Ni Washington ni Pékin, mais les travailleurs, les animaux et la Gauche historique

Il ne faut pas tomber dans des idéologies convergeant avec la bataille pour l’hégémonie mondiale.

La France est une puissance majeure, mais elle n’a pas le poids ni des États-Unis, ni de la Chine, loin de là. Elle va se placer selon ses possibilités, en étroit rapport avec l’Allemagne et possiblement avec la Russie. Mais il ne s’agit pas de faire une réflexion géopolitique, ce qu’il faut prendre en compte, c’est comment l’affrontement sino-américain va emporter avec lui une large partie de la Gauche française. Et en fait, le processus est déjà en cours.

Il est évident que toute une partie de la Gauche française s’aligne sur le capitalisme américain, diffusant son idéologie de réformes sociétales, de société inclusive, de relativisme culturel complet, d’idéologie LGBT. Ce n’est pas encore totalement formalisé, mais cela ne saurait tarder. En Allemagne, c’est déjà mis en place : l’équivalent d’Europe Ecologie Les Verts est totalement sur cette ligne, prônant ouvertement l’affrontement avec la Russie. On peut tout à fait penser qu’EELV suivra le même mouvement jusqu’au bout.

Les choses sont encore plus claires en ce qui concerne la partie de la Gauche française alignée sur la Chine, pour qui la Russie sert d’intermédiaire. Toute la gauche du PCF et une partie de La France Insoumise est favorable à la Russie, voire même à la Chine. Elle converge ici de manière assez décomplexée avec l’extrême-Droite et il y a toute une mouvance confusionniste qui navigue entre les deux, avec un mélange de nationalisme français, de fascination patriarcale pour la Russie, de revendications sociales plus ou moins incohérentes.

Dans les deux cas, on a la même prétention à remettre en cause le capitalisme, alors qu’en fait il ne s’agit que d’un accompagnement dans une direction ou une autre. Les pro-Russie et pro-Chine s’imaginent être des rebelles alors qu’ils ne font que contribuer à faire reculer les États-Unis pour permettre à d’autres hégémonistes de se mettre en place… Alors que les pro-Etats-Unis ne font que chercher à renforcer la puissance hégémonique au moyen du turbocapitalisme.

Alors, on peut bien entendu demander, pourquoi des gens de la Gauche française s’alignent-ils sur les uns ou sur les autres ? La réponse est pourtant très simple. L’idéologie LGBT est soutenue par l’État américain, par les grandes entreprises américaines, par l’Union européenne… S’aligner sur cette idéologie permet d’apparaître comme « révolté » sans prendre aucun risque, en profitant de moyens matériels faciles à trouver. On peut même prétendre qu’on « force » les entreprises à aller en ce sens, une totale fiction.

Pour la Chine, c’est encore plus simple. La gauche du PCF est orpheline de l’URSS des années 1970 et 1980, une grande puissance visant à l’hégémonie au nom d’un nouvel ordre mondial. Avec la Chine, elle a un remplaçant tout trouvé. Pour la Russie, c’est tout aussi simple, puisque on fait face à un style nationaliste et viriliste tout à fait adéquat pour un activisme d’extrême-Droite qui se revendique populaire, sur un mode national-révolutionnaire.

Bref, c’est une tendance à la fois très mauvaise et inéluctable qui se pose ici, parce que tant les États-Unis que la Chine et la Russie sont prêts à déverser des sacs d’argent pour générer des tendances en leur faveur. Cela ne veut pas dire non plus que le capitalisme français n’a pas ses propres intérêts, bien à lui, et cela ajoute au problème.

Il y a toutefois un moyen simple de couper à tout cela. C’est de se fonder sur les travailleurs, dont les intérêts ne sont jamais ceux d’une puissance hégémonique ou désireuse de l’être. Et pour que culturellement ce soit impeccable, il faut assumer la cause animale, parce que là on rompt forcément avec tous ceux qui vivent à travers une volonté de puissance. Et pour la perspective, ce sont bien entendu les valeurs de la Gauche historique qui comptent, parce qu’elles sont justes et vraies.

C’est là la seule orientation et on voit mal comment quiconque à Gauche sort d’une telle approche a une chance de réussite. Il peut bien sûr y avoir une envie d’assumer des postes gouvernementaux pour mener des réformes, mais cela reste totalement décalé par rapport à une époque marquée par la crise et se caractérisant toujours plus par la guerre, avec en toile de fond l’affrontement sino-américain…

Tout cela sera particulièrement visible à la rentrée 2021, on peut en être certain.

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