Ukraine: l’avertissement russe

Il est clair, mais formulé indirectement.

Fyodor Lukyanov est un journaliste russe qui est notamment membre du Club Valdai, un organe de réflexion sur le rôle de la Russie mis indirectement en place par les institutions elles-mêmes. Il est professeur d’Économie mondiale et de Relations internationales et depuis 2002 rédacteur en chef de Russia in Global Affairs journal.

Autant dire que ce qu’il dit… ne doit rien au hasard quand il s’agit de certains thèmes à certains moments, comme évidemment celui qu’on connaît en ce moment. Son article du 24 novembre 2021, NATO’s Mistake Is That It Still Thinks It’s Dealing with the Weakened Russia of the 1990s, a donc été compris en ce sens.

Le titre choisi par Fyodor Lukyanov dit déjà pratiquement tout. L’OTAN fait une erreur en considérant que la Russie est toujours le pays faible des années 1990. Car, à l’époque, de par le vide provoqué par l’effondrement de l’URSS, il était dans l’ordre des choses que l’Union européenne et l’OTAN s’étendent.

Cependant, c’était là une situation tout à fait particulière, et temporaire. Il ne saurait en effet exister une situation où un pays organise des alliances comme bon lui semble, sans se préoccuper des conséquences « géopolitiques ».

C’est d’autant plus vrai alors que l’Union européenne et l’OTAN se chevauchent au niveau des pays membres… Alors que le centre de gravité n’est pas le même, puisque dans le premier cas il est en Europe, dans le second cas il est aux États-Unis. Cela renforce les complications.

Aussi, la meilleure solution est la « finlandisation » de l’Ukraine, c’est-à-dire sa reconnaissance par les « blocs » comme un pays neutre, comme la Finlande durant la guerre froide. Pour donner un exemple de ce que cela implique, on peut prendre l’Autriche au statut similaire : aujourd’hui encore il est possible d’y espionner le pays qu’on veut, du moment qu’on n’espionne pas l’Autriche elle-même!

Et s’il n’y a pas la « finlandisation » de l’Ukraine, que va-t-il se passer? Fyodor Lukyanov prévient alors que la Russie devra faire comme avec la Géorgie en 2008. Ce pays, sous la présidence de Mikheil Saakachvili, a voulu adhérer à l’OTAN, s’est rapproché plus que fortement de l’Union européenne et des États-Unis.

La Russie a alors déstabilisé le pays en soutenant des séparatistes, diffusé massivement des passeports russes, et maintient une situation très délicate dans la région.

Autrement dit, la Russie ne tolérera pas de nouvel élargissement de l’OTAN à ses frontières. L’Ukraine et la Géorgie doivent voir leur statut gelé, et officiellement gelé du côté de l’OTAN.

Le message est clair. Il est compréhensible du point de vue russe, qui n’a aucune envie de voir une tête de pont de l’OTAN à ses frontières, peuplé de 45 millions d’habitants et avec un régime fanatiquement anti-russe et d’idéologie ultra-nationaliste faisant du fasciste historiquement pro-nazi Stepan Bandera un héros. Pour dire le délire, en Ukraine on raconte que la Russie extermine par millions les Ukrainiens depuis cent ans, etc.

Qui plus est, l’OTAN est très satisfaite d’utiliser l’Ukraine comme chair à canon… car l’arrière-plan, c’est le conflit sino-américain, et il s’agit d’affaiblir la Russie, alliée de la Chine, pour isoler cette dernière.

En même temps, la Russie a déjà fait en sorte d’occuper la Crimée ukrainienne, de fomenter des troubles avec les « républiques populaires » séparatistes, et elle a dominé le pays pendant des années en le transformant en satellite après la chute de l’URSS. Et la Russie raconte elle-même officiellement que la nation ukrainienne n’existe pas, que c’est une petite-Russie annexe, etc.

La Russie utilise donc également la question comme prétexte pour justifier son expansionnisme.

En un sens, l’affrontement est décidé et là on a une mise en scène pour se « couvrir » devant l’opinion du pays, l’opinion internationale… Exactement comme en 1914.

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