Erdoğan/Macron: des provocations qui font monter la tension guerrière

Le président turc Recep Tayyip Erdoğan poursuit un agenda bien précis au sein de la Droite turque et il a eu dans ce cadre des propos provocateurs désignant entre autres Emmanuel Macron. Ce dernier pourrait tout à fait ignorer ces déclarations qui ne volent franchement pas haut et ne mènent pas très loin, mais il est trop content de cette porte ouverte menant à une escalade guerrière contre un ennemi stratégique.

Samedi 24 octobre, à l’occasion du 7e congrès de son parti, Recep Tayyip Erdoğan tenait un discours ultra populiste visant l’électorat musulman, y compris (et de manière spécifique) les Turcs vivants en France ou en Allemagne qui ont le droit de vote. Il a à cette occasion, parmi tout un tas de déclarations et de provocations, visé Emmanuel Macron en agitant la prétendue « islamophobie » :

« Mais quel est son problème avec les musulmans? Ce Macron a besoin de faire examiner sa santé mentale. Que préconiser d’autre face à un président qui ne comprend rien à la liberté religieuse et qui se comporte de manière discriminatoire vis-à-vis de millions de citoyens qui ne partagent pas sa foi ? »

Cela a tellement bien marché, puisqu’il y a eu du répondant en France, qu’il a réitéré ses propos dimanche 25 octobre :

« La personne qui est à la tête de la France en ce moment s’en prend sans cesse à ma personne. Qu’il se regarde d’abord lui-même. C’est vraiment un cas ! Il faut sérieusement qu’il se fasse contrôler. »

Recep Tayyip Erdoğan est en totale roue libre, en mode Donald Trump, cherchant par tous les moyens à créer de l’agitation pour faire parler de lui et mobiliser par le biais de l’islam. Il a par exemple aussi désigné « un soi-disant député aux Pays-Bas » (Geert Wilders), lui assénant de ne pas dépasser les bornes, avant de s’adresser virtuellement à lui tel un caïd : « Sais-tu seulement à qui tu as affaire ? » La veille, il critiquait l’Allemagne pour une descente de police dans une mosquée, allant jusqu’à parler de « fascisme européen » en prétendant qu’il y aurait des « attaques contre les droits des citoyens musulmans ».

C’est que l’État turc est en pleine décadence, faisant face à d’extrêmes difficultés sur le plan économique et il faut donc pour ses dirigeants attirer l’attention ailleurs, c’est-à-dire « noyer le poisson » comme le dit l’expression, ainsi qu’ouvrir des espaces pour l’agression militaire. Recep Tayyip Erdoğan joue ainsi à fond la carte de l’agitation populiste, sur le mode identitaire-religieux.

Plutôt que d’ignorer cette lamentable campagne électorale, la France répond pleinement à cela, faisant monter la sauce à son tour. Les services de l’Élysée ont répondu de manière officielle :

« Les propos du président Erdogan sont inacceptables. L’outrance et la grossièreté ne sont pas une méthode. Nous exigeons d’Erdogan qu’il change le cours de sa politique car elle est dangereuse à tous points de vue. Nous n’entrons pas dans des polémiques inutiles et n’acceptons pas les insultes.»

Le chef de la diplomatie Jean-Yves Le Drian y est allé lui aussi de sa dénonciation, fustigeant « un comportement inadmissible, à fortiori de la part d’un pays allié» et allant jusqu’à rapatrier l’ambassadeur français en Turquie « pour consultation », ce qui diplomatiquement est une signe de très importante tension, plus précisément une marque d’hostilité.

Après les grandes tensions militaires entre la France et la Turquie au sujet des eaux territoriales revendiquées par la Grèce, alors que la guerre fait rage au Nagorny-Karabakh et que les intérêts stratégiques entre la France et la Turquie s’opposent tant en Libye qu’en Syrie, on a un nouvel épisode de tensions entre les deux pays.

On est ici strictement dans ce l’Histoire n’a que trop connue : l’escalade guerrière, de la part de dirigeants cherchant à tout prix la tension comme réponse à la crise. Comme la Turquie, la France est elle aussi en crise, de plus en plus, et elle tient à maintenir son rang, ce qui la rend également agressive… Le conflit franco-turc est une sorte de petit parallèle à l’affrontement sino-américain. Le 21e siècle se précipite vers la guerre.

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