Pandémie: les milieux du spectacle et du cinéma soutiennent le « marche ou crève » capitaliste

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Alors que le gouvernement devrait organiser le confinement pour faire face à la pandémie, mais refuse de le faire pour préserver au maximum le capitalisme, voilà que les milieux du spectacle et du cinéma exigent la reprise de leurs activités, appuyant le cynisme général.

La France devrait être confinée, du moins certaines régions et en particulier l’Île-de-France. Seulement cette dernière est un poumon économique du capitalisme, les banlieues sont ingérables et les Parisiens embourgeoisés veulent vaquer autant que possible à leurs occupations. Donc le gouvernement ne fait rien : tel est le cynisme qui domine.

Que dire alors du fait que les milieux du spectacle et du cinéma appellent… à la reprise de leurs activités ? Il faudrait que les théâtres et les cinémas rouvrent, aussi simplement que cela. Comme par magie, cela ne pourrait pas former de cluster.

Cela révèle leur nature petite-bourgeoisie égocentrique : alors qu’on est dans le cadre d’une pandémie, que dans le monde entier on se bat avec les moyens du bord pour éviter la propagation du virus, les milieux du spectacle s’imaginent disposer de lieux comme préservés par magie.

Telle est l’auto-intoxication de gens qui s’imaginent relever de la culture, alors qu’ils forment un secteur du capitalisme en tant que tel. Aussi dépendent-ils d’un capitalisme qui fonctionne normalement. Ils ne veulent donc surtout pas que les choses changent, alors ils exigent un retour au monde d’avant.

Ils pourraient assumer le thème de la pandémie, poser des questions sur le devenir de l’humanité. Hors de question : ces « gens de culture » veulent juste vivre comme avant. Le président de la Fédération nationale des cinémas français, Richard Patry, s’est ainsi fendu d’une lettre ouverte :

« Monsieur le président, rouvrez les cinémas: nos concitoyens n’ont que trop attendu! »

On reconnaît ici aisément comment les intérêts corporatistes des cinémas se masquent derrière les discours sur la culture en général, les besoins psychologiques des Français, etc. C’est hypocrite et criminel en raison de la pandémie : un gouvernement populaire devrait exister pour exiger que ces gens rendent des comptes. De toutes manières, vues les horreurs commerciales racoleuses ou psychologisantes que les cinémas proposent le plus souvent, ils sont condamnés par avance.

On notera d’ailleurs dans la lettre ouverte ce misérabilisme réduisant la culture à une sorte de consommation passive :

« Le cinéma est la première et souvent la seule pratique culturelle pour ceux qui peuvent être éloignés de toutes les autres formes d’accès à la culture. »

C’est tout à fait réactionnaire et il en va de même pour les milieux du spectacle, qui depuis des décennies diffusent les horreurs contemporaines d’un capitalisme qui n’a rien à dire et existent justement grâce aux subventions des institutions. Eux aussi veulent retourner en arrière et ils ont entamé un mouvement d’envergure nationale.

Sont occupés le Théâtre de l’Odéon de Paris, le Cirque Jules Verne d’Amiens, le Théâtre de la Colline de Paris, l’Opéra de Rennes, le Théâtre de Merlan de Marseille, le Grand Théâtre de Tours, le Centre dramatique national de Besançon, le Théâtre national populaire de Villeurbanne, le Centre Chorégraphique National de Montpellier, le Moulin à Roc de Niort, le Théâtre national de Strasbourg, le Quartz de Brest, le Théâtre Graslin de Nantes, le Théâtre de la Cité de Toulouse, le CDN de Rouen, etc.

Il ne faut pas se leurrer : si c’est la culture qui est mise en avant, et bien sûr les artistes, en réalité derrière tout cela on a la Prodiss (l’organisation patronale représentative des principales entreprises du spectacle musical et de variété), l’ASTP (Association pour le Soutien du Théâtre privé), les scènes nationales subventionnées, les opéras, les cabarets, les cirques, les intermittents… c’est-à-dire les capitalistes de la culture. Les intermittents sont en effet ni plus ni moins que des libéraux, dans la même perspective que les médecins libéraux. Ce sont des entrepreneurs.

D’où le double discours : davantage de droits sociaux d’un côté (abandon de la réforme de l’assurance-chômage, plan massif pour la culture…), réouverture des salles de l’autre. Et rien que pour cette dernière revendication on voit que ces gens sont en-dehors de la société, qu’ils vivent en vases clos, que leur raisonnement est corporatiste, que leur démarche est entièrement fausse à la base.

Il suffit de lire le texte des élèves de l’école supérieure de théâtre de Bordeaux Aquitaine pour reconnaître le misérabilisme, le déni de la réalité générale au profit de secteurs bien particuliers présentés bien entendu comme incontournables, à l’agonie, etc. Le tout bien entendu en écriture inclusive, témoignage de l’entre-soi d’un monde totalement coupé de celui du travail.

On notera dans le cadre de cette lutte spectacle que le Théâtre national de l’Odéon à Paris, le premier lieu occupé, l’a été par…  la CGT-Spectacles, en référence à l’occupation du même bâtiment en mai 1968 (un mouvement auquel la CGT était alors totalement opposé). C’est une preuve de plus de corporatisme.

Et c’est la démonstration que ces milieux petits-bourgeois parlent de culture, mais ne s’aperçoivent même pas que culturellement, le monde a entièrement changé depuis l’année dernière…