« Qui ? » et les allusions antisémites dans les manifestations anti passe-sanitaire

C’est l’esprit des années 1930.

Il y a une réflexion à avoir sur les nuances et différences entre ceux qui sont avant tout anti-pass sanitaire et les anti-vax. Car ces derniers ouvrent nécessairement un espace à l’antisémitisme. Exactement comme avec la « quenelle » de Dieudonné, et les Gilets Jaunes « canal historique », on observe dans les manifestations et les slogans des opposants au passe-sanitaire une sorte de mélange satirico-délirant cherchant à affirmer l’antisémitisme, mais sans le dire.

En l’espèce, c’est le « mais qui ? ». Cette pseudo-question s’appuie sur une citation d’un des militaires signataires de la tribune dite « des généraux » : le général Dominique Delawarde, qui avait affirmé en réponse à une question de Claude Posternak, lui-même juif, entrepreneur dans la communication et membre du bureau politique de LREM.

Le communicant a cherché à faire dire explicitement au général « qui, selon lui, tenait la meute médiatique ». La réponse fut « la communauté que vous connaissez bien ». Le sous-entendu visant clairement les Juifs bien sûr, au sens où l’entendent les antisémites.

Si on souligne que cette sortie antisémite d’un tel énergumène à eu lieu le 18 juin dernier, c’est-à-dire le jour anniversaire de l’appel du Général De Gaulle, on comprend que l’on a ici tout sauf un dérapage, mais la recherche de poser une référence, allant dans le sens du nationalisme derrière l’armée, prête à « faire le ménage ». La revue nationaliste « présent » n’a pas raté l’occasion, forcément.

Et que cela puisse trouver un écho parmi les manifestants « anti passe-sanitaire » en dit en soi long. En fait, cela en dit tout. On a bien sûr le cas emblématique de cette personne, Cassandre Fristot, une enseignante proche du Rassemblement National et du mouvement dissident de Philippot, qui a été arrêtée et qui sera même jugée en septembre pour une pancarte provocatrice, qui autour de la question « mais qui ? » a dressé une liste de personnage, juifs à part Emmanuel Macron, tenus pour être des « traîtres ».

Arrêter et juger une telle personne est bien sûr la moindre des choses, mais on peut s’attendre à ce que son procès ne donne pas grand chose. Ni non plus les éventuelles sanctions disciplinaires que le ministère de l’Éducation Nationale entend prendre contre elle selon ce qui a été annoncé.

Comment même une telle personne, avec un tel parcours, qui a même été évincée du Rassemblement National pour son antisémitisme ouvert, peut encore être enseignante ? Comment a-t-elle pu ainsi défilée sans rencontrer une ferme opposition, et vive tranquillement sa vie sans avoir la société l’ostracisant ?

Mais surtout, c’est la Gauche qui devrait exiger ici son éviction pure et simple de l’Éducation Nationale et que l’on devrait entendre sur cette progression de l’antisémitisme au sein de ces mobilisations des anti passe-sanitaires.

Car il est évident que parmi un tel mouvement plébéien porté par la petite-bourgeoisie hystérique et déboussoulée par la crise, l’antisémitisme ne va faire que progresser comme « socialisme des imbéciles », comme le disait le social-démocrate allemand August Bebel, c’est-à-dire comme idéologie anticapitaliste pensant critiquer le capitalisme de manière « radicale », mais en fait de manière imaginaire, virtuelle, illusoire.

En fait, qui ne voit pas la crise, qui ne comprend ni le capitalisme ni le fascisme, ne peut pas voir ni la montée de la tendance à la guerre à l’extérieur, ni celle de l’antisémitisme et du nationalisme mobilisateur à l’intérieur. Même une figure comme Éric Zemmour, qui tente de reformuler un nationalisme français néo-gaullien qui viserait les « nomades » et non les « Juifs » est pris dans cette vague.

C’est en fait un moment de lutte de classe. Et si l’antisémitisme a une dimension idéologique, c’est donc qu’il faut pouvoir lui opposer une idéologie. Et c’est là que la Gauche a besoin plus que jamais de retrouver ses concepts, de retrouver notamment le sens du terme « populaire » à opposer au « peuple » au sens des populistes qui le voient comme un « bloc » contre une oligarchie malfaisante.

Ou bien, pire encore, comme une « foule » qu’il faudrait diriger de manière plébéienne.

Il n’y a pas le choix. S’opposer à l’antisémitisme, c’est obligatoirement affirmer le Socialisme, et donc assumer la différenciation au sein du peuple entre les défenseurs aveugles de l’ancien, y compris de manière « peuple » ou « plébéienn » et les partisans de la transformation et du nouveau.

C’est une lutte de lignes, un combat pour affirmer une proposition historique. Là où des révoltés sans boussole cherche à appuyer tout mouvement en espérant « rassembler » et « orienter » les choses par le haut, il faut au contraire avancer et faire le tri, tracer les lignes rouges et pousser à la polarisation par la base.

Il ne faut pas un « spontanéisme » en mode plébéien et une fascination pour la « foule », mais une conscience socialiste porteuse d’organisation démocratique et de culture pour le peuple.

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