Réactions françaises acerbes à l’accord AUKUS

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La France ne compte pas « perdre son rang ».

Du côté français, c’est un grand traumatisme que l’accord entre les Etats-Unis, l’Australie et le Royaume-Uni. Le Parisien fait un éditorial intitulé « L’affront » (il y est dit que « La crise entre Paris et Washington est maximale »), La Croix ne fait pas dans le pacifisme chrétien avec son article « Sous-marins australiens : la rupture du contrat torpille toute une stratégie française », Le Figaro parle d’un « Trafalgar indopacifique », Le Monde parle d’une « crise diplomatique » entre la France et les Etats-Unis et publie des réponses de journalistes français en opposition à toute  » forme d’autodénigrement »… 

Les commentateurs bourgeois sont unanimes. La France s’est fait simplement mettre de côté et c’est inacceptable, car la France est une grande puissance, etc. Cela fait d’autant plus mal, du point de vue bourgeois qu’un contrat de plusieurs dizaines de milliards d’euros a été perdu.

Et le risque est de tout perdre dans la région. L’image publiée par La Croix dans l’article ultra-agressif « Indo-pacifique : un nouvel axe anglophone pour contrer la Chine » présente bien ce point de vue bourgeois : la France est isolée et a tout à perdre.

Cette image parle d’elle-même : la France devrait trouver des alliés dans le cadre du repartage du monde

Dans les faits, c’est bien une défaite sur tous les plans : économiquement en raison de la perte du contrat, militairement en raison de l’absence d’influence, politiquement en raison d’un rôle dévalorisé. Marine Le Pen, qui représente le secteur le plus agressif de la haute bourgeoisie, n’a évidemment pas raté l’occasion de dénoncer Emmanuel Macron à ce sujet.

Le communiqué est encore plus clair sur le plan de l’agressivité.

Communiqué de Marine Le Pen, candidate à l’élection présidentielle

Après l’annulation par l’Australie du contrat des sous-marins, la France subit un triple désastre :

– un désastre économique avec une perte de plusieurs dizaines de milliards d’euros pour notre industrie ;

– un désastre militaire avec la ruine de la nécessaire coopération stratégique franco-australienne dans le Pacifique ;

– Un désastre politique avec une humiliation publique de la France et une atteinte gravissime à son image de puissance industrielle ;

Un tel échec ne peut rester sans explication. Marine Le Pen, candidate à l’élection présidentielle, demande qu’une commission d’enquête fasse toute la lumière sur ce naufrage.

Elle demande également que l’État prenne toutes les mesures pour pérenniser l’avenir de Naval Group, fleuron de notre outil industriel, si indispensable à l’indépendance de la France.

C’est qu’avec cette affaire, la ligne d’Emmanuel Macron est profondément fragilisée. Il a en effet misé sur un alignement sur les États-Unis et là, il s’est déroulé quelque chose que  le ministre des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a défini comme un « coup dans le dos ».

Encore en juillet 2021, le ministère des affaires étrangères publiait justement l’article « L’espace indopacifique : une priorité pour la France« , où on lit notamment :

« L’Indopacifique s’impose de plus en plus comme l’espace stratégique du XXIème siècle. La montée en puissance de la Chine a bouleversé les équilibres traditionnels.

Alors qu’un certain nombre de menaces persistent (prolifération nucléaire, criminalité transnationale organisée, terrorisme djihadiste, piraterie, pêche illicite…), la compétition sino-américaine s’intensifie et génère de nouvelles tensions.

Le centre de gravité de l’économie mondiale s’est déplacé vers l’Indopacifique. Six membres du G20 (Australie, Chine, Corée du Sud, Inde, Indonésie, Japon) sont présents dans cette zone. Les voies commerciales maritimes qui la traversent sont devenues prépondérantes.

Les principales réserves de croissance mondiales se trouvent dans l’Indopacifique, qui contribuera d’ici 2030 à environ 60% du PIB mondial. Le poids croissant de ces pays dans les échanges commerciaux et les investissements mondiaux se trouvera encore renforcé dans le monde post-Covid. »

Un long dossier de présentation était publié à ce sujet. Tout cela semble bien vain désormais. Quand on pense qu’il y a deux semaines, les ministres des affaires étrangères et de la défense de l’Australie et de la France publiaient une longue déclaration unitaire, évoquant la fourniture de sous-marins français, qu’à la mi-juin le premier ministre australien Scott Morison rendait visite au président français Emmanuel Macron, on voit comment on est bien dans le cadre d’une bataille pour le repartage du monde, avec des retournements brutaux d’alliance.

Le communiqué de l’ambassade d’Australie en France parle d’ailleurs ouvertement de priorité stratégique, c’est-à-dire de subordination aux exigences militaristes de la superpuissance américaine. De fait, depuis la mi-2019 l’Australie va dans les bras des Etats-Unis contre la Chine.

L’un des plus gros problèmes est également que la France n’a rien vu venir. Les États-Unis ont prétendu avoir informé la France de l’alliance UKAUS en juin déjà, mais la France le nie, comme ici le porte-parole de l’ambassade de France à Washington, Pascal Confavreux.

« Nous n’avons pas été informés de ce projet avant la publication des premières informations dans la presse américaine et australienne. »

Vues les réactions de surprise et catastrophées, c’est sans doute vrai et c’est tout la crédibilité de l’alignement français sur les États-Unis qui a pris un terrible coup. C’est ni plus ni moins que la réélection programmée d’Emmanuel Macron qui prend un très rude coup. Le camp du nationalisme et du militarisme a gagné beaucoup de points sur le camp libéral-moderniste aligné sur les États-Unis.

La Gauche historique doit impérativement se reconstituer pour contrer cette tendance !