Ukraine : comment mobiliser en France contre la guerre?

C’est une tâche essentielle de tous les démocrates au service du peuple.

Qu’implique une guerre en Ukraine? Elle implique qu’un peuple, sur un territoire, souffre. Il faut être capable de parler de ce peuple, d’en faire un thème concret.

On doit faire des choses sur le plan culturel: réaliser une spécialité d’origine ukrainienne, le bortsch, pour sa famille ou ses amis, offrir l’incroyable roman Taras Boulba de Gogol autour de soi, raconter l’anecdote comme quoi le chant de Noël dans le film (catastrophique par ailleurs) Maman, j’ai raté l’avion ! est en fait ukrainien (Chtchedryk), envoyer des vidéos du groupe folk DakhaBrakha, ou encore des multiples danses ukrainiennes : metelitsa, hutsulka, le fameux hopak… Ou encore la chanson classique Rugit, gémit le vaste Dniepr aux paroles du poète national ukrainien Taras Chevtchenko.

On doit exiger des prises de position, car il faut faire boule de neige, pour que les mentalités changent, que les consciences s’éveillent, que la solidarité soit visible.

Un club de sport, par exemple de gymnastique rythmique, peut être amené à saluer son équivalent en Ukraine, ou bien appeler directement à la paix. Cela semblera absurde aux gens aujourd’hui, mais c’était une norme dans les années 1920-1930, voire dans les années 1960-1970 pour les organismes se voulant démocratiques et de masse. Quand un événement est significatif, on s’exprime, tout comme par exemple beaucoup plus récemment au moment de « Je suis Charlie », qui est un très bon exemple.

La lutte contre la guerre est avant tout démocratique et populaire : il faut que le camp du peuple soit choisi, contre le nationalisme et la guerre, pour des rapports démocratiques, ce qui implique de tisser des liens, de nouer des contacts, de faire vivre les échanges.

Il faut, bien entendu, exiger que des forces plus directement politiques prennent position contre la guerre. Qu’implique en effet une guerre en Ukraine?

Elle implique l’emploi de la force armée par des Etats, de manière coordonnée et décidée, avec comme objectif une conquête territoriale, et ce en Europe même. Elle signifie surtout que deux puissances s’affrontent indirectement, puis l’Ukraine a un régime ultra-nationaliste totalement en phase avec la superpuissance américaine, alors que les régimes séparatistes de Donetzk et Louhansk sont eux-mêmes alignés sur la Russie.

Et cela, dans le contexte où le capitalisme connaît une crise à tous les niveaux en raison de la pandémie. Une guerre en Ukraine, cela veut dire une instabilité immense dans une Europe vivant déjà à crédit afin que le capitalisme ait pu continuer coûte que coûte à tourner. C’est la boîte à Pandore pour les autres guerres : une fois qu’une a eu lieu, le phénomène est banalisé.

Il faut donc que soit levé le drapeau du refus du bellicisme, du nationalisme, de la guerre, et ce sans ambiguïtés. Cela ne sert à rien de dénoncer la Russie si ce n’est pour rien dire sur une France totalement impliquée dans l’OTAN et donc dans la guerre en Ukraine également, puisque l’OTAN sert de bras armé à la superpuissance américaine dans la conquête de l’Est européen.

Surtout, le critère essentiel est l’élévation du niveau de conscience du peuple, le plus largement possible, car l’envergure des événements est historique. Il faut le primat de la pratique, et non pas des abstractions « militantes », « symboliques ». Il faut que les gens comprennent la guerre et sa signification, et cela ne saurait passer par de simples messages sur les réseaux sociaux, qui se noient dans une production ininterrompue de remarques consommées et aussi vite oubliées, bien que cela peut bien entendu avoir un sens sur le plan informatif, mais c’est là un cas particulier.

La question de la guerre est par définition même démocratique, car touchant la réalité des gens dans ce qu’ils sont eux-mêmes, au sens de leur vie personnelle, de leur vie quotidienne. La guerre balaie tout et ce n’est pas question que l’on peut fuir. Il est triste de se dire qu’un tel événement est un facteur de recomposition sociale. Mais les gens se sont laissés corrompre par le capitalisme, par sa croissance tranquille dans les pays occidentaux depuis 1989 et au moyen d’une Chine usine du monde.

Les gens ont perdu le fil de l’Histoire, ils vivent au jour le jour, la seule chose prolongée qu’ils ont en tête c’est le crédit, parfois le mariage et encore. Les gens sont en total décalage avec ce qui se passe sur le plan historique, car l’Histoire ne s’arrête pas parce que les gens ont des rêves petit-bourgeois. C’est Rosa Luxembourg qui avait raison de dire à ce sujet : c’est Socialisme ou barbarie.

Il faut un grand retour à la réalité. Cela demande un immense effort, inéluctable, incontournable, déchirant sur le plan du vécu de par l’engagement nécessaire. Les gens vont faire un terrible apprentissage et il faut être à leurs côtés pour que les choses se passent au mieux, et aillent dans le bon sens.

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