L’Ukraine pense à l’arme atomique, la Russie a 110 000 soldats et 1300 tanks à la frontière…

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On entre dans la dernière phase de la préparation, d’ici une semaine les dés seront lancés.

L’Agence de presse RIA Novosti, sous la tutelle du ministère de la presse et de l’information de Russie, a publié le 15 avril 2021 un article halluciné. Car s’il a une part de vérité au sujet du triste jeu de la superpuissance américaine, il propose une vision du monde ouvertement guerrière, avec l’alliance sino-russe contre les États-Unis.

Il est ainsi expliqué dans « L’Ukraine et Taïwan retourneront inévitablement à leurs ports d’attaches » que l’Ukraine et Taïwan sont des jouets pour les « atlantistes » afin de contrer les « Etats-civilisations ». Leur réalité est entièrement fictive, artificielle (ce qui est vrai pour Taïwan, mais totalement délirant pour l’Ukraine) et doit ainsi disparaître.

« La position de l’Ukraine et de Taïwan par rapport aux civilisations dont ils se sont séparés est en effet très similaire – malgré le fait que l’Ukraine est un État reconnu par tous, et que Taïwan est reconnu par presque le monde entier comme faisant partie de la Chine, bien qu’autonome. 

Mais tant Taïwan que l’Ukraine comprennent la nature farfelue de leur «indépendance» – et ne voient aucune garantie de sa préservation à long terme, sauf grâce au soutien des États-Unis. C’est-à-dire qu’ils s’offrent eux-mêmes comme un outil dans la lutte géopolitique, ce qui ne fait qu’augmenter le rejet de leur politique (et ainsi de leur existence) de la part des pouvoirs dont ils se sont séparés.

Bien que la Chine considère officiellement la réunification avec Taïwan comme l’un de ses principaux objectifs, et que la Russie ne se fixe pas formellement une telle tâche par rapport à l’ensemble de l’Ukraine (se limitant au postulat du rétablissement inévitable de l’amitié entre deux peuples frères, pratiquement un seul peuple comme le rappelle constamment Vladimir Poutine), il est compréhensible que les intérêts géopolitiques, nationaux et civilisationnels de la Chine et de la Russie ne laissent pas d’autre chemin que la réunification avec les provinces séparatistes (…).

La Russie ne va pas conquérir l’Ukraine – elle affaiblira l’influence de l’Occident sur elle, surveillera la dégradation de l’élite ukrainienne, travaillera pour sa réintégration, en attendant que le peuple ukrainien se réveille de la tracas des parasites et des intérimaires [au pouvoir]. Dans le même temps, la Russie empêchera toute tentative d’amener deux parties d’un même peuple au conflit dans une véritable guerre fratricide. »

C’est là de l’expansionnisme maquillé derrière des argumentations de civilisation. La nature militariste et agressive d’une telle affirmation est sans ambiguïtés, dans un contexte explosif. Tout commence à se dire ouvertement et le chef suprême de l’OTAN en Europe, le général américain Tod D. Wolters, a ouvertement expliqué que le risque d’invasion russe est « de faible à moyen »…

Dans une interview à la radio allemande Deutschlandfunk, le 15 avril 2021, l’ambassadeur ukrainien Andriy Melnik a quant à lui affirmé qu’en cas d’impossibilité pour son pays de rejoindre l’OTAN, alors il faudrait lui penser à obtenir l’arme atomique, pour assurer sa défense.

Des propos qui font frémir, mais qui sont également une allusion aux accords de Budapest de 1994, que la Russie a bafoué. En effet, ces accords, appelés en fait « mémorandum », disent qu’en échange de l’abandon par l’Ukraine des armes atomiques héritées de l’URSS (alors remis à la Russie) et de sa signature du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, son intégrité territoriale serait garantie par la Russie, les États-Unis et le Royaume-Uni (à quoi s’ajoutèrent la Chine et la France). 

Un autre fait marquant a été l’envoi à Marioupol, au bord de la Mer d’Azov et désormais une cible russe assez claire, du Régiment Azov. Ce Régiment a comme ancêtre le « Bataillon Azov », composé de néo-nazis ayant justement arraché à la ville de Marioupol aux séparatistes pro-russes en 2014 ; il s’agit d’une unité à l’armement très développé, avec des membres relevant clairement du néo-nazisme.

