La confiance absolue des Français en la société de pollution

Les Français ont leurs esprits autant pollués par le capitalisme que peut l’être le monde lui-même.

Les Français sont dans une posture régressive. L’État a fait en sorte de déverser des milliards aux entreprises, sans surveillance ni contre-partie : cela passe comme une lettre à la poste. L’armée française met en place une série de wargames pour s’aligner avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne contre la Russie et la Chine : cela n’intéresse personne. La question animale a été posée au niveau de la société toute entière : c’est passé à la trappe. Les villes sont invivables, les campagnes un désert culturel : cela n’interpelle pas.

Il y a même en ce moment des vagues de licenciements et que voit-on ? Les ouvriers licenciés s’en moquent. Ils acceptent, contre un petit chèque. La révolte, au moins pour la dignité, pour la forme ? Même pas. La bataille pour l’outil productif, pour la classe ouvrière dans son ensemble ? Inconcevable. La réflexion pour ce qui va advenir par la suite, tant pour soi que pour ses enfants ? Inexistante.

Les gens acceptent d’être pris et jetés, comme ils prennent et ils jettent. Il faut le dire simplement, il y a une confiance absolue des Français en le capitalisme. Leur capacité d’utopie est à zéro. Tout est éteint. Il y a bien des poussées positives ici ou là, mais c’est instable, précaire, sans continuité. Ne parvient à tenir en France que ce qui est consommable et périssable.

Les gilets jaunes, ces nostalgiques du capitalisme des années 1980-1990, sont à ce titre totalement le produit du capitalisme. On est gilet jaune comme on veut, quand on veut, si on veut, pour dire ce qu’on veut, pour consommer sa protestation, pour se consommer soi-même, de manière cyclique. Ils ont pollué les esprits et les médias, les mentalités et les luttes, tout comme le capitalisme. Plus que dans une société de consommation, on est dans une société de pollution.

Certains pensent qu’on peut s’en sortir en jouant sur le consommable. Ils veulent faire des valeurs une denrée périssable, qu’il faudrait alors constamment renouveler : au moins quelque chose se passerait. C’est une cause perdue et qui ne peut de toutes façons pas exister alors que les réseaux sociaux sont une machinerie impeccablement rodé. Rien n’est plus vain que ces petits groupes activistes publiant en série des choses éphémères sur Facebook ou Twitter. Non, ce dont on a besoin, c’est de marqueurs, d’œuvres, de monuments.

On a besoin de choses qui restent, pas de choses qui marquent. On a besoin d’un patrimoine culturel, de choses qui éduquent, qui forment les esprits et non pas qui les pollue. Encore faut-il avoir des esprits. Avec la crise, ils vont être là. Mais dans quel état ?

Il ne faut pas sous-estimer le capacité des gens à rattraper le temps perdu. Mais il y a les mauvaises habitudes. Il y a les tentations de s’en sortir par le nationalisme et le militarisme. Cela sera la bataille de l’utopie contre le pragmatisme, alors que tout va aller très vite. L’enfantement de la nouvelle époque est bien douloureux !

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