Les gilets jaunes le 12 septembre 2020 ou l’échec d’une proposition

Les gilets jaunes, c’est du passé. Cela a été un feu de paille plébéien, opposé au mouvement ouvrier sur toute la ligne. La tentative de se lancer pour la rentrée 2020 a échoué.

La rentrée 2020 est explosive, car la France endormie est travaillée au corps par des contradictions terribles. Il y a ceux qui font semblant que rien n’a changé, que tout est comme avant… et les autres qui se préparent.

Les gilets jaunes étaient ici entre les deux : ils préfiguraient la crise en exigeant déjà un retour en arrière dans les années 1960, pour être en mesure de vivre comme des beaufs vivant dans des pavillons dont, à l’époque, ils pouvaient encore se payer les crédits, et voyageant en voiture individuelle dont, à l’époque, ils pouvaient encore se payer l’essence. C’est la France version Sardou, un cauchemar.

Ce cauchemar n’a pas fait rêver grand monde, à part des syndicalistes et une ultra-gauche prête à tout mythe mobilisateur, alors que les personnes ancrées dans la Gauche historique étaient, quant à elles, totalement horrifiées, comprenant tout de suite la dimension plébéienne de la démarche.

Le mouvement s’est effondré de lui-même, après avoir été très vite totalement marginal et une simple expression de petits-bourgeois enragés, mais la « proposition » existait encore de manière virtuelle. Aussi s’est-elle remise sur la table ce samedi 12 septembre 2020, avec les discours traditionnels sur l’irruption potentielle de centaines de milliers de gens, des « vous allez voir ce que vous allez voir », etc.

Résultat, moins de 10 000 personnes se sont mobilisées, à Lyon, Marseille, Lyon, Lille, Nantes, Nice, Bordeaux, Strasbourg… dont 2500 à Paris où quasiment 300 personnes ont été arrêtées, les gilets jaunes ne formant plus que des restes encore plus hétéroclites qu’avant, ce qu’on appelle en politique des « décompos », des décomposés, et des décomposés de gilets jaunes, forcément, cela donne quelque chose qui ne ressemble à rien.

Cela fait donc une proposition en moins. Il va en y avoir beaucoup d’autres. Marion Maréchal attend l’effondrement de LR pour reformer un parti de Droite (très) dur, Michel Onfray va tenter de proposer « Front populaire » sur une déclinaison politique, la CGT a appelé à la mobilisation le jeudi 17 septembre, Jean-Luc Mélenchon veut relancer LFI, François Ruffin s’imagine un rôle national, EELV vise la présidence, etc.

C’est le début du renouveau de la politique, avec la formation de nouvelles tendances, de nouvelles sensibilités. Celui qui se rate dans cette période a tout perdu, il rate la matrice pour les années à venir, des années de crise qui plus est, donc très mouvementées. Il va de soi qu’une telle matrice ne se construit pas à la va-vite, qu’il ne suffit pas de quelques recettes, de quelques copiés-collés, de quelques actions « exemplaires » servant de modèle.

Il faut : une lecture des mentalités françaises, une pratique qui aille dans un sens ou un dans un autre et cela de manière assez lisible, des concepts bien délimités, des valeurs certaines, un programme, un dirigeant (ou plusieurs selon les conceptions) et surtout… une tradition. Car le temps ne respecte pas ce qui se fait sans lui.

De fait, un réel projet se construit sur au moins une génération, 25 ans, pour cerner assez d’aspects, pour avoir assez de profondeur humaine. Sans cela, impossible de tenir le choc. C’est pour cela, par exemple, que l’Action française, aussi insignifiante qu’elle puisse être, représente un danger : elle a un projet réel, clef en main. Et voilà pourquoi Marine Le Pen, inversement, qui représente quelque chose de très important, n’arrive à rien.

Les années à venir seront donc riches en proposition, en politique… et en rupture totale avec le passé ouaté, endormi, décérébré et insensible, qui a mené le monde à la catastrophe.

 

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