Ces néo-nazis ne représentent rien en Ukraine, d’ailleurs le président ukrainien est juif, le premier ministre l’était également en 2019, c’est même un oligarque juif qui a financé le « Bataillon » initialement… Mais c’est une mouvance ultra-activiste, qui a été très active au moment de « l’Euromaïdan » et qui est une carte dans les mains d’Arsen Avakov.

D’origine arménienne, Arsen Avakov est le ministre de l’Intérieur depuis 2014 ; son poids dans le régime ukrainien est littéralement immense. Le Régiment Azov dépend d’ailleurs du ministère de l’Intérieur.

Le Régiment Azov en partance pour Marioupol

La décision de cet envoi provient de la confirmation de l’information selon quoi la Russie a décidé de fermer le trafic maritime en Mer d’Azov et ce pour une durée illimitée. C’est là avoir toutes les cartes en main pour débarquer sur les côtes du Sud-Est de l’Ukraine : pour l’instant les navires commerciaux ne sont pas concernés, mais le seront automatiquement en cas d’affrontement. Et l’Ukraine a également accusé la Russie de plusieurs provocations en Mer d’Azov les 14 et 15 avril.

La Mer d’Azov est enclavé, rejoignant la Mer Noire par le Détroit de Kerch que la Russie va fermer

On notera au passage que le ministre de la Défense russe, Sergei Shoigu, a précisé que les manœuvres des troupes russes à la frontière ukrainienne cesseraient… fin avril. Ce qui ne veut rien dire puisqu’en raison de la crise prévue pour le 21 avril avec le discours de Vladimir Poutine et le vote du Conseil fédéral russe le 22, le risque de guerre ouverte sera là…

On sait aussi qu’il y aura désormais un autre événement en plus : le 20 avril aura lieu une conférence au Donbass, en présence de représentants des deux « républiques populaires » et de dignitaires russes. Elle est intitulée… « Unité des Russes : protection des droits et des libertés ». L’appel à l’annexion passera ainsi par là.

Le 15 avril aura également été marqué par la convocation l’ambassadeur de Russie à Londres par le ministère britannique des Affaires étrangères, en raison des « activités malveillantes » de la Russie. Le ministre polonais des affaires étrangères a fait de même avec l’ambassadeur russe à Varsovie, annonçant l’expulsion de trois membres de l’ambassade

Quant aux États-Unis, ils ont annoncé le 15 avril également l’expulsion de dix diplomates russes et des sanctions contre 32 personnes et entités (du type entreprise ou administration liées aux services secrets russes) en raison de l’interférence russe avec les élections américaines, ainsi que des sanctions contre 8 personnes pour participation à l’annexion de la Crimée avec la Russie.

Cela fait écho au choix, le 14 avril, de ne pas envoyer des navires de guerre américains en Mer Noire : il est tablé que les sanctions joueront (de fait, le cours du Rouble a pris un petit coup)… Que l’Ukraine fera le sale boulot ou qu’au pire les restes de l’Ukraine seront récupérés.

Navires russes en Mer d’Azov

Ce qui bloque les Etats-Unis, c’est également l’Allemagne et la France, surtout la première qui entend bien doubler son pipeline de gaz avec la Russie, le Nord Stream 2 s’ajoutant au premier Nord Stream. D’où le scandale avec Ursula von der Leyen révélé le 15 avril.

Cette Allemande qui est la présidente de la Commission européenne avait reçu le 7 avril une invitation du président ukrainien, Volodymyr Zelensky, pour assister à la cérémonie du 30e anniversaire de l’Ukraine post-soviétique, avec la mise en place d’une plate-forme internationale sur la Crimée.

Non seulement elle a répondu par la négative, mais contre tout respect du protocole elle a laissé son chef de cabinet répondre, qui plus est de manière très cynique :

«Malheureusement, la présidente n’est pas en mesure de donner une réponse positive à votre invitation en raison d’un agenda particulièrement chargé les jours en question. Merci d’avance de votre compréhension »

Le président du Conseil européen Charles Michel s’est empressé d’assurer que lui serait là mais ce que cela signifie est clair. Le « recul » de l’interventionnisme américain correspond au fait que l’Allemagne a dit non à un soutien généralisé à l’Ukraine.

L’Ukraine est seule. Et à sa frontière, la Russie a amené 110 000 soldats, 330 avions, 240 hélicoptères, 1300 tanks, 3700 drones, 1300 unités d’artillerie, 380 lance-roquettes multiples…