Les anti-pass sanitaire ou le degré zéro du romantisme

Cette révolte plébéienne du type gilets jaunes n’a aucune profondeur.

Il existe une réelle dimension populaire dans l’opposition au pass sanitaire, mais ce n’est pas une chose bien. Car de quel peuple parle-t-on? On parle d’un peuple totalement intégré dans le capitalisme, vivant de manière beauf, composé de gens n’ayant aucune envie qu’on les dérange et pour qui l’idée de se sacrifier pour une cause collective est une abstraction intellectuelle.

Les gens ne veulent pas qu’on les dérange, voilà la vérité. Les populistes et les réseaux sociaux les arrangent, car ils n’exigent rien d’eux, ils n’en attendent rien. Le principe de commander par Amazon ou Ebay s’appuie également en partie sur ce côté individualiste anti-social. Les gens du peuple vivent leur vie et veulent qu’on les laisse tranquille.

Le mouvement anti-pass sanitaire est le produit d’une telle vision du monde. Il est une insistance sur le fait de vouloir être laisser à l’écart des responsabilités et des décisions, de la séparation radicale entre la sphère publique et la sphère privé. Cela a un certain sens: le prolétaire qui bosse ne veut pas, en plus, avoir à assumer des choses, au sens où il fait son job, mais qu’on ne lui en demande pas plus.

Seulement voilà, les gens de gauche veulent que les gens du peuple assument et prennent les commandes de la société. Faut-il donc les soutenir dans leur rejet anti-intellectuel, anti-culture ?

Certainement pas !

A moins qu’on pense que le style des partisans de Donald Trump ou des skinheads anglais des années 1970-1980 soit ce qu’il faut pour changer le monde. Parce que les anti-pass sanitaires relèvent de cette même engeance apolitique-plébéienne qui existe dans les pays riches. C’est un mélange de petits-bourgeois anti-riches et anti-prolétaires et de prolétaires semi-décomposés socialement.

Ou, pour mieux formuler la chose, c’est une variante moderne du public des nationaux-socialistes allemands et des chemises noires italiennes. Et comme tant l’ultra-gauche que la CGT sont assez idiotes pour soutenir les anti-pass sanitaires, on ne va pas couper à l’émergence d’un vaste mouvement protestataire à la fois national et social, appelant à changer ou renverser le « régime », avec un style qui s’appuie sur la haine de la raison, la guerre à l’intelligence, le mépris pour la culture, la destruction de ce qui est intellectuel.

Et ce n’est même pas le pire. Car que des gens désireux de changer les choses ne comprennent pas l’importance de l’intellect, d’avoir un projet concret, de saisir le monde où l’on vit… cela se conçoit, il faut parfois du temps. Cependant, ce qui est inacceptable, c’est cette absence totale de romantisme.

Les anti-pass sanitaires sont tout simplement ignobles dans leur approche. Ce sont des beaufs, il n’y a aucune envergure, aucune dimension sensible, aucun besoin existentiel. Ce ne sont rien d’autre que des gens soucieux de pouvoir, de vouloir… vivre comme avant. Et qu’on leur foute la paix.

Les anti-pass sanitaires, c’est le triomphe de la mesquinerie et de l’étroitesse d’esprit. Ce sont des gilets jaunes renouvelés. Et à de tels gens, on ne peut pas s’adresser ni rationnellement, ni de manière sensible. Pense-t-on que ces gens, avec leur approche, vont s’intéresser à l’expérimentation animale, à la tendance à la guerre, au dérèglement du climat, à l’aliénation de la société capitaliste de consommation, à la destruction des zones sauvages, à la négation capitaliste de la culture, la condition animale, l’horreur de l’architecture dans la vie quotidienne?

Absolument pas. Ces gens sont une expression du nivellement par le bas qu’impose le capitalisme et la chose la plus importante pour eux, c’est de ne rien changer à leur vie quotidienne, justement. C’est une expression réactionnaire. Le capitalisme est un navire qui prend l’eau et eux ne sont pas d’accord : il ne faut pas que ça coule, rien ne doit changer, il faut vivre comme avant!

C’est à la fois faux et horrible. C’est le fruit de décennies de lessivage sur le plan humain. Et le pire, c’est qu’au fond, ils le savent, au moins en partie. Mais ils s’en moquent.

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