Faut-il avant tout s’opposer physiquement à l’extrême-Droite ?

Cette question a déjà été réglée.

Lors de la montée du nazisme, les communistes allemands ont à un moment employé le slogan « Schlagt die Faschisten, wo ihr sie trefft! », c’est-à-dire « Frappez les fascistes, là où vous les rencontrez ! ». Autrement dit, quand on rencontrait des fascistes, il fallait leur tomber dessus.

Cette approche a ensuite été abandonnée, car elle était trop élémentaire, pas suffisamment politique, et qu’à terme une telle démarche était perdante.

Pourquoi cela ?

Pour deux raisons.

La première, c’est que le fascisme avait atteint une telle dimension de masse, que de toutes façons de telles actions, à un moment, ne sont plus possibles. En Allemagne le fascisme était un mouvement de masse. On ne peut pas rejeter les masses.

Il suffit de penser ici au vote Marine Le Pen dans les quartiers populaires en France : pense-t-on aller insulter des centaines, des milliers d’ouvriers dans le Nord ? Cela n’aurait aucun sens, déjà, et en plus le fascisme est trompeur dans sa substance même : il vise à tromper les travailleurs. Donc, il faut regagner les travailleurs, mais on ne peut pas si on les exclut, si on les insulte…

La seconde, c’est que cela focalise de manière erronée sur les fascistes et non sur le fascisme, réduisant le fascisme à des individus fascistes. On est alors dans un analyse réductrice typique de l’anarchisme (et du trotskisme d’ailleurs). Comme si le fascisme était un coup de force mené par des gangsters fascistes, et non une réorganisation du capitalisme en crise.

« Frappez les fascistes, là où vous les rencontrez ! » est donc un slogan simpliste. Il faut effectivement s’opposer physiquement aux fascistes dans certains cas. Mais cela ne peut pas être la question principale, car la question est toujours politique. D’où l’héroïsme d’antifascistes allant, dans des meetings nazis, aller porter la contradiction.

Il faut imaginer le cran de ces gens-là. Vous êtes en 1931, vous allez dans un meeting de 10 000 personnes organisées par les nazis, vous vous revendiquez antifascistes et vous êtes tout seul ou à deux, au milieu d’une foule fanatisée et hostile. Quelle immense pression ! Mais il faut bien le faire, puisqu’il y a des gens du peuple qui sont présents… Quel courage.

Et donc les communistes allemands, en juin 1930, balancent par-dessus bord leur slogan « Frappez les fascistes, là où vous les rencontrez ! », en expliquant ainsi pourquoi :

« La lutte contre les fascistes doit correspondre à toute la ligne politique du Parti. Solidement liée à la lutte quotidienne des masses laborieuses pour l’amélioration de leurs conditions de vie, celle-ci doit avoir un caractère résolu et offensif.

La désagrégation naissante au sein des partisans ouvriers du mouvement fasciste, qui est sans aucun doute en croissance, rend nécessaire la distinction entre les dirigeants fascistes et les masses induites en erreur de leurs partisans ouvriers.

Par conséquent, l’application schématique du mot d’ordre « Frappez les fascistes, là où vous les rencontrez ! » est inopportune dans la phase actuelle d’intensification de la lutte. Le mot d’ordre principal dans la situation actuelle doit être la lutte de masse politique et défensive du prolétariat et de tous les travailleurs contre le fascisme dans le but de son annihilation complète.

Le fascisme en Allemagne ne se limite en aucun cas aux organisations fascistes de combat et d’assassinat, les nationalistes, les milices des casques d’acier, etc., mais comprend également tous les partis bourgeois importants.

La fascisation de l’Allemagne a lieu à la fois à travers les organisations de combat fascistes et à travers l’appareil d’État bourgeois et ses agents social-fascistes. »

Ce qu’on comprend, c’est que lorsque le fascisme est à ses débuts, lorsqu’il est marginal, cela a un sens que de briser les organisations fascistes, afin de les empêcher de se développer. Mais lorsque le fascisme a atteint un tel niveau qu’il devient de masse… et qu’en plus il s’inscrit dans un contexte historique… alors concentrer l’antifascisme sur l’opposition physique aux fascistes, c’est une erreur anti-politique.

L’antifascisme exige donc la politique. Et la politique, ce sont les idées, les conceptions, les valeurs qui ne peuvent être portées que par des organisations politiques. Il n’y a pas d’antifascisme possible sans alignement sur ces organisations politiques. Sinon, on réduit l’antifascisme à des actions immédiates et élémentaires et on s’imagine qu’une défense syndicale des travailleurs peut suffire face à l’idéologie fasciste. Ce qui est vain.

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