Plus on est pauvre, moins on se vaccine : révolte, stupidité, nihilisme ?

Qui se trompe d’analyse rate un virage historique.

C’est un constat qui se fait dans tous les pays capitalistes. Plus une personne est diplômée ou dispose de hauts revenus, plus elle va se faire vacciner. Moins une personne est diplômée ou moins ses revenus sont hauts, moins elle se fait vacciner. Il en va grosso modo de même pour l’acceptation ou le refus du pass sanitaire.

N’allons pas par quatre chemins et disons le tout de suite : la vérité que c’est que les pauvres ne comprennent rien. Si ce n’était pas le cas, ils auraient déjà renversé le capitalisme depuis longtemps. Le travail salarié est un abrutissement et les travailleurs sont écrasés. Comme en plus, il y a une consommation capitaliste de masse, il est d’autant moins réfléchi.

Certains prétendent parfois qu’il y aurait des difficultés pratiques pour se vacciner, que l’accès serait plus difficile, etc. C’est totalement faux. La preuve concrète, c’est que l’Ouest parisien s’est dès le départ fait massivement vacciner… en Seine-Saint-Denis, parce que là-bas le nombre de gens voulant se faire vacciner était faible.

D’autres prétendent que ce serait une « révolte » indirecte. Évitons l’ultra-gauche, car par populisme et plébéianisme elle est prête à raconter n’importe quoi et regardons ce que dit, de manière intelligente, la Gauche Républicaine et Socialiste, dans Vaccination anti-COVID et réalité sociale (encore) et Vaccination anti-COVID et réalité sociale (suite).

Le problème, à vrai dire, c’est que si les deux articles sont intelligents, ils disent le contraire. Dans l’article du 4 août, les classes dominantes ne voudraient pas diffuser le vaccin de manière réelle, par égoïsme. C’est totalement faux, mais enfin ça se tient intellectuellement.

« Lorsque les antivax accusent les bourgeois de vouloir empoisonner le peuple, leur stupidité égale celle de ce gouvernement dans la lutte pandémique.

La réalité, c’est que les inégalités sociales sont révélées à l’eau forte par la crise pandémique. Ce gouvernement ne gouvernant que pour les riches n’a jamais pensé même nécessaire des actions et des communications spécifiques aux classes populaires. Il ne veut rien lâcher dans sa lutte des classes, même pas un panier repas (…).

Les Français illectroniques – 19% des Français abandonnent une démarche administrative dès lors qu’elle inclut une action internet – les receveurs de paniers repas – qui ne fréquentent pas les restaurants – et les 33% de Français qui ne voyagent jamais, les 45% qui ne prennent jamais l’avion, ne vont pas aller sur doctolib, ou se faire vacciner pour aller au restaurant, au musée, à Arcachon ou à Majorque.

Il ne suffit pas de mettre l’offre de vaccin – la politique sanitaire illustre l’échec de l’idéologie française de la politique de l’offre et de l’homo economicus.

Dans le passé, toutes les politiques sanitaires incluaient des éléments d’incitation, la mobilisation des réseaux de proximité pour passer le message et créer la confiance, ce qui suppose un échange en confiance avec les organisations syndicales, professionnelles, les organisations confessionnelles et culturelles, les associations sportives, ce qui implique faire confiance et équiper la médecine de famille, les assistants sociaux, les réseaux intermédiaires, les enseignants locaux, les maires des villes défavorisées.

Or ce gouvernement vit dans l’illusion d’une relation directe à un peuple enjambant tout cela, et refuse de mettre les moyens dans de telles campagnes vaccinales.

Il ne lui reste plus que la matraque. Que va-t-il faire en septembre ? Mettre des barrages autour des villes gagnant moins de 20.000 euros, à moins de 50% de vaccinés, et les confiner ? »

L’article du lendemain, lui, dit le contraire. Il ne dit pas que les gens échappent objectivement à la vaccination, mais subjectivement : ils ne veulent pas. Ce qui est juste. Seulement c’est interprété comme une résistance aux dominants.

« Mardi 3 août 2021, notre camarade David Cayla a partagé un graphique des journalistes de France Info qui montre une corrélation entre les niveaux de revenu et le taux de vaccination. Nous avons nous-mêmes partagé ce graphique dans notre article du 4 août. Il est montré que plus on habite dans une ville riche, plus on se fait vacciner.

Beaucoup se sont interrogés sur le sens de cette corrélation. J’entends que ce serait lié au niveau d’instruction ou même d’intelligence, à la faiblesse des services publics, à des considérations politiques (les macronistes se vaccinant plus), au conformisme des classes supérieures…

Le problème de ces explications est qu’elles analysent la réticence vaccinale comme la conséquence de choix purement individuels. Or, au contraire, nous avons plutôt affaire à un phénomène social, qui résulte de l’histoire récente et de choix politiques.

Autrement dit, si les classes populaires se vaccinent moins que les classes supérieures, c’est surtout en raison des dysfonctionnements de la société française et non parce qu’elles-mêmes sont pauvres ou peu instruites. Ce dysfonctionnement est celui de la défiance que ressent une grande partie de la société vis-à-vis des institutions et du pouvoir politique actuel.

Elles rejettent le vaccin car elles rejettent ceux qui le promeuvent (…).

Les classes populaires ne font pas preuve de bêtise en refusant la vaccination. Leur méfiance est tout à fait légitime et s’appuie sur l’expérience vécue depuis plus de dix ans. Sarkozy, Hollande et Macron ont tous mené la même politique. Après des années de néolibéralisme, ce n’est pas Macron et ses vidéos Tik Tok qui vont réussir à convaincre les populations défavorisées de se faire vacciner.

C’est donc à l’opposition anti-néolibérale de monter au créneau pour pousser les classes populaires à se faire vacciner. C’est urgent. Il s’agit non seulement de sauver des vies mais aussi d’éviter de nouveaux confinements destructeurs socialement et économiquement. »

C’est intelligent également. Mais c’est faux. La preuve, c’est que le mouvement anti-pass sanitaire est anti-lutte de classes : il est opposé à toute exigence collective, il utilise systématiquement le drapeau français, il souligne le caractère fondamental des « libertés » individuelles.

Si l’interprétation selon laquelle les gens échappent au vaccin car le capitalisme n’est pas sérieux dans la mise en place de la vaccination est du populisme, la seconde interprétation selon laquelle les gens se révoltent est du plébéianisme.

La véritable explication est le nihilisme de couches populaires lessivées par la consommation capitaliste de masses. Celles-ci sont frappées par la crise, à la traîne des conceptions petits-bourgeoises appelant à « vivre comme avant », dans le refus de toute exigence collective, prisonnière d’un orgueil nationaliste de pays riche…

C’est une réédition des gilets jaunes, et cette fois bien plus fasciste que crypto-fasciste. Voilà la vérité.

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