Le caractère irrationnel des anti-pass sanitaire et anti-vax ne peut être vaincu que sur le plan culturel

On a une folie furieuse digne des années 1930.

Il est absurde de se dire qu’il faut soutenir le mouvement anti-pass sanitaire en espérant le ramener dans le droit chemin. Dans sa matrice même, c’est un mouvement élémentaire, avec des éléments plébéiens jouant sur tous les tableaux de la vision petite-bourgeoise du monde : paranoïa anti-étatique, furie anti-collectivisme, individualisme forcené, irrationalisme profondément marqué, argumentation versatile.

Les petits-bourgeois sont ainsi qu’ils disent tout et son contraire, c’est-à-dire autant de choses populaires que bourgeoises, le tout entremêlé, mélangé, jusqu’à l’inconsistance ou l’absurde. Tout le monde a fait l’expérience de leur mauvaise foi, de leur capacité à être à la fois pour le capitalisme et contre, comme d’ailleurs pour une chose et son contraire, sans y voir d’incohérence.

Chez les anti-pass sanitaire, c’est démultiplié. Et c’est particulièrement horrible. C’est même tellement toxique qu’on a une seule envie, c’est de ne pas aborder la question, tellement cela s’expose telle une sorte d’obsession maladive. On se dit qu’en évitant d’aborder le thème, on peut contribuer à les ramener dans le réel.

Et il faudrait aller, comme certains le disent, sur leur terrain, en les soutenant dans les manifestations ? Mais alors à quoi aurait servi le mouvement ouvrier depuis son existence? Et d’ailleurs pourquoi même se revendiquer du mouvement ouvrier : autant faire comme La France Insoumise et assumer le « populisme » pour mobiliser contre « l’oligarchie », autant balancer tous les principes !

Si on considère que la Gauche a des valeurs, des principes, une culture, alors on ferme la porte au mouvement anti-pass sanitaire. Les gens de gauche ne l’ayant pas fait ont réalisé un suicide politique et culturel, voilà tout. Et on se demande même comment ils ont pu, ils peuvent se faire des illusions.

La vérité est que les anti-pass sanitaire et les anti-vax sont dans une spirale totalement folle et qu’il n’y a aucune possibilité de les faire changer en restant sur leur terrain. Ces gens se nourrissent les uns les autres de faiblesses et de mensonges, d’illusions et de fausse intransigeance, c’est littéralement un mouvement religieux.

Et comme pour la religion, ce n’est qu’en faisant l’expérience d’autre chose que leur conscience peut s’élever et encore, pour une partie seulement, car on a tout de même ici une poussée de folie qui relève d’une société en crise, qui s’effondre sur elle-même. Il faut également saisir cet aspect : la poussée anti-pass sanitaire correspond aussi à l’esprit d’une époque, où les esprits ratatinés par la crise sont en plein désarroi. C’est ni plus ni moins que du nihilisme.

Pour cette raison, le rapprochement avec ce qu’ont vécu les antifascistes dans les années 1930, ainsi d’ailleurs que dans les années 1920, est évident. Dans ces années-là, la Gauche se demandait : comment faire face à ces gens qui s’emportent et vivent dans leur bulle, avec des esprits en roue libre s’accrochant à des mentalités toutes faites, des constructions intellectuelles irrationnelles ?

Cette question taraudait d’ailleurs encore les antifascistes allemands après 1945, dans un pays où l’engouement nazi n’avait jamais cessé, même malgré les défaites militaires. Et la seule réponse possible a été : il faut que les masses fassent d’autres expériences, qui les arrachent à la machine infernale où elles se sont enfermées.

Mais comment faire alors que l’irrationalisme est seul mobilisateur ? Comment impulser quelque chose d’autre ? La réponse est difficile. En tout cas, elle ne passe pas par le reniement de ce qu’est la Gauche et une soumission à un mouvement anti-pass sanitaire qui n’est rien d’autre qu’une contestation d’extrême-Droite dans sa matrice.

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