Rassemblements du 18 octobre 2020 : marquants sans être un marqueur

Les rassemblements en hommage à l’enseignant assassiné par un islamiste pour avoir montré des caricatures de Mahomet ont bien eu lieu dans tout le pays, mais sans dimension de masse. La société française est trop crispée pour agir.

Au sens strict, tout le monde a bien compris que les rassemblement du 18 octobre 2020 correspondaient à un « Je suis Charlie » répété. Au fond, on avait la même problématique : d’un côté l’expression de la dénonciation d’une religion, de l’autre un terrorisme assassin de type religieux.

« Je suis Charlie » avait alors été une réponse de type démocratique-républicaine : oui aux caricaturistes, non aux obscurantistes, oui à l’union du pays et à la culture, c’est-à-dire non au racisme, à l’esprit de division communautaire. Impossible d’être contre cela, même si évidemment cela a ses limites. Ce qui n’a pas empêché l’ultra-gauche d’être vent debout contre « Je suis Charlie », accusé de tous les maux dont surtout le racisme, « l’islamophobie », etc.

Or, on a trois problèmes depuis « Je suis Charlie » en 2015, nuisant à la force des rassemblements de 2020. Tout d’abord, « Je suis Charlie » a été abandonné par toute la scène politique, y compris la Gauche. On a eu les plus grands rassemblements de masse dans l’histoire de France et pourtant rien n’en est sorti. C’est fort dommageable, car il y avait de très nombreux éléments allant dans le bon sens, dont surtout le refus de la division. Le gâchis est terrible.

Ensuite, il y a bien entendu la crise sanitaire, qui a démobilisé beaucoup de monde. Si on ajoute à l’arrière-plan l’ambiance de crise à tous les niveaux, dont économique, les Français sont paralysés.

Enfin, il y a le lessivage relativiste du capitalisme qui n’a pas cessé d’œuvrer depuis 2015. La société a encore plus été déstructurée, l’élection du libéral Emmanuel Macron comme président l’illustre bien. Il y a encore moins de Gauche, encore moins de culture, encore moins de conscience.

Il y a donc eu des milliers de personnes se rassemblant en hommage à Samuel Paty, partout dans le pays, mais sans former un mouvement de masse au sens strict. 250 personnes à Agen, 300 à Royan, 750 à Rochefort, un millier à Bayonne, 1 500 à Montpellier, 2 000 à Bordeaux, plusieurs milliers à Pau, 5 000 à Toulouse, 6 000 à Lyon, à Paris quelques milliers sur la place de la République… On l’aura compris, il y a eu des rassemblements vraiment partout dans le pays, tout comme pour « Je suis Charlie », mais sans que le pays ne se mobilise.

D’ailleurs, tous ces rassemblements se caractérisent par :

– une organisation par en haut, par les syndicats d’enseignants surtout ;

– une présence significative de religieux, ainsi que de figures politiques traditionnelles, avec un appui gouvernemental très clair ;

– un discours très vague pro-enseignant pro-république avec la chanson la Marseillaise comme seul horizon.

C’est, on le voit bien, le contraire de « Je suis Charlie », qui est né par en bas, sur la base de toute une culture mêlant exigence d’universalisme à la française et l’influence des années 1970 avec notamment les dessinateurs Cabu et Wolinski. Si on voit les choses ainsi, « Je suis Charlie » a été la dernière séquence des années Mitterrand, tout à fait dans l’esprit de la grande manifestation parisienne de mai 1990 à la suite de la profanation du cimetière juif de Carpentras.

Quant aux rassemblements du 19 octobre 2020, ils expriment un profond niveau de dépolitisation, avec en toile de fond un républicanisme totalement flou et parfaitement en convergence avec la Droite. C’est là un constat très mauvais qu’on peut faire. Les Français décident envers et contre tout de rester spectateurs. Même un événement de grande importance ne les amène pas à sortir du cadre. On voit mal comment l’extrême-Droite ne peut pas grignoter toujours plus du terrain dans une telle situation.

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