Appel « Rééditer « Mein Kampf », c’est faire la part belle à l’antisémitisme! »

Une tribune dénonçant l’initiative des éditions Fayard.

Fayard a fait le choix de rééditer un brûlot antisémite, pour des motifs universitaires sérieux. La tribune considère toutefois qu’aucune publication n’est hors-sol et qu’il y a un impact sur la société.

Ce 13 février 2021 marquait les 15 ans du meurtre barbare et antisémite du jeune Ilan Halimi, torturé pendant 24 jours et tué parce que juif. Si en France, l’antisémitisme s’ancre culturellement dans une histoire de long terme, recyclant et réinvestissant les clichés sur les juifs et l’argent ou le complot datant du Moyen-Âge, ces dernières années, les actes antisémites n’ont cessé de progresser. En janvier 2020 on constatait une augmentation de 27% des actes antisémites et c’est dans ce contexte que les éditions Fayard prévoient de rééditer Mein Kampf, ouvrage rédigé par Adolf Hitler où il y expose son programme, ses idées ; son « combat ».

Dedans, sont détaillées ses conceptions antisémites et nationalistes du monde, ainsi que les mesures qu’il mit par la suite partiellement en œuvre à partir de 1933; la destruction des juifs d’Europe notamment. Ce texte a été une contribution importante à la littérature fasciste du XXème siècle, et a été le noyau dur du national-socialisme allemand, servant de base au ralliement de la population au fascisme, faisant des juifs l’origine de tous les maux de la société.

Permettre à Fayard cette réédition, c’est faciliter l’accès à ce torchon antisémite sur les étagères des librairies, et en répandre le discours. Jusqu’à aujourd’hui, il n’était pas aisé de se le procurer. Fayard, offre donc une importante promotion à cet ouvrage, en le mettant en évidence dans les grandes surfaces, dans les médias et en entraînant ainsi un débat public. Conscient·e·s de l’important travail de recherche fait autour du texte, nous pensons que ce travail peut se passer d’une réédition avec le texte original, pour être publié sans celui-ci, afin de comprendre le programme d’Hitler et le national-socialisme. Nous, acteur·ices ou usager·es de l’enseignement, refusons qu’une quelconque édition de Mein Kampf puisse être disponible librement. Bien qu’évidemment l’écrit d’Adolf Hitler ne constitue pas le seul danger fasciste, ce brûlot n’a pas sa place sur les étagères des bibliothèques universitaires.

 Notre inquiétude est d’autant plus grande que l’antisémitisme a encore long court dans nos universités et dans la société. La réédition de Mein Kampf va venir donner du grain à moudre aux antisémites et à l’extrême-droite qui se développe dans nos campus.

 Doit-on rappeler, les saccages sur plusieurs centres universitaires de locaux d’associations juives par des antisémites, tel que le local de l’Union des Etudiants Juifs de France (UEJF) de Tolbiac (Panthéon-Sorbonne) en mars 2018, ainsi que le local de l’UEJF à Dauphine en mars 2019 ? Ou encore la terrible histoire du week-end d’intégration antisémite à l’université Paris 13, nommé « Auschwitzland », où des étudiants d’une promotion ont harcelé une étudiante parce que juive, et ont organisé des « lancées de kippot »? Ces éléments ne sont pas des actes isolés. L’université n’est que le reflet de ce qu’il passe dans le reste de la société française, et par conséquent de l’antisémitisme et du racisme y sont présents comme en dehors de nos campus.

Par ailleurs, la présence de professeurs d’extrême-droite qui propagent des théories du complot antisémites inquiète et participe au climat d’insécurité pour les étudiant·e·s et personnel·le·s juifs et juives. Ainsi, par exemple, toujours au sein de la même université Paris 13, un enseignant de l’IUT de Bobigny s’est vanté d’appartenir au groupuscule royaliste l’Action Française, qui se revendique de la pensée de l’antisémite Charles Maurras. Ce professeur a pu dispenser ses cours librement jusqu’en janvier 2019, date à laquelle des militant·e·s d’association étudiante juive, extérieur·e·s à l’université, sont venu·e·s alerter les étudiant·e·s.

 L’obscurantisme et la haine sont par ailleurs répandus par de plus en plus de militant·e·s et membres d’organisations étudiantes d’extrême-droite, opérant depuis des années sur les campus et visant à détruire toute notion de recherche critique au sein des universités. Ces organisations étudiantes n’hésitent pas à utiliser la violence pour répandre leurs thèses antisémites, comme en témoignent les agressions à répétition perpétrées par des militant·e·s de la Cocarde Étudiante ou « les patriotes ».

Il est aujourd’hui nécessaire d’ouvrir la discussion sur l’antisémitisme dans de nos lieux d’études, d’accentuer la lutte contre celui-ci au sein de nos luttes antiracistes et contre l’extrême-droite.

 Ainsi, nous revendiquons :

– la non-publication de Mein Kampf et l’interdiction des éditions déjà existantes.

– une intensification de la lutte contre l’antisémitisme sur nos lieux d’étude avec :

* des cellules de veille obligatoires dans toutes les universités qui permettent de signaler tout acte de violence antisémite et d’y réagir rapidement,

* une formation obligatoire des étudiant·e·s et du personnel administratif et des enseignant·e·s sur l’antisémitisme,

* de réelles sanctions pour les associations et individus coupables d’actes antisémites ainsi que pour les enseignant·e·s diffusant dans leurs cours des discours antisémites et racistes, via la saisine systématique de la commission disciplinaire.

Nous appelons à signer la pétition sur change.org pour dire “Non à la ré-édition de Mein Kampf par Fayard !”, l’antisémitisme et la barbarie n’ont pas leur place dans notre société.

Signataires :

Union Nationale des Etudiants de France

Union Nationale Lycéenne

Fédération Syndicale Etudiante

Jessica Gérondal Mwiza – Vice-Présidente d’Ibuka France

Stanislas Broniszewski – Porte-parole d’AVA France (Abolissons la Vénerie Aujourd’hui)

Samuel Mayol – Université Sorbonne Paris Nord

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