Le premier pari réussi d’Eric Zemmour

La Droite est réactivée.

Eric Zemmour sera au Zénith de Paris le 5 décembre 2021 et l’entrée sera libre. Cela explique aussi pourquoi il n’a pas intérêt à se déclarer candidat jusque-là. Les frais de campagne et le temps de parole médiatique ne sont pas comptabilisés. De plus, peut-être qu’il cédera la place à quelqu’un comme le général de Villiers.

Car Eric Zemmour a déjà réussi son pari. Il a joué son rôle historique : propulser les idées de Droite sur le devant de la scène, de telle manière à passer en force pour remettre en place une offensive politique. C’est une grande réussite, qui a triomphé sans réelle opposition. Les bourgeois modernistes d’Emmanuel Macron n’y ont pas cru et se sont fait débordés, quant à la Gauche elle n’a pas compris le phénomène.

Eric Zemmour a bien perdu de l’élan à la mi-novembre, car un semblant d’opposition à son nationalisme s’est mis en place, mais enfin il est dans la place, il a des partisans, il est intégré au paysage et, surtout, il se fout de savoir que l’opinion publique hégémonique est contre lui. Il est une expression de la crise et il sait que tout peut changer très rapidement, que tout va changer très rapidement. Il compte être là à ce moment-là, avec une proposition stratégique lisible et des partisans.

C’est le contraire d’Anne Hidalgo qui n’a pas saisi les enjeux du temps, elle qui arrive avec le droit de vote à seize ans. Il y a une pandémie, des dettes monstrueuses des États, des ménages et des entreprises, des tensions militaristes en accentuation, une crise climatique, et elle débarque avec cela. C’est un suicide politique, par inadéquation avec les exigences du temps.

On arguera que les exigences du temps ne sont pas vues par grand monde. C’est vrai. On dira que l’extrême-Droite étant populiste, c’est plus facile pour elle de proposer quelque chose de fantasmatique semblant répondre aux défis de notre époque. C’est vrai aussi.

Cependant, avec des efforts on peut triompher de ces obstacles. Encore faut-il faire des efforts prolongés. Or, comme on le sait, le capitalisme a corrompu tout le monde. Seule la haute bourgeoisie fait de réels efforts, car il en va de ses intérêts immédiats dans un paysage nouveau produit par la pandémie et le ralentissement du capitalisme.

Pour prendre un exemple, sur le twitter d’une féministe et syndicaliste, qui se veut donc très radical, on trouve au milieu des dénonciations des fachos des commentaires personnels de l’émission « Danse avec les stars ». Cela veut tout dire. Le capitalisme permet de vivre sur le tas, sans recul, sans exigence de valeurs développées. Il nivelle par le bas. Et même les gens engagés tombent dans une consommation passive, par refus d’avoir une vision historique, de se mettre au niveau culturellement.

Les gens, y compris de gauche, se contentent de consommer, en ayant des positions de gauche ou qu’ils imaginent être de gauche (car bien souvent c’est simplement du turbocapitalisme, comme avec les LGBT). Être à gauche ne les intéresse pas plus que cela : cela implique de se positionner, d’aller à une certaine confrontation, d’établir quelque chose de concret. Le capitalisme propose trop un confort feutré, malgré une certaine précarité (sociale, sentimentale, au niveau du logement…), pour que se produise un tel dépassement de soi.

Il y a donc au mieux des dénonciations bruyantes de l’extrême-Droite, mais dans un grand mélange où le gouvernement est associé au fascisme, voire identité à lui. C’est de l’ultra-gauche et il y a donc toujours du triomphalisme, un grand aveuglement quant à la dimension populaire historique du fascisme, comme lorsque le porte-parole de la « Jeune Garde » dit que « l’extrême-droite n’est audible que dans les zones bourgeoises ou sur les chaînes du milliardaire Vincent Bolloré ».

Eric Zemmour intervient donc dans une telle situation avec d’autant plus de facilité. Il s’est installé, simplement, sans confrontation réelle, à part quelques petits accrochages. La prochaine étape sera par contre évidemment bien plus rude, bien plus politique, bien plus agressive, bien plus violente.

Pour avancer, Eric Zemmour doit polariser. Ce sera l’alliance d’une vague électorale et de coups de force par les petits groupes d’extrême-Droite. Et peu importe si cela tourne mal, car l’idée c’est au pire de tellement tout déstabiliser que l’armée intervienne rétablir l’ordre, ou en tout cas une figure tombée du ciel comme le général de Villiers.

C’est typiquement français historiquement. Qui ne le voit pas a été lessivé par l’américanisation de la société.

Les choses vont commencer à tanguer : il faut être prudent et intelligent politiquement, tout étant ici une bataille de positions qui exige des raisonnements tactiques et stratégiques qui ne peuvent être que ceux de la Gauche historique.

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