Il y a cent ans apparaissait le mot « robot »

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Le terme de robot est tiré d’une pièce de théâtre tchèque, dont la première a eu lieu le 21 janvier 1921.

Nous sommes dans les années 1920 en Tchécoslovaquie. Ce petit pays composé de Tchèques, de Slovaques et d’Ukrainiens est déjà perdu en Europe centrale. C’est en effet une république, dans une Europe centrale où il n’y a que des régimes autoritaires. La partie tchèque est puissamment développée, le capitalisme y est bien ancré. Le Parti Communiste aussi d’ailleurs et proportionnellement à sa population, il sera toujours le Parti Communiste le plus nombreux du monde. La question, c’est donc l’avenir du monde : capitalisme ou socialisme?

L’entrepreneur Tomáš Baťa avait son idée là-dessus : dans son building, sa pièce de travail de 6m2 était un ascenseur lui permettant d’accéder aux différents étages pour superviser. De son côté le président de la République Tomáš Garrigue Masaryk avait développé toute une philosophie libérale-démocrate-existentialiste. C’est dans ce contexte qu’a lieu à Prague le 21 janvier 1921 la première de la pièce de théâtre R.U.R. (Rossum’s Universal Robots), écrite par Karel Čapek.

Ce dernier avait la même approche : le capitalisme permet la démocratie mais en même temps il y a le fascisme qui est une menace semblant en venir, pourtant le communisme n’est pas acceptable. C’était intenable et la Tchécoslovaquie sombrera dans le drame de la seconde guerre mondiale.

La pièce R.U.R. n’est guère fameuse en tant que tel, son scénario « anti-totalitaire » c’est-à-dire très violemment anti-communiste étant aussi caricatural que celui d’Orwell avec 1984. Une entreprise fabrique des robots, qui sont des humains artificiels. Car, naturellement, ces esclaves se révoltent, forment un bloc unifié et anéantissent l’humanité pour la remplacer. On est dans la peur du travail et du collectif, avec une appréhension de la machine remplaçant l’être humain. On connaît bien en France cette conception pétainiste-zadiste, dont le romantique français Georges Bernanos se fit l’écho dans La France contre les robots en 1947.

Là où les choses sont plus intéressantes, c’est que les robots ne sont pas des machines au sens mécanique, mais des copies d’êtres humains, comme les réplicants du film Blade Runner, au scénario s’appuyant sur R.U.R. Et l’inventeur de ces répliques d’êtres humains est monsieur Rossum – Rozum signifiant intellect en tchèque. Et, à la fin de R.U.R. certains robots découvrent l’amour et le dernier être humain leur confie le monde. C’est que l’œuvre est anti-science, mais considère que c’est en fait le capitalisme qui pervertit la science, même si en même temps le collectivisme est inacceptable pour qui veut maintenir l’esprit libéral.

On aura compris, l’œuvre reflète toute une époque… Qui est d’ailleurs encore la nôtre.

Le terme « robot » inventé pour la pièce a eu le succès qu’on connaît. Le mot a été inventé par le frère de l’auteur, l’artiste moderniste Josef Čapek, par ailleurs mort en camp de concentration pour son refus de l’occupation du pays par l’Allemagne nazie. Le mot « robot » se fonde sur le mot vieux slave rab, esclave, ainsi que sur le tchèque robota, travail forcé, avec une racine commune à la langue slave (rabotat signifie travailler en russe, robotnik signifie ouvrier en polonais et en slovaque, etc.).

Son succès mondial a été immédiat. Et la problématique aura une immense résonance dans l’Est de l’Europe. Il suffit de penser à la chanson The Robots de Kraftwerk où les musiciens ont leurs répliques robotiques, ou les réplicants du roman Solaris du polonais Stanislas Lem (et immortalisé par le film de Andreï Tarkovski). Le titre de l’album de Kraftwerk de 1978 est The Man-machine (pour la version en anglais et Die Mensch-maschine pour la version allemande) et rappelons qu’il existe une œuvre française ayant ce titre : L’Homme-machine écrit par le matérialiste français Julien Offray de La Mettrie en 1747.

C’est qu’on ne peut pas avoir peur des robots quand on est de gauche, car on sait qu’on est des robots – des robots naturels, mais des robots quand même. La prétention au libre-arbitre n’est qu’une fantasmagorie religieuse ou capitaliste post-moderne.

https://www.youtube.com/watch?v=5DBc5NpyEoo