs dossiers, leur ligne politique, leur image, etc. Le gouvernement passe, au sens strict, au second plan, dans ce qui une application stricto sensu de la logique la 5e République mise en place par le coup d’État du Général de Gaulle.

Le régime se démasque entièrement.

On a au gouvernement, dans l’ordre protocolaire :

le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, centriste issue de la Gauche, bien en place depuis 2017 et qui ne fera pas de vague.

la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili, figure inoffensive de l’opportunisme politique à la Française, provenant d’EELV et ayant rallié Emmanuel Macron depuis le début. Elle saura ne pas s’immiscer dans la grande casse sociale qui s’annonce, tout en torpillant vaguement le terrain électoral pour EELV.

– le ministre de l’Education nationale, de la Jeunesse et des Sports Jean-Michel Blanquer, déjà suffisamment impopulaire pour ne pas causer spécialement de remous, tout en appliquant à la lettre la ligne de conduite.

– le ministre de l’économie, des Finances et de la Relance Bruno Le Maire, homme de droite appliquant depuis 2017 une politique de droite, figure bourgeoise, qui prépare déjà depuis plusieurs semaines la « relance économique ».

la ministre des Armées Florence Parly, elle aussi en place depuis le début, personnalité discrète mais parfaitement au cœur des préoccupations militaires françaises, que ce soit au Sahel, pour les essais de missile à capacité nucléaire ou plus récemment au sujet de la Libye avec les tensions grandissantes entre la France et la Turquie.

– le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, anciennement ministre du budget, promu à l’Intérieur pour assumer une posture rigide et directive alors que les tensions sont nombreuses au sein de la police. Il est une figure de droite, sachant ne pas se couper des préoccupations populaires avec des élucubrations « sociétales », comme l’avait trop fait Christophe Castaner. Son rôle sera ni plus ni moins que de savoir cogner si la situation l’exige et cela n’aura rien à voir avec les prétendues « violences policières » que l’on a vu jusqu’à présent.

– la ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion Elisabeth Borne, qui était depuis l’an passé la ministre pour le moins discrète de la Transition écologique et solidaire. Alors que son ministère est censé être au cœur de l’actualité sociale, cette cadre d’État (Collège des ingénieurs, élève de Polytechnique, passée par la SNCF, Eiffage ou la RATP, ancienne préfète et directrice de cabinet) saura également appliquer comme il se doit la politique de guerre sociale.

On a ensuite, avec la même logique :

– le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu ;

la ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales Jacqueline Gourault ;

– la ministre de la Culture Roselyne Bachelot ;

– le ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran ;

le ministre de la Mer Annick Girardin ;

le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation Frédérique Vidal ;

le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation Julien Denormandie ;

la ministre de la Transformation et de la Fonction publiques Amélie de Montchalin.

et bien sûr le Garde des Sceaux, ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti.

La nomination de ce dernier est un scandale de haute volée et l’annonce de la liquidation de l’appareil juridique, au nom du triomphe du libéralisme. Lire à ce sujet : Éric Dupond-Moretti ou le nihilisme juridique au ministère de la Justice

